CHAPITRE III La question ecclésiastique devant le grand conseil
Pétition adressée au grand conseil par Y association nationale du district de Lausanne sur les affaires ecclésiastiques. — Pétition relative à la participation des femmes à l'administration de réalise. — Activité de quelques membres du clergé. — Le projet de loi du conseil d'état. — Démocratie représentative. — Rapports de la commission d'examen du projet. — Critiques et protestations. — La Revue suisse. — V Appel à l'attention sur les prétentions de MM. les méthodistes, etc. — Le Nouvelliste vaudois. — Le Narrateur religieux. — Pétitions pour le maintien du statu quo; — contre Yéglise nationale. — Pétition favorable au projet. — Discussion dans le grand conseil. — Abolition de la confession helvétique. — Le conseil d'état retire son projet. — Vive impression produite par le vote du grand conseil. — Articles de Vinet dans la Revue suisse et le Narrateur religieux. — Plaintes des partisans de la confession de foi. — Idée de la séparation de l'église et de l'étal. — La réponse du Nouvelliste vaudois. — Décès du doyen Ricou. — Pétitions relatives à son remplacement. — Opinions étrangères sur les derniers événements dans le canton de Vaud.
La question ecclésiastique, étudiée mais non tranchée par la délégation des classes, tombait dans le domaine de la discussion
publique. L'intervention populaire se manifesta immédiatement par une pétition adressée au grand conseil. Datée du canton de Vaud, 14 avril i8S8 , cette pièce, inspirée évidemment par M. Druey dont elle reproduisait toutes les idées, mais émanant de Yassociation nationale du district de Lausanne, examinait successivement l'église nationale telle qu'elle était, ses rapports avec l'état, la confession de foi helvétique, l'entrée des laïques dans les corps de l'église, la nomination et la réélection des pasteurs, l'intervention du gouvernement.
L'association prenait l'église nationale telle que les siècles l'avaient faite. « Sans être séparée de l'état, elle ne lui est plus intimement unie, disait-elle; cela ressort de la constitution de 1831. Il y a distinction entre l'état et les sociétés religieuses. (Lois du 22 janvier 1834-, et sur le mariage civil, 1835.) L'état et l'église sont deux sociétés distinctes, mais elles conservent des rapports étroits. » « L'église est nationale, » mais « subordonnée à l'état. » Intérieurement, c'est une « église protestante ou de libre examen, non une église de professants, mais une église de multitude ou de masse composée essentiellement de tous les Vaudois qui n'appartiennent pas à une autre communion et qui ne déclarent pas spontanément et positivement se retirer. j> C'est « l'église de tout le monde. » Il y a « diversité dans les croyances de ceux qu'on y compte. » « Le cercle de son action doit être restreint de manière qu'elle ne puisse pas empiéter sur l'état, ni surtout menacer la liberté des autres cultes, » En conséquence, il faut « se garder de l'alliance du trône et de l'autel. » Dans l'état actuel des choses, il est impossible de remplir d'une manière logique et satisfaisante cette double condition : liberté et subordination de Véglise. C'est une contradiction que la séparation lèverait seule.
Pour remédier le moins mal possible à cet état de choses, il faut abolir la confession de foi helvétique qui ne peut que gêner la liberté spirituelle.