‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 80 sur 173 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

L'administration de l'église, pour la doctrine et la discipline aussi bien que pour le temporel, appartient à l'église elle-même ou à ses représentants, c'est-à-dire aux laïques autant qu'aux ecclésiastiques. Les laïques seront donc introduits dans les corps de l'église ; les paroisses éliront librement leurs représentants, dans la proportion de laïques et d'ecclésiastiques qu'elles voudront. Ce sont là des précautions à prendre contre l'esprit de corps du clergé. Il importe que les séances de tous les corps de l'église soient publiques, et cela dans l'intérêt du clergé lui-même. Le conseil d'état aura la faculté de se faire représenter par des commissaires avec voix consultative. Si l'église ne devait pas recevoir une organisation démocratique, les pétitionnaires préféreraient qu'il n'y eût point de laïques dans les corps de l'église, qu'elle fût même un dicastère de l'état.

Une grande importance était donnée à la participation des paroisses dans la nomination des pasteurs. Ceux-ci ne devaient pas être inamovibles, ils seraient soumis tous les six ans à une réélection. Enfin, l'état conservait la faculté de changer l'organisation de l'église.

Voici du reste la conclusion de cette pétition :

« Considérant l'église nationale évangélique réformée comme une société distincte de l'état mais qui lui est subordonnée, comme l'église dont tous les Vaudois qui n'appartiennent pas à d'autres communions ont le droit de faire partie sans que cependant on puisse les y contraindre ni exiger d'eux aucune profession, nous avons l'honneur de vous exposer ainsi qu'il suit nos vues sur la réorganisation de cette église et ses rapports avec l'état.

» 1° Silence complet sur la confession de foi helvétique, afin qu'elle ne soit plus obligatoire pour personne et que l'église n'ait d'autre règle de foi et de doctrine que l'Evangile.

» 2° Egalité entière de tous les membres de l'église qui ont

atteint l'âge de raison. Entrée des laïques dans tous les corps ecclésiastiques en laissant les paroissiens libres de choisir leurs représentants parmi les laïques ou les ministres selon que bon leur semblera. Publicité des séances de ces corps, et faculté au conseil d'état d'y envoyer des commissaires avec voix consultative.

» 3° Nomination des pasteurs par les paroisses sur présentation des classes, ou vice versa, avec égard à l'ancienneté.

» 4° Réélection des pasieurs tous les six ans ; mais on ne les renverrait qu'autant que la majorité absolue de tous les membres de la paroisse, votans ou non votans, l'aurait décidé. Du reste, destitution pour les fautes graves qui rendraient la continuation du ministère impossible, tout en prenant des précautions suffisantes contre l'arbitraire.

» 5° Pouvoir au gouvernement de surveiller les pasteurs et les corps ecclésiastiques, de casser les décisions qui sortent de leur compétence, de sanctionner ou de rejeter leurs propositions. Droit de modifier ces propositions, si l'on n'établit pas un système qui assure aux laïques une entière égalité avec les ministres dans la représentation de l'église *. »

Il serait superflu de faire remarquer les analogies et les divergences entre les idées exprimées dans cette pétition et celles des deux projets présentés à la délégation, du projet de la majorité tout spécialement. Les pétitionnaires y font preuve d'une singulière défiance vis-à-vis du clergé. Ils se raillent des ministres en disant que la délégation a montré ce qu'ils peuvent quand ils sont seuls.

Cette première pétition fut immédiatement suivie d'une autre, également provoquée par l'association nationale, et demandant la participation des femmes à l'administration de l'église. Les

* Pétition au grand conseil du canton de Vaud sur les affaires ecclésiastiques. Lausanne, Marc Ducloux. — Conf. avec Nouvelliste vaudois, N° 31, 17 avril et N° 33, 24 avril 1838.

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