‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 81 sur 173 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

pétitionnaires ne voyaient nulle différence entre les deux sexes quant au droit de prendre part aux affaires de l'église1.

Il aurait été naturel que le clergé s'occupât activement des graves questions alors soumises au tribunal de l'opinion publique, avant qu'elles le fussent à celui de l'autorité législative. Il n'en fut rien, semble-t-il. Tout au moins, si le clergé se préoccupa de la situation qu'un prochain avenir allait faire à l'église nationale, ce ne fut pas comme clergé. Dans les assemblées des classes, qui eurent lieu cette année-là, il ne fut en aucune manière question du grave sujet qui devait remplir tous les esprits. De longues délibérations sur des points d'une minime importance absorbèrent un temps précieux, et un journal put même parler des « ennuyeux rapports sur les visites d'église » et constater que l'influence des classes sur le pays était insignifiante, que, si elles tombaient, personne ne les regretterait, ne s'apercevrait même de leur disparition*.

Tout en disant que le clergé comme tel et dans sa représentation officielle dans les classes ne fit rien pour avancer la question de la réorganisation de l'église nationale, nous devons, cependant, pour être vrai, constater le mouvement que se donnèrent des partisans du projet Bauty. Entre la clôture de la délégation et l'ouverture de la session du grand conseil, ils préparèrent des pétitions en faveur du maintien de la confession de foi helvétique et contre le projet de la majorité de la commission législative, soit projet Burnier. M. le pasteur Liardet s'était chargé de la rédaction de ces pétitions, mais, malgré une résolution formelle prise par les promoteurs des pétitions, il ne dit mot du livre symbolique par crainte de l'impopularité. M. Bauty déplora cette lacune et rédigea alors la pétition en faveur de la confession de foi qu'il fit signer à Fiez, sa paroisse.

1 Voir Nouvelliste vaudois. N° 3i, 27 avril 1838.

1 Narrateur religieux, N° 78, 28 juin 1838. (Sur la dernière session des classes vaudoises.) Nos 80 et 81, 12 juillet 1838. {Lettre de M. le pasteur S. Faire.)

D'autres pétitions, rédigées différemment, et même quelquesunes dans un sens tout opposé, furent également colportées. Elles étaient signées de confiance par les citoyens, dont l'ignorance était si grande sur ces matières que plusieurs apposaient leurs noms sur les pétitions les plus contradictoires. Il paraît aussi que des exemplaires furent soustraits dans les bureaux par des copistes ou -secrétaires du département.

Sur ces entrefaites, le conseil d'état, édifié par les délibérations de la délégation des classes, reconnut qu'il lui était impossible de présenter comme sien aucun des deux projets de loi ecclésiastique. Utilisant toutefois les travaux de la commission législative, et surtout le projetBurnier, il rédigea lui-même un nouveau projet de loi1.

L'article 2 des dispositions générales du projet Burnier portait que l'église nationale ne proposait à ses membres d'autre règle de foi que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais que celte église avait une règle d'enseignement qui continuait d'être, quant à la doctrine, la confession de foi helvétique en vigueur à l'époque de la mise en activité de la constitution, sans préjudice aux dispositions de la loi. Ce même article, dans le projet du conseil d'état, ne mentionnait ni règle de foi, ni règle d'enseignement, ni confession helvétique. Il disait simplement : « L'état de choses actuel, relativement aux livres symboliques, aux livres pour le culte et l'enseignement public de la religion, est maintenu aussi longtemps qu'il n'y aura pas été apporté de changement dans les formes voulues par les articles 67 et suivants de la présente loi. » C'est sur cet article que devaient porter en grande partie les discussions du grand conseil et l'on comprend sans peine pourquoi. L'ar-

1 Projet de loi ecclésiastique (novembre), 1838. 47 pages in-4.

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