CHAPITRE
tion du projet. Quant à l'article 5, soit à V intervention des laïques, la commission se fondait, pour y souscrire, surtout sur l'idée que t l'église était unie à l'état sans être confondue avec lui. » Par le fait de celle distinction, il élait naturel et logique de donner à l'église, pour la gouverner, des corps qui lui appartinssent. La majorité voyait en outre dans la participation des laïques au gouvernement de l'église le principe vital et seul fécond pour celle-ci.
A 'l'article 2, la majorité conservait les livres symboliques actuels de l'église, et notamment la confession de foi, parce qu'elle ne comprenait pas une église sans règle d'enseignement. « L'abolition de la confession de foi helvétique, disait-elle, sera le germe certain de la chute de l'église nationale, parce qu'elle donnera naissance à une multitude d'opinions ou d'églises, qui secoueront infailliblement un jour le faible lien d'argent qui les unirait encore. » On voit que la majorité de la commission se rattachait, par le projet du conseil d'état, dont elle sapait plusieurs des dispositions, au projet Burnier lui-même. Elle s'était placée à un point de vue élevé; ses arguments se distinguaient par leur simplicité et leur clarté, mais, au fond, il ressortait de son rapport qu'elle ne croyait pas à la possibilité d'une parfaite organisation ecclésiastique l.
La minorité de la commission s'était fractionnée elle-même en deux, représentées naturellement chacune par une voix. La première de ces minorités, se fondant sur la lettre de la constitution qui garantissait Vintégrité de l'église, rejetait le projet. A ses yeux, il s'agissait, dans la constitution, de l'église telle qu'elle existait précédemment, « dans l'état et subordonnée à l'état, pour la doctrine comme pour le reste. » Cette première minorité maintenait donc la confession de foi helvétique. C'était l'ancien état de choses pur et simple.
1 Conf. Narrateur religieux, N° 107, 17 janvier 1839.
Le rapport de la seconde minorité ( M. G. Jaccard, avocat) était rédigé avec un grand talent, mais dans le point de vue de la dépendance complète de l'église à l'égard de l'état. Il maintenait \e statu quo, sauf pourtant la confession de foi qui devait être abolie. Le rapporteur retraçait les phases diverses que la question avait parcourues depuis la commission législative jusqu'au projet officiel . Mais ce dernier projet, quoique donnant à l'état plus de garanties que les autres, conservait cependant le système de la majorité de la commission législative. Or M. Jaccard estimait cette organisation subversive de la constitution, du bien de l'état et de l'église elle-même.
Ainsi, la première minorité représentait l'opinion qui voyait dans la religion un moyen de gouvernement ; la seconde pensait qu'une église nationale ne pouvait avoir de doctrine fixe et invariable.
Lorsque le projet élaboré par le conseil d'état eut été livré à la publicité, il s'éleva de toutes parts dans la presse un concert de critiques et de protestations. Pour les uns, le projet se rapprochait trop du projet Burnier ; il favorisait l'indépendance, ou, du moins, h semi-indépendance de l'église vis-à-vis de l'état; il faisait les affaires des méthodistes et encourageait leurs prétentions. Pour les autres, en revanche, il mettait l'église sous la dépendance de l'état, il tuait la vie ecclésiastique par de nombreuses restrictions, etc., etc.
Parmi les journaux ou les publications qui vouèrent une attention spéciale au projet de loi ecclésiastique, ce fut la Revue suisse qui ouvrit le feu contre l'œuvre du conseil d'état. Non pas, à la vérité, que ce journal eût des tendances exclusives ou voulût prendre parti dans la question, mais, comme on le lui reprocha aussitôt, non sans quelque amertume, parce qu'il