‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 84 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

voulait fournir à toutes les opinions un moyen de se produire. On l'accusa donc, dans ses propres colonnes, de rechercher, pour se faire lire, le nerf et l'éclat du style, le paradoxe même, etc.4. Cette réclamation un peu vive avait trait à un article de M. Edouard Secretan, inséré dans le numéro de novembre et attaquant très fortement le projet du conseil d'état*. L'auteur niait catégoriquement qu'on pût appliquer la définition de l'église-société à l'église nationale. « Un état, une nation ne saurait vivre inféodée à une doctrine quelconque, ou bien la liberté de conscience est un vain mot.... » « Une église-société et nationale tout ensemble est une conception insoutenable. » M. Secretan voyait dans la profession de foi le fondement, le nerf, le principe de cohésion dans le système du projet, et il reprochait à ce dernier d'avoir, dans l'application, mis cette condition totalement de côté. A l'appui de sa critique il citait l'article 3: « L'église nationale se compose de toutes les personnes domiciliées dans le canton, qui appartiennent à la communion évangélique réformée, ou par le fait de leur naissance, ou par une admission postérieure, et qui ne déclarent pas s'en retirer; » et il ajoutait: « Il n'est donc plus fait mention de profession réelle dans le projet,... la moitié du gouvernement et tout le peuple de l'église en un mot se trouvent à la fois dispensés de la profession. Gela donne à penser. » Pour Fauteur de la lettre au rédacteur de la Revue suisse, le projet du conseil d'état partait d'une idée fausse et était inconséquent. C'était là un mal, moindre cependant que les déplorables applications pratiques du projet, parmi lesquelles il fallait ranger la domination du clergé, les dangers que courraient la liberté religieuse et la liberté politique, la substitution de la vie ecclésiaslico-politique à la vie religieuse. La conclusion de M. Secretan était très catégorique,

1 Revue suisse, 1838, pag. 657. (Réclamation.)

s Revue suisse, 25 octobre 1838, pag. 589. (Lettre au rédacteur sur le projet de loi ecclésiastique présenté au grand conseil.)

MOUVEM. RELIC. IV. 12

mais fort étrange de la part d'un homme qui avait montré une si grande sollicitude pour la liberté religieuse : « le seul gouvernement de l'église conforme aux saines notions de l'ordre social, à l'esprit de notre constitution et de nos institutions politiques considérées dans leur ensemble, conforme à nos mœurs locales, conforme à l'esprit du protestantisme et aux besoins d'un temps où la liberté de conscience et l'égalité des droits sont les premiers besoins, c'est le gouvernement de l'église par Vêlât. & (11)

Si nous signalons maintenant une petite brochure qui parut à ce moment-là, ce n'est point à cause de sa valeur intrinsèque absolument nulle, mais parce qu'elle était sans doute un indice de l'état général de l'opinion dans une portion notable de la bourgeoisie. Celte opinion devait être bien peu éclairée, bien prévenue, bien propre à entraver toute tentative de réorganisation un peu sérieuse de l'église nationale, si nous devons considérer comme une révélation Y Appel à Vattention sur les prétentions de MM. les méthodistes dans le canton de Vaud1. L'auteur de cet Appel, M. le lieutenant-colonel L.-E. C/iapuis, était, paraît-il, un brave et digne homme, un « vieux soldat, » comme il s'appelle lui-même, et comme on s'en aperçoit assez à certaines expressions. Sous prétexte de mettre en garde le public contre les prétentions de ceux qu'il qualifie du nom de méthodistes, le brave lieutenant-colonel exhale une longue # plainte contre des gens qu'il connaît très imparfaitement et auxquels il attribue d'ambitieux projets. L'origine, le langage de messieurs les méthodistes déplaisent fort au vieux guerrier; leur doctrine le scandalise; la tyrannie exercée par le clergé le révolte. Enfin il en vient aux prétentions de ceux qu'il dénonce. Ces prétentions ne sont rien moins que d'arriver au pouvoir, de remanier les Ordonnances ecclésiastiques et peut-être même de modifier la confession de foi helvétique 1 ! Nous ne nous ar-

1 39 pages in-8. 1er novembre 1838.

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