CHAPITRE IH
rêterons pas à réfuter les accusations de M. Chapuis ; elles se réfutent d'elles-mêmes et on en jugea ainsi au moment où la brochure parut; nous n'envisageons cette dernière que comme l'expression des pensées secrètes ou avouées de beaucoup de gens sur les questions ecclésiastiques alors pendantes; mais à ce titre, elle a quelque intérêt. Mentionnons encore, comme rentrant dans le même courant d'idées, un Examen de quelquesunes des dispositions du projet de loi ecclésiastique \ dont l'auteur anonyme se déclarait partisan absolu du statu quo : hostile, par conséquent, au projet du conseil d'état, qui devait être rejeté, puisque tout allait au mieux dans l'église et dans l'état.
Dans une campagne entreprise contre le projet du conseil d'état, on devait s'attendre à trouver aux premiers rangs le Nouvelliste vaudois. Il n'y manqua pas. Dans un article intitulé : Comparaison des projets de lois ecclésiastiques-, le journal de M. Druey apprenait à ses lecteurs que le projet présenté par le conseil n'avait point été adopté par ce corps à l'unanimité. Le Nouvelliste devait le savoir, puisque son patron siégeait parmi les conseillers d'état. Mais cette révélation n'avait sans doute d'autre fin que de mettre M. Druey à l'abri de tout soupçon de connivence avec ceux qui, tout en moditiant dans des points essentiels le projet de la majorité, n'avaient cependant pas réussi à établir franchement la démocratie dans l'église, ni même à concilier l'ordre et la liberté. La division dans le sein du conseil d'état avait été surtout grande, paraît-il, sur la confession de foi helvétique, que le Nouvelliste se donnait le plaisir débattre violemment en brèche, sous le prétexte « qu'il fallait beaucoup de liberté à l'église nationale, et, par conséquent,
1 Lausanne 183S. Imprimerie Hignou aîné. 28 pages. Xouielliste vaudois, du N° 87, 2 novembre, au N° 91, 16 novembre 1838.
point de confession de foi. » Il va sans dire que l'auteur des articles que nous citons, articles pleins d'acrimonie, tout en disant qu'il avait voué une profonde affection à l'église nationale, profitait de l'occasion pour faire un magnifique éloge de la philosophie de Hegel.
Les théories du Nouvelliste provoquèrent cependant quelques réclamations dans les colonnes mêmes du journal. C'est ainsi que M. le pasteur Grenier, de Montreux, protesta contre le soupçon que le clergé fût animé d'un esprit de domination. Entre tous les systèmes ecclésiastiques, celui du Nouvelliste lui paraissait le moins rationnel. 11 ne comprenait pas une église même de masse composée d'éléments aussi incohérents. Etquant à une confession de foi, elle n'est pas un obstacle aux progrès qu'une église peut faire dans la vérité; elle prévient seulement de fâcheuses fluctuations1.
Deux choses, dans le projet du conseil d'état, avaient frappé péniblement le Narrateur religieux. L'une se rapportait à cet articles que nous avons cité plus haut. En faisant de la naissance et non du baptême et de sa confirmation la condition d'entrée dans l'église nationale, on faisait de cette dernière un véritable tohu-bohu. En deuxième lieu, l'ensemble du système était inconséquent et serait une cause de ruine pour l'organisation tout entière. On s'en apercevait aux précautions méticuleuses du projet actuel pour limiter l'action et l'influence des corps ecclésiastiques qu'il créait. Pour tout et partout la main du gouvernement était là pour arrêter, diriger, brider. Ainsi, dans le synode. Et quel article singulier que l'article 31 « Le conseil d'état pourra, au besoin, envoyer des commissaires, avec voix consultative, dans le synode et dans les classes, » article dont V Exposé des motifs ne se donnait pas même la peine de dire un mol".
1 Nouvelliste vaudois, N° 98, 11 décembre 1838. (Lettre à l'auteur des articles sur l'organisation de l'église vaudoise.) * Narrateur religieux, TN° 101, 6 décembre 1838. (Projet de loi ecclésiastique.)