‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 86 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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Le premier projet de loi élaboré par le conseil d'état n'avait pas encore paru, que, déjà, nous l'avons vu, les partisans d'une église sans profession de foi et gouvernée par l'état se mettaient en campagne et provoquaient la signature d'une pétition au grand conseil. Celte pétition, revêtue d'une centaine de signatures, fut communiquée au corps législatif dans sa séance du 22 novembre. De leur côté, dès que le projet du conseil d'état eut paru, les partisans de l'administration de l'église par le clergé pétitionnèrent pour le maintien du statu quo, et parvinrent ainsi à engager le peuple de l'église à refuser l'exercice de ses droits, exercice qu'on voulait lui donner. Ces demandes étaient formulées dans un grand nombre de pétitions presque toutes autographiées et identiques. En voici la teneur :

Messieurs,

Au moment où le grand conseil doit s'occuper de la discussion du projet de loi ecclésiastique qui doit fixer l'organisation de notre église nationale, les soussignés étant convaincus :

Que les auteurs de ce projet extrêmement compliqué ont mal compris le sens des art. 9 et 10 de la constitution; qu'il ne convient de changer un ordre de choses existant, surtout pour des institutions d'un si haut intérêt et si profondément implantées dans les mœurs d'un peuple, que lorsque cet ordre de choses présente des imperfections et des dangers graves, et que l'on a la certitude que ce que l'on veut mettre à la place y pourra remédier et ne portera pas en soi le germe d'autres inconvénients tout aussi dangereux.

Que notre église n'est point dans un état si fâcheux qu'il faille renverser ses anciennes institutions ; que si l'ordre de choses ecclésiastique actuel peut présenter quelques inconvénients, celui que l'on propose, en bouleversant l'ancien édifice de l'église de nos pères, en offre de bien évidents et de bien plus graves encore, sans parler de ceux qui, inaperçus dans ce moment, ne manqueront pas de surgir dans la pratique.

Que l'immense majorité des Vaudois n'a jamais demandé ni désiré de tels changements.

Convaincus, enfin, que la nouvelle loi ne manquera pas de surcharger le budget de nos dépenses,

Frappés, disons-nous, de toutes ces considérations, nous demandons:

1° Le renvoi pur et simple du projet ;

2° Que dans la loi nouvelle sur l'organisation de l'église qui doit prendre force dès l'année 1841, on s'écarte le moins possible des Ordonnances ecclésiastiques encore en vigueur, et qui furent faites avec tant de sagesse et d'esprit chrétien.

La constituante de 1831 reçut de nombreuses pétitions pour le maintien de l'église nationale, les vœux des pétitionnaires furent écoutés. Nous voulons encore la même église, que nous respectons et qui rendit nos pères heureux.

Nous vous prions, très honoré monsieur le président et messieurs, d'agréer l'expression de notre confiance parfaite en vos lumières, votre sagesse et votre attachement au bien du pays et de la religion, de même que l'assurance du respect dont nous nous plaisons à vous entourer.

Ces pétitions réunirent 12 000 signatures. D'autres, rédigées dans le même sens, ou du moins se proposant le même but, le rejet du projet du conseil d'état, furent appuyées de quelques centaines de voix. L'une de ces pétitions, signée de 246 habitants de Montreux, insistait fortement sur ce que le projet présenté, « avec une apparence républicaine, ne tendait à rien moins qu'à remettre le gouvernement de l'église entre les mains d'un parti, lequel soustrairait l'église nationale au pouvoir naturel et vraiment démocratique de l'état. » Les pétitionnaires ne demandaient du reste que la correction des Ordonnances ecclésiastiques dans les points où le progrès du temps et des institutions l'exigeait absolument. Respect de l'autorité souveraine de l'état, d'un côté, entière liberté de conscience, de l'autre, voilà les seules bases qu'ils estimaient convenir à l'église nationale dans le moment présent.

Les adversaires du projet du conseil d'état, s'ils se rencontraient dans le but poursuivi, n'étaient cependant pas toujours poussés par les mêmes motifs. C'est ainsi qu'une pétition de

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