‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 88 sur 173 · chapitre m · texte numérisé non relu

chapitre m

Bien différents étaient les vœux de dix-neuf citoyens de Bretonnières qui, voulant que les mots église nationale inscrits au projet devinssent une vérité, s'exprimaient ainsi:

Que les paroisses s'administrent elles-mêmes sous la direction et la surveillance des autorités ecclésiastiques supérieures.

Qu'elles soient consultées toutes les fois qu'il s'agira de changements dans leur circonscription, de l'érection d'un nouveau temple ou d'autres choses semblables.

Qu'elles choisissent et nomment par elles-mêmes tous les fonctionnaires, à l'exception des pasteurs.

Qu'elles participent, par l'intermédiaire de leurs délégués, à l'élection de ces derniers.

Que par ces mêmes délégués elles aient part à la confection des règlements ecclésiastiques, à l'exercice de la discipline, et à tous les autres actes du gouvernement de l'église.

Les pétitionnaires ne reconnaissaient comme membres de l'église que ceux qui avaient été baptisés et confirmés ; ils ne voulaient pas que l'étal intervînt dans le spirituel de l'église ; ils voulaient veiller eux-mêmes aux intérêts de celle-ci.

La pétition de Bretonnières est, à notre connaissance, la seule qui se soit montrée plutôt favorable au projet de loi.

VU

A peine le grand conseil, présidé par M. le professeur Pidou , était-il réuni, en novembre 1838, pour sa session d'automne, que les exemplaires des diverses pétitions lui arrivaient de tous les points du canton. Mais ce ne fut que le 16 janvier 1839 que la discussion sur le projet de loi commença. Nous savons déjà que le rapport de la commission d'examen avait été communiqué au grand conseil le 5 décembre précédent. La discussion, qui ne porta en réalité que sur les articles 2 et 5 du projet, dura six jours ; le nombre des orateurs fut

considérable. A la vérité, il n'y eut que deux opinions en présence, mais tranchées, absolument exclusives l'une de l'autre; pas de moyen terme, pas de conciliation possible. Les deux tendances qui s'étaient produites précédemment en d'autres lieux, s'accusent ici plus nettement, quoique les proportions des partis se soient déplacées d'une manière curieuse. Dans le grand conseil, les partisans de la confession de foi sont en minorité ; ils l'avaient emporté haut la main dans la commission * législative, dans la délégation des classes, et même dans le projet du conseil d'état. Dans le grand conseil, l'introduction des laïques, proposée par le conseil d'état, est repoussée par une majorité écrasante : il est vrai qu'elle avait subi le même sort dans la délégation, mais on devait s'attendre à ce que les représentants du peuple fussent plus démocratiques que les délégués du clergé. Toutefois, on pourrait déjà le conclure de la longueur de la discussion, si la victoire des ennemis du projet fut complète, elle n'en fut pas moins chèrement gagnée. La lutte fut vive, passionnée, singulièrement propre à jeter du jour sur l'état vrai des choses et sur les dispositions du parti hostile au mouvement religieux inauguré par le réveil. Il ne sera pas sans intérêt pour les lecteurs de retrouver ici quelque souvenir de ces mémorables débats.

Nous sommes au 16 janvier 1839. La salle du grand conseil présente une animation plus grande que de coutume. Depuis bien des mois déjà, ou, pour mieux dire, depuis des années, les députés du peuple ont vu poindre à l'horizon, puis grandir, se rapprocher graduellement, une question qui, maintenant, ne peut plus être éludée, qui s'impose à eux, qui exige une prompte solution. Cette question, qui intéresse la vie même du peuple, parce qu'elle touche à sa religion, est celle des rapports à établir entre l'église et l'état. Gomment le citoyen se conciliera-t-il chez le même individu avec le chrétien? Comment

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