‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 89 sur 173 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

l'état, qui est la cité, s'harmonisera-t-il, dans la vie nationale, avec l'église qui est la religion? Question d'une extrême gravité, et qui avait déjà rencontré des solutions nombreuses et pour la plupart contradictoires, chez les conducteurs du peuple, hommes d'état et ecclésiastiques, chez le peuple lui-même, dont il fallait maintenant calmer l'agitation par une organisation pratique et rationnelle de son église. Or, le moment de donner cette réponse, depuis si longtemps attendue, est enfin arrivé. Celte réponse, quelle sera-t-elle ? C'est ce que le vote final nous apprendra.

M. le conseiller d'état Druey, dont la part dans le mouvement hostile à l'église fut si grande et devait prendre dans la suite des proportions toujours plus considérables, rappela, dans un long discours, que la constitution de 1831 avait fait d'une église d'état une église nationale. Par une habile récapitulation des faits, il s'efforça d'établir qu'il n'y avait pins d'union entre l'état et V église ; que s'il n'y avait pas séparation complète, on y tendait; qu'on y arriverait tôt ou tard ; que restaurer l'égliseécole serait rétrograder.

M. Druey voulait la démocratie religieuse : plus de confession de foi ; nomination des représentants de l'église par le peuple des paroisses ; participation réelle des paroisses à la nomination des pasteurs. Pour ce magistrat, le mot nationale signifiait: qui tombe sous l'empire de la loi.

Les arguments présentés parla minorité Jaccard de la commission d'examen du projet et ceux de la majorité de cette commission ayant été développés de nouveau devant le grand conseil, plusieurs orateurs prirent la parole, mais essentiellement contre le projet. Telle était l'intention du général Guigner, qui, préalablement, se donna le plaisir de parler un peu contre toutes les opinions énoncées. M. E. De la Harpe, président du conseil d'état, voulut démontrer: 1° que les symboles, les confessions de foi, sont contraires aux principes religieux

en général et surtout à ceux de la réformation (î!) ; 2° que tous les schismes ont eu leur source dans la réformation (îlî); 3° que la confession helvétique, outre qu'elle était en opposition avec toutes nos institutions politiques, l'était encore avec le principe fondamental du christianisme ; c'est-à-dire la possibilité pour tous d'être sauvés. (111!) M. le pasteur Simonin affirma, au contraire, que la confession de foi était une des causes qui avaient assuré à notre église sa réputation méritée et qu'il était impossible qu'il y eût une église sans confession de foi. L'église nationale ne devait pas être ouverte à toutes les croyances, et M. Simonin concluait au maintien de la confession ccmme étant la pierre angulaire de cette église.

M. Jaccard, qui avait fait minorité dans la commission d'examen, prétendit que la confession de foi n'était pas garantie par la constitution dont l'article 9 s'expliquait par les craintes que l'on avait éprouvées en 1830 pour la durée de l'église nationale. Mais, dans la pensée de l'orateur, l'église nationale avait fini par adopter d'autres doctrines que celles de la confession. C'est ce qui expliquait à ses yeux pourquoi le méthodisme, qui avait conservé ces doctrines, excitait encore tant de colère parmi le peuple. Le fond de ce discours réservé, M. Jaccard parla bien ; il se montra habile. M. Blanchenaij, lui, parla très violemment contre la confession de foi, l'école normale, la théologie, le méthodisme, etc., etc.

Dans la séance du lendemain, 17 janvier, l'honorable professeur Gindroz traita la question préalable: Est-il bon, est-il utile qu'une église ait une confession de foi? Après s'être demandé ce qu'était une église, il montra la confession de foi sortant naturellement, logiquement des croyances communes, comme leur expression. La liberté individuelle n'est point détruite. Lacon-

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