CHAPITRE III
nions. Les partisans de la confession ont trop en l'air, disait-il, d'attribuer aux confessions de foi une force propre, active et indépendante. Chaque symbole pourrait dire: « J'existe par la Bible, pour l'amour de la Bible, et pour sauver le sens de la Bible. » Il est de fait que chacun cherche dans la Bible, non les idées de la Bible, mais la seule autorité irrécusable pour les idées qu'il a lui-même, et qu'un nom d'homme ne protégerait pas assez. « On n'a pas si bon marché d'un symbole.... On s'entend sur le sens qu'il renferme, et la communauté qui l'impose et le ministre qui l'accepte savent, l'un ce qu'on lui demande, et l'autre ce qu'on lui promet. Voilà le propre et l'utilité d'une confession de foi.... Elle n'est qu'un lien relatif. »
D'un autre côté, la confession de foi étant le seul lien authentique et légal qui existât entre l'église et le gouvernement, .Vinet trouvait étonnant que les partisans de l'église gouvernementale demandassent la suppression de ce lien. C'était là ce qui caractérisait l'église nationale. « Otez cette confession, leur disait-il, et dites-moi ce qu'il reste. » Et comme la constitution l'avait reconnue et garantie, l'abolir était entrer dans une voie désastreuse, car « une confession ne se supprime pas ; elle s'en va emportant une église avec elle. »
« Anarchie ou tyrannie, voilà, disait Vinet, le nom du nouveau système. » Une fois la confession enlevée, « je ne sais voir dans votre gouvernement ecclésiastique qu'un rouage inutile et dispendieux, ou que la consécration d'un arbitraire sans frein et sans bornes.... L'église, n'étant plus même représentée par son symbole, n'existe plus ; la religion n'est purement et simplement qu'un département de l'administration, une branche, si l'on v*eut, de l'instruction publique... L'abolition pure et simple de la confession de foi compromet également la paix et la liberté. »
L'article auquel nous venons d'emprunter ces quelques dotations avait à peine paru dans la Revue suisse, que Vinet rêve-
naît sur le même sujet dans le Narrateur religieux1. Il paraît qu'il était un peu question d'une transaction au sujet de la confession de foi, et Vinet se hâta de dire qu'il n'y avait point de transaction possible. C'était le fond, le centre du symbole qu'on attaquait, mais un nouveau formulaire qui reproduirait ce fond ne satisferait personne. La suppression du livre de la confession helvétique serait le solennel désaveu des vérités qu'il renfermait; il fallait donc défendre le livre, tout humain qu'il était et quelque imparfait qu'il pût être. On parlait d'un symbole plus réduit, plus court ; mais les vérités dont il s'agissait ne se recommandaient ni ne se compromettaient par l'étendue matérielle. On parlait du symbole des apôtres, mais il aurait fallu savoir à quel titre et dans quel sens? Pour le moment, la confession helvétique ne pouvait être abandonnée, parce qu'on savait trop bien dans quel sens elle serait répudiée. Il est vrai que les défenseurs des confessions de foi passaient chez plusieurs pour des ennemis de la liberté ; mais défendre la confession, c'était s'opposer à l'invasion de l'arbitraire. Sur le terrain commun aux amis et aux adversaires du symbole, c'est-à-dire une église nationale étant supposée, les premiers ne concevaient pas plus la suppression du symbole pour l'église que celle de la constitution pour l'état. Leur cause était donc rationnelle et libérale.
Poursuivant le cours de la campagne qu'il avait entreprise en faveur du maintien de la confession de foi helvétique, Vinet écrivait, le lendemain du vote qui avait supprimé l'antique symbole de l'église vaudoise, un article d'une nature plus générale sur la notion d'église*. Après avoir posé en fait que. pour qu'il y ait des églises de plusieurs sortes, comme c'est le cas, il faut qu'il y ait une église, l'auteur démontrait que, hors du point de vue catholique, l'église est nécessairement une
1 Narrateur religieux, N° 107, 17 janvier 1839. (La confession de foi.) 8 Ibid., N° 108; 2* janvier 1839. (Sur la notion d'église.)