‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 95 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

société. Or, ce qui constitue l'église, c'est le symbole. Après que tous les autres éléments de l'idée d'église ont disparu, celui-là demeure le dernier. Est-il supprimé, rien ne reste. II n'y a plus d'église, et alors il faudrait avoir le courage de dire à un peuple libre : « Vous aviez une église, nous l'avons supprimée; il ne reste plus que des paroisses, des temples, des habits noirs, et un budget pour entretenir tout cela. » Toutefois, Vinet se laissait aller à l'espoir que la suppression du symbole pourrait donnera l'église vaudoise une conscience vive de sa propre existence, et il voyait dans l'agitation du moment « un réveil dans le réveil et en dehors du réveil. » « C'est un grand changement, disait-il, que d'apprendre ce qu'on est, où l'on est, et où l'on va. »

M. Schérer fait remarquer avec raison que la position de Vinet en cette affaire est très digne d'attention. Le terrain sur lequel il se place est celui de la vérité relative. Tout en réservant les idées qu'il avait précédemment émises sur le vice de l'institution qui associe l'église et l'état, il accepte le fait, à savoir l'existence de l'église nationale. Il ne défend point le symbole helvétique considéré en lui-même, mais il maintient l'étroite corrélation qui existe entre les deux termes église et symbole; il déclare que l'église vaudoise aura son symbole, quoi qu'on fasse, et, symbole pour symbole, il préfère celui qui est connu à celui qui est inconnu, celui qui est né d'une foi historique et positive à celui qui sera probablement tout négatif, celui dont les doctrines fondamentales se sont toujours trouvées en rapport avec la vie à celui de l'indifférentisme \ Ce que Vinet comprenait fort bien, c'est que celte discussion cachait une lutte de l'indifférentisme ou même de l'incrédulité avec la foi chrétienne, la foi positive. C'est ce qu'il s'efforça de faire c-ntendre dans une Lettre au rédacteur de la Revue suisse-. Dans

1 E. Schérer, Alexandre Vinet, pag. 64, 65.

- Revue suisse, numéro de février 1839, pag. 112.

sa conviction, en ôtant tout symbole, le seul point où les consciences devaient se réunir, c'était le théisme. L'église, dans ce nouveau mode, était si peu nationale qu'elle n'était pas même église. Aucun progrès n'était obtenu, aucun surtout vers le régime de la liberté. On était parti, dans la discussion, de l'inutilité et de l'inconvénient des confessions de foi, et l'on était arrivé à une confession de foi. (Liturgie et catéchisme.) Le grand conseil avait fait ce qu'il ne voulait pas faire. Mais comment l'existence d'un nouveau symbole se concilierait-elle avec la liberté? Il aurait donc fallu, ou proposer l'entière séparation de l'église et de l'état, ou demander un vote populaire sur la confession helvétique, ou enfin sortir et se réunir en dehors de l'église à ceux qui auraient pensé de même. Quant aux doctrines opposées à celles de la confession helvétique et qui avaient été présentées dans la discussion, elle ne recélaient, au jugement de Vinet, aucun germe de vie.

L'impression de tristesse, de désappointement qui se glisse dans les considérations élevées d'un grand esprit, se transforme chez d'autres en une amertume mal dissimulée. « On le voit, s'écrie le Narrateur religieux, les promoteurs de la fameuse pétition aux 12 000 signatures ont triomphé. Triste triomphe, car il s'accomplira sur les ruines ou sur l'abjection, du moins, de l'église nationale. Hommes imprudents, méticuleux adversaires du progrès, vous avez réussi, vous aurez probablement cette église que vous demandez, cette église sans gouvernement à part, qui n'est plus une église, qui n'est plus, à tous égards, que l'humble et docile servante du gouvernement civil; alors, mais trop tard, vous reconnaîtrez où vos craintes vous ont entraînés et quel abîme vous avez creusé sous les fondements de l'édifice vénérable que vous disiez aimer.

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