CHAPITRE III
Ahl si maintenant il y avait de la foi parmi nous, si les intérêts de Christ et de son règne nous étaient plus chers que nos propres intérêts, ministres du Seigneur! nous nous lèverions comme un seul homme pour provoquer, pour solliciter la séparation de l'église et de l'état, seul moyen, je le crains, d'épargner désormais à la première un état de marasme et de mort, seul moyen de la relever, de lui rendre ou de lui conserver une influence salutaire et bénie, une indépendance spirituelle sans laquelle elle ne peut réellement ni prospérer, ni vivre1. » L'abolition de la confession de foi est pour le NaWtiteup un coup terrible et qui aura du retentissement parmi toutes les églises. Mais ce n'est pas quand l'église est ainsi frappée qu'aucun de ses enfants se séparera d'elle. Donc, à vos tentes, enfants d'Israël, à vos tentes ! Si la robe pure et sans tache de votre mère, qui faisait sa gloire dans le monde, est déchirée, n'augmentez pas sa douleur en vous éloignant d'elle, mais couvrez-la, entourezla de vos bras et de votre fidélité 2.
A la vérité, il se trouvait bien aussi parmi les partisans de la confession de foi quelques hommes que le découragement ne saisissait pas aussi fortement que les rédacteurs du Narrateur. 11 s'en trouvait surtout que l'idée émise, comme en passant, par ce journal, de la séparation de l'église et de l'état, effrayait et affligeait. Mais le Narrateur voyait sans doute plus loin et plus juste que ces craintifs défenseurs de l'église, lorsqu'il disait : « Ne nous faisons pas d'illusion; ouvrons les yeux et sachons voir par tout ce qui se passe que nous marchons à grands pas à celte séparation tant redoutée, et que nos neveux regarderont tellement comme l'état normal de l'église qu'ils ne pourront pas s'imaginer que des chrétiens sincères n'aient pas su le comprendre. Et demandons-nous s'il ne vaudrait pas mieux nous
1 Narrateur religieux, N° 109, 31 janvier 1839. 1 Ibid., No HO, 7 février 1839.
préparer à cet état, y tendre nous-mêmes, que de nous laisser surprendre par une nouvelle révolution qui nous y transporterait soudainement. La réponse ne nous paraît pas douteuse1. » N'y avait-il pas quelque chose de prophétique dans ces avertissements? Quelques jours après, le même journal donnait à l'église le sage conseil que voici : « Accoutumons-nous, dès à présent, à préférer une liberté même périlleuse à une servitude tranquille? » C'était parler d'or, mais à qui? L'heure des déchirements n'avait pas encore sonné. On en était encore à observer et à montrer les signes des temps, mais on devait les observer longtemps encore avant que les temps eux-mêmes fussent accomplis2.
Aux regrets et aux gémissements des partisans de la confession de foi, les adversaires de celle-ci répondirent naturellement par les accents d'une joie nullement dissimulée. M. Druey, qui pouvait si légitimement s'attribuer une grande part dans la victoire, se hâtait d'écrire ce qui suit : « La suppression de la confession de foi helvétique a produit une grande sensation... La décision du grand conseil a été saluée avec acclamation par les amis de la liberté civile et religieuse, ...par tous ceux qui veulent l'Evangile dans sa pureté et qui, inébranlables dans la foi à la vérité, ne font pas dépendre le règne de Dieu du sens que quelques hommes voudraient imposer à sa Parole. » En revanche, au dire de M. Druey, la suppression de la confession avait excité la colère de ceux qui exploitaient la religion pour asservir le
1 Narrateur religieux, N° 110, 7 février 1839.
* Les signes des temps, sermon prêché dans les églises de Lausanne, en février 1839, par Ch. Scholl, pasteur. Lausanne, Marc Ducloux. 14 pages. Ce sermon, qui renfermait des allusions aux circonstances du moment, avait donné lieu aux bruits les plus absurdes et aux interprétations les plus étranges.