‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 10 sur 171 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

de l'église nationale ont pensé qu'il serait désirable que le plus grand nombre possible d'ecclésiastiques de cette église pussent se réunir dans l'après-midi du même jour, pour s'occuper de ses intérêts, et ils prennent la liberté d'y inviter leurs frères dans le ministère.

Plus de cent ecclésiastiques répondirent à cette invitation et attestèrent, par leur présence, de son extrême opportunité. L'assemblée s'était formée clans l'auditoire de théologie, le 20 janvier, à A heures, sous la présidence de M. le professeur Leresche. Il semblait au premier abord qu'on était venu avec l'intention de demander la conservation de l'église nationale telle qu'elle était, chose qui aurait eu lieu de surprendre. Après quelques discussions on se comprit mieux et l'on rédigea et signa sur-le-champ la pétition suivante :

A rassemblée constituante du canton de Vaud, Messieurs,

Une assemblée nombreuse de pasteurs et de ministres de l'église nationale, tout en admettant le principe de l'entière liberté des cultes, a décidé <le demander à Rassemblée constituante la conservation de l'église nationale, sans prétendre qu'il n'y ait rien à changer dans son organisation.

Lausanne, le 20 janvier 1831.

On résolut de transmettre celte décision à MM.' les doyens des classes pour qu'ils la fissent passer aux pasteurs et ministres de leur ressort. Un très grand nombre d'ecclésiastiques du canton y adhérèrent effectivement, ainsi que plusieurs laïques '.

La fermentation qui régnait dans le canton faisait à la presse vaudoise un devoir de plaider la cause de la tolérance et de la

1 Discussion publique, N° 3, 1er février.

liberté. On pouvait attendre du Nouvelliste qu'il ne faillirait pas à cette mission et, en effet, ce journal s'efforça de faire entendre le langage de la raison et de la justice à des populations facilement excitées. Il ne craignit même pas de laisser discuter dans ses colonnes la question de l'indépendance réciproque de l'église et de l'état l. Comme les faits ne tardèrent pas à le montrer, c'était trop tôt, mais il est intéressant de signaler cet indice des préoccupations du moment. La Gazette elle-même, paraissant renier ses erreurs passées, se demandait si la constituante ne ferait rien pour la liberté religieuse, et l'auteur de l'article, M. Miéville en personne, s'inspirant des meilleurs principes, voulait que l'assemblée, tout en proclamant une religion nationale, posât le principe de la tolérance absolue, protégeât tous les cultes, et les associât tous aux bienfaits de nos institutions2. Electrisés par un langage si nouveau, les citoyens de Montreux s'empressèrent d'envoyer à la Gazette une adresse de sympathie.

Aux termes de la loi du 7 janvier, les assemblées primaires de cercles se réunirent dans tout le canton le lundi 31 du même mois, afin (Je nommer les députés à la constituante. En plusieurs lieux les passions excitées se manifestèrent par des actes de violence. A Payerne, par exemple, deux citoyens, le capitaine Golliez et le major Bel, eurent à lutter contre une forte opposition dont le cri de ralliement poussé dans les pintes était: A bas les mômiers ! A Concise, c'est M. Berger, pasteur à Provence, qui, après avoir obtenu beaucoup de suffrages, voit échouer sa candidature dès qu'on l'accuse d'être mômier. Au

1 Nouvelliste vaudois, N° 5, 12 février. (Un mot à propos de la question électorale, par W. Espérandieu.) * Gazette de Lausanne, N° 5, 18 janvier 1831.

Page 1