CHAPITRE I
A la suite de ce refus et d'un avis inséré dans les journaux politiques, ce fut au Casino que se réunirent quatre ou cinq cents personnes. Les ecclésiastiques du canton y étaient accourus en grand nombre, mais on y remarquait aussi des citoyens de toutes les classes de la société. D'une voix unanime, M. le professeur Gindroz fut appelé au fauteuil de la présidence l. Après deux heures et demie de délibération, la question de savoir si l'on demanderait à l'assemblée constituante l'entière liberté des cultes ayant été résolue affirmativement par l'immense majorité des citoyens présents, une commission composée de MM. S. Clavel, Chavannes, pasteur à Crissier, Monnard professeur, Gauthey, Scholl et Burnier, pasteurs, avec le président, se retira un moment pour rédiger l'adresse suivante :
A rassemblée constituante du canton de Vaud, Messieurs,
Une nombreuse assemblée d'amis de la liberté religieuse de diverses parties du canton, réunie à Lausanne, le 20 janvier 1831, a décidé de présenter à l'assemblée constituante le vœu qu'elle veuille bien statuer en principe que la constitution reconnaît et garantit la liberté d'association religieuse, et le libre exercice de tous les cultes. Lausanne, le 20 janvier 1831.
Parmi les orateurs qui prirent part à la discussion, M. Voruz insista pour que l'assemblée reconnût le droit imprescriptible de l'homme à la liberté religieuse et demandât que ce droit fût inscrit dans la charte fondamentale de l'état. M. le pasteur Gauthey, dans un long et substantiel discours, démontra que la
1 M. André Gindroz qui, de 1831 à 1840, joua un rôle important dans les débats politiques, académiques et religieux de notre canton, et qui a laissé un souvenir vénéré dans le cœur de ceux qui l'ont connu, était un très petit homme, à la parole brève et saccadée, mais un homme de très grand bon sens, de beaucoup de précision et de clarté dans l'esprit. 11 était professeur de philosophie rationnelle à l'académie de Lausanne.
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liberté des cultes est un droit absolu ; qu'elle est un principe éminemment évangélique, un principe inhérent au protestantisme et intéressant l'église nationale elle-même. M. Burnier, pasteur à Rolle, après avoir rappelé que le droit en question était déjà exprimé dans nos précédentes constitutions, ce qui n'avait pas empêché de nombreuses et graves restrictions apportées à ce droit, voulait que la future constitution s'exprimât de manière à rendre impossible le retour de toute persécution ou oppression légale contre aucun citoyen, pour ses opinions religieuses et son culte, et qu'elle pourvût à ce qu'en religion, il y eût égalité de droits et de charges pour tous. M. Burnier ne croyait cependant pas que le pays fût déjà mûr pour l'entière séparation de l'église et de l'état. En revanche, M. Golliez, pasteur à Payerne, réclamait cette entière séparation. M. le ministre Mariignier demandait une liberté qui se conciliât avec nos institutions civiles; il redoutait une liberté religieuse illimitée ; l'exemple de l'Amérique et de l'Angleterre, peuplées de sectes, lui faisait peur. M. Germoncl, pasteur à Sainte-Croix, tout en votant pour la liberté religieuse, repoussait l'égalité des cultes, tandis que M. S. Chappais, encore proposant, prétendait que le droit à la liberté du culte appartenait au mahométan et au juif aussi bien qu'au chrétien, et que, par conséquent, il fallait demander la liberté religieuse pour tous !.
Le 15 janvier, une circulaire imprimée portant ce qui suit, avait été adressée à chacun des pasteurs et ministres du canton de Vaud.
Une réunion d'amis de la liberté religieuse devant avoir lieu à Lausanne , le 20 du courant, à 10 heures du matin, quelques ministres
1 Discussion publique, N° 3, 1er février.