CHAPITRE I
second tour de scrutin, il n'obtient plus que 15 voix au lieu des 108 de la veille1. À Âubonne, on use également de l 'épouvantait des mùmiers, et à Romainmotier, où l'on prétend que des ecclésiastiques ont eux-mêmes servi cette artillerie-là (sic), il se manifeste contre les mômiers une irritation qui va jusqu'au désordre. M. le diacre Fr. Decoppet, en butte à la brutalité de personnes mal renseignées, est la victime de deux horribles charivaris *.
En présence de manifestations aussi hostiles, il était permis de se demander ce que serait cette liberté que les bons esprits et les cœurs généreux voulaient voir inscrite dans la charte nouvelle ? Aussi, est-ce à juste titre que Vinet terminait un article de journal dans lequel il avait applaudi à la révolution du 18 décembre par ces mots d'avertissement: « Yaudoisî... votre liberté vaudra justement ce que vous vaudrez \ » Mais le peuple reconnaissait-il la nécessité de la liberté religieuse? voulait-il cette dernière sincèrement, dans toute son étendue, sans les restrictions qui l'auraient annulée? Les bons juges semblaient en douter et ils s'efforçaient de calmer les appréhensions en combattant les préjugés.
A la Discussion publique quelques membres de l'église nationale ne tardèrent pas à opposer un autre journal. Dès le M janvier, ils avaient fait connaître leur intention à cet égard en adressant à tout le clergé de l'église nationale la circulaire suivante :
• Nouvelliste vaudois, N« 11, 8 février.
* Nouvelliste vaudois, N° 13, 15 février. — MM. Elie Rochat, pasteur, et H. Combe, suffragant, protestèrent contre l'accusation d'avoir provoqué ces désordres.
3 Xouvelliste vuudois, N° 10, 4 février. (La liberti'.)
A Messieurs les doyens, pasteurs et ministres impositionnaires du canton de Vaud.
Messieurs et très chers frères,
Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et de notre Seigneur Jésus-Christ.
C'est avec confiance que les soussignés, vos frères dans l'œuvre du saint ministère, viennent vous inviter à coopérer à l'œuvre qu'ils vous annoncent, et que les circonstances où se trouve notre chère patrie et notre église en particulier paraissent à bien des personnes rendre absolument indispensable. Cette église, dont nous avons le bonheur d'être les ministres, est attaquée dans ce moment-ci par des adversaires qui, en réclamant la liberté des cultes, tendent à établir leur égalité, ce qui entraînerait le renversement total de l'église nationale. Un des principaux moyens que l'on emploie pour parvenir à ce but, est un journal qui paraît sous le titre de Discussion publique sur la liberté religieuse et le gouvernement de l'église, dirigé par des membres de l'église nationale dît canton de Vaud.
Nous croyons donc que les pasteurs ne sauraient voir de telles attaques avec indifférence, attendu que notre assemblée constituante sera appelée à poser dans notre constitution future des principes qui exerceront nécessairement une grande influence sur l'esprit religieux de notre cher pays.
Nous aurions pu, sans doute, pour soutenir notre thèse en faveur de l'église nationale, profiter de l'invitation faite dans la Discussion publique qui offre une place à l'expression de toutes les opinions; mais nous avons pensé que, vu l'abondance des matières et la coopération active que nous espérons de chacun de vous, nos très chers frères, nous aurions à dire beaucoup trop de choses, pour que les rédacteurs du journal sus-mentionné pussent y insérer tous nos articles.
Telles furent les raisons qui nous ont déterminés à préférer l'émission d'une feuille périodique, distincte de celle dont nous venons de parler. Pour cet effet, nous sollicitons le concours de votre patriotisme et de votre zèle religieux, et nous espérons :
1° Que vous vous empresserez de contribuer de toutes vos forces à fournir au comité rédacteur les matériaux nécessaires pour remplir notre feuille, en vous faisant observer que sans le secours de nos frères dans cette œuvre, nous serions nécessairement obligés de l'abandonner, en raison