CHAPITRE V
La majorité de la commission propose donc la révocation immédiate de la loi du 20 mai, en s'appuyant sur ce considérant que la dite loi n'est pas conforme aux principes de liberté qui régissent actuellement te canton de Vaud. Il faut révoquer cette loi, ou la remettre en vigueur pleinement ; en confier l'exécution à des hommes qui ne soient ni hommes ni chrétiens. Dans le cas où cette loi subsisterait, s'il arrivait qu'il répugnât à des magistrats de la faire exécuter, des hommes égarés par la passion prendraient eux-mêmes le glaive de la justice pour en frapper les victimes.
La minorité de la commission rejetait purement et simplement le projet de loi, afin que le conseil d'état eût le temps d'en présenter un autre qui remplacerait la loi du 20 mai.
La discussion sur le projet de loi commença le 13 janvier 1834 et dura trois jours. Les vingt-cinq premiers articles ayant été rejetés, les débats se concentrèrent sur l'article 26.
A en croire M. Druey, bien placé du reste pour en parler savamment, le retrait de la loi du 20 mai était déjà envisagé comme une nécessité, dès 1831, par le conseil d'état qui tenait à ce que le principe de la liberté religieuse fût consacré dans le pays. En réponse à M. Miéville, qui pensait qu'au moyen d'une loi on pouvait imposer de la considération pour une église, M. Druey disait que « c'était une grande erreur; une religion n'étant considérée qu'en raison de sa valeur intrinsèque. » M. Guisan faisait remarquer qu'il fallait absolument révoquer la loi du 20 mai. Il invoquait, à l'appui de cette nécessité, les pétitions adressées dans ce sens au grand conseil l. M. Rouge décla-
1 Un fait, qui fut relevé dans le temps par la presse vaudoise, c'est que les pétitions contre la liberté religieuse avaient gardé en général un silence réprobateur sur la loi du 20 mai. (Conf. Nouvelliste vaudois, N° 1, 3 janvier 1834, article : De la liberté religieuse.)
rait la loi du 20 mai inexécutable. Mais il ajoutait que si l'on ne posait pas le principe de la liberté religieuse, on se replacerait dans l'état de crise où l'on se trouvait avant la promulgation de cette même loi. On verrait les méthodistes en butte à tous les outrages de la part du peuple irrité.
Parmi les discours qui se firent entendre dans la séance du 14, nous devons signaler particulièrement celui de M. Emmanuel de la Harpe. Après avoir rappelé encore une fois qu'il avait voté la loi du 20 mai, cet orateur dit qu'au moment où les méthodistes parurent, l'esprit religieux avait certainement pris de l'essor parmi nous, mais qu'alors le réveil religieux consistait dans le développement pratique d'une religion compréhensible. C'était la morale évangélique qu'on entendait prêcher chaque dimanche. Quant aux dogmes, à l'approche des grandes fêtes, on en choisissait quelques-uns d'entre les fondamentaux; on ne faisait point des dogmes contestés l'objet de l'enseignement.
M. de la Harpe s'efforça de montrer que les réformateurs n'étaient pas d'accord sur certains dogmes ; il examina ensuite les dogmes qu'il appelait méthodistes, et lut des passages de mémoires adressés par les méthodistes au département de l'intérieur. Ces doctrines, dit-il, tombèrent comme de la foudre au milieu de notre peuple, attaquant directement toutes les idées reçues en religion et en morale, ébranlant la considération pour les livres employés dans l'enseignement et pour les ministres: de là des désordres tout naturels. La loi du 20 mai rétablit l'ordre, mais la discorde ne cessa pas. M. de la Harpe proposa alors au conseil d'état de rapporter la loi ; on n'aurait pas eu autant de difficultés à vaincre. Maintenant, persister est impossible. Chacun juge la loi mauvaise. C'est ce malheureux état d'une loi morte sans être rapportée qui a causé les troubles de Vevey et de Lausanne. Mais remplacer la loi par une autre n'est pas chose faisable : preuve en soit le projet qui vient d'être rejeté tout entier. 11 faut donc rapporter la loi purement et