‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 101 sur 171 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

simplement. C'est le seul moyen de ramener l'ordre et la paix dans le pays. M. de la Harpe prouve, l'histoire en main, que les persécutions augmentent Us sectes et que la tolérance les détruit. On dit que la masse du peuple ne veut pas la liberté religieuse, mais le grand conseil ne doit pas consacrer une injustice et, au fond, ce que demandent la plupart des pétitionnaires, c'est le maintien de l'église nationale ; nul ne songe à y toucher.

M. Jaquct, conseiller d'état, persuadé que cette mesure ne pouvait qu'avoir les conséquences les plus heureuses pour le pays, demanda la révocation immédiate de la loi du 20 mai, et M. Petits prononça un long et beau discours dans le même sens: « C'est, dit-il entre autres choses, dans la loi elle-même qu'il faut chercher le secret de cette persévérance, de ce zèle, de cette ardeur de prosélytisme, en un mot, qui semble dévorer les méthodistes. » Au jugement de l'orateur, la législation ordinaire suffisait pour supprimer tous les désordres.

M. le professeur Monnard s'exprima très fortement sur le compte de la loi du w20 mai. Dans sa conviction, cette loi avait perverti le jugement du peuple vaudois ; elle avait sanctionné la force brutale, la force des cannibales (\\) ; elle avait perverti jusqu'à l'idée même de la liberté ; elle avait altéré la discipline militaire. La loi du 20 mai avait encore perverti les idées religieuses dans le pays, propagé la haine de la religion, la haine des assemblées religieuses, la haine des lectures pieuses, la haine de la Bible elle-même... Elle avait perverti les habitudes d'une partie du peuple en augmentant sa grossièreté et en le rendant capable d'actes barbares qu'on chercherait en vain dans son histoire avant l'existence de cette loi. Depuis dix ans, s'écriait encore M. Monnard, cette loi a fait la honte du canton de Yaud. Au nom du christianisme, il fallait en demander l'abrogation ; cette abrogation rétablirait l'ordre moral et légal dans le pays.

La séance du 15 janvier vit la fin de ces mémorables débats, MM. Nicole, Guisan, Gindroz, Forel, de la Harpe, Pellis, firent de nouveau entendre leur voix. M. Druey rappela que l'Europe et l'Amérique avaient dans ce moment les yeux dirigés sur les représentants du peuple vaudois et que si la loi du 20 mai n'était pas révoquée, l'honneur du canton en souffrirait cruellement, M. Muret- Tallichel, après avoir jeté un rapide coup d'œil sur l'histoire du christianisme, arriva au réveil vaudois et montra que c'était à tort que l'on voulait voir dans les hommes du réveil des novateurs, puisque ce qu'ils demandaient n'était qu'une sorte de restauration au profit des idées religieuses. Aux yeux de l'orateur, la loi du 20 mai n'avait fait qu'augmenter le nombre des dissidents dans le pays et elle était plus propre à renverser qu'à soutenir l'église nationale.

En général, les orateurs s'élevèrent contre la loi du 20 mai, même ceux qui l'avaient votée en 4824. Quelques encroûtés seuls auraient voulu la maintenir, et encore avaient-ils grand soin de se défendre de toute hostilité contre la liberté religieuse elle-même. Cependant ils essayèrent d'empêcherla votation qu'ils redoutaient. Le jour fixé pour le second débat, il ne se trouvait dans la salle du grand conseil que 80 membres présents. Les députés opposés à l'abrogation de la loi avaient décidé, paraît-il, de s'absenter de la séance afin que, le quorum de 88 membres n'existant pas, la délibération fût entravée et le statu quo prolongé. Mais le conseil d'état déclara en pleine séance que si le grand conseil n'était pas en nombre le lendemain, il serait convoqué extra ordinairement et immédiatement pour ce second débat, ce qui fit échouer le plan qu'avaient ourdi les ennemis de la liberté religieuse1.

1 Conf. Archives du christianisme, N<> 3, 8 février 1834.

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