CHAPITRE V
leurs prédications ; ils profitèrent de cette circonstance pour faire l'apologie de la confession de foi helvétique et du réveil et pour plaider la cause de la tolérance à l'égard des dissidents, tout en témoignant bien haut de leur attachement à la religion de leurs pères'. Dans le sein de l'académie, M. le professeur Monnard, alors recteur, proposait renvoi d'une circulaire à tous les impositionnaires pour les engager à user, dans les circonstances actuelles, de toute la prudence et de tous les ménagements que réclament les préceptes de l'Evangile, aussi bien que le véritable esprit de charité chrétienne. L'académie nomma une commission composée de MM. Monnard, Gindroz et Pidou, mais, quelques jours plus tard, M. Monnard retira sa proposition qui n'eut ainsi aucune suite2.
La joie et la reconnaissance des amis de la liberté religieuse dans le canton de Vaud furent également ressenties à l'étranger. En apprenant ce qui venait de se passer à Lausanne, le Semeur écrivait : « La raison et la justice viennent de remporter une belle victoire... La liberté est proclamée... La loi de 1824 avait fait le peuple persécuteur, celle de ISoi le fera tolérant. » Cependant le Semeur ne méconnaissait pas ce qu'il y avait d'imparfait dans la loi adoptée par le grand conseil vaudois. « La liberté, disait-il avec raison, n'est pas sortie sans blessure de ce glorieux combat, » et il déplorait que le souffle de la loi du 20 mai eût passé en s'exhalant dans l'article contre le prosélytisme3. Cet article plaçait en effet le mal au foyer domestique, et, par ce qu'il avait de vague, il était dangereux. « La loi ancienne, écrivait à ce propos un journal religieux qui s'imprimait alors à Genève, la loi ancienne était violente et cruelle ;
1 La religion de nos pères. (Sermon par Sylvius Faire, pasteur à Ballaigues, janvier 1834, 37 pages.) — La véritable liberté. (Sermon par 5. Descombaz-, pasteur à Ormontdessus.) Etc.*
* Procès-verbaux de l'académie, 28 janvier et 4 février 1834. s Le Semeur, N° 5, 29 janvier 1834.
la loi nouvelle est absurde et ridicule. La loi ancienne était une loi de persécution, de violence ouverte ; la loi nouvelle est une loi de rapports secrets et de discorde domestique. La loi ancienne était un mal dans le domaine de la commune, la loi nouvelle est un mal dans le domaine de la famille. En pénétrant ainsi plus avant dans les éléments constitutifs de la société, le mal n'en est que plus redoutable. La loi ancienne suscitait les charivaris, les scènes de terreur et d'assassinat ; la loi nouvelle (Dieu fasse qu'il en soit autrement 1) a une tendance à susciter les querelles, les reproches, les animosités, les ruptures domestiques... Que peut-on espérer maintenant?... Deux choses : l'une est celle qu'on met le plus en avant pour justifier la loi étrange qui a été rendue : savoir que cette loi contre le prosélytisme n'a été faite que pour faire tomber la loi contre la secte, et sera du reste tout à fait comme non avenue! Dieu le donne 1 L'autre, que la puissance de la vérité et de la liberté qui a fait justice de la loi contre la secte, fera aussi bientôt justice de la loi contre le prosélytisme1. »
1 Gazette évangélique, N° 5, 31 janvier 1834.