CHAPITRE I
Ainsi la question du dimanche occupe déjà une grande place parmi les autres questions soulevées alors par les progrès du mouvement religieux: elle fixe l'attention des chrétiens, théologiens ou non. Les esprits particulièrement frappés du caractère pratique qu'offrait ce qui venait de l'Angleterre, établissent catégoriquement l'autorité divine du dimanche et l'obligation morale imposée par l'Evangile à tout fidèle de le sanctifier. D'autres accueillent avec une faveur évidente des vues professées par les Allemands, et entre autres par le célèbre docteur Neander. La connaissance de la théologie allemande, qui commence à se répandre parmi nous, réagit, dans ces questions, contre l'influence anglaise. Une certaine agitation est imprimée aux esprits ; nos jeunes théologiens, et surtout les étudiants de l'académie, éprouvent particulièrement cette agitation, cette inquiétude, cette hésitation entre les deux points de vue. Toutefois, les discussions mêmes auxquelles on se livre et qui trouvent de l'écho jusque dans les assemblées annuelles des sociétés religieuses, sont un indice du terrain déjà conquis parmi nous par des hommes comme Neander.
Au fond, la question qui se posait alors revenait cà ceci : Le devoir de sanctifier un jour de repos sur sept est-il un précepte moral, universel et permanent ; ou est-il une ordonnance cérémonielle, locale et temporaire? La Société évangélique de Lausanne entendit sur ce sujet la lecture d'un mémoire de M. le ministre Faire, rapporteur d'une commission chargée de s'occuper de cette question. Le mémoire était intitulé : De l'institution divine d'un jour de repos sous la loi et sous l'Evangile1 . M. Fabre soutenait la première des thèses ci-dessus énoncées à
1 Lausanne, Marc Ducloux, 1837. 50 pages.
l'appui de laquelle il invoquait l'étude des faits, la marche historique, la suite des diverses révélations (adamique, patriarcale, mosaïque, chrétienne). Il montrait le dimanche substitué au sabbat, mais il ne voulait pas de l'emploi du mot sabbat, même accompagné de Tépithète chrétien, pour désigner \e jour du Seigneur, le repos du chrétien, M. Fabre croyait fermement à l'institution divine d'un jour de repos sous l'Evangile aussi bien que sous la loi. A ses yeux, le quatrième commandement était, aussi bien que les neuf autres, une loi morale, puisqu'il était comme eux en harmonie avec la nature même de Vhomme, fait pour tout le temps de la durée de l'humanité et propre à être observé dans tous les lieux.
C'est encore la Société pour la sanctification du dimanche qui publia la traduction de deux discours de Dwight, sur le sabbat.
Enfin, dans le temps même où l'une des classes du clergé et la Société évangélique de Lausanne s'occupaient, chacunede son côté, de l'importante question des écoles du dimanche, ce sujet était aussi à l'ordre du jour dans le sein du comité de la Société pour la sanctification du dimanche. Dans le courant du mois de mars (1837), un des membres du comité demanda la publication d'un appel renfermant des directions sur la manière de commencer et de tenir les écoles du dimanche, et faisant connaître la nature, le but etles heureux effets qu'on pouvait en attendre. L'auteur de cette proposition rédigea lui-même l'écrit qu'il demandait et qui fut publié sous ce titre : Quelques directions sur les écoles du dimanche. Cette publication fut suivie de plusieurs autres destinées spécialement aux enfants et propres à leur faire aimer et sanctifier le jour du repos.
L'œuvre de la Société vaudoise pour la sanctification du dimanche ne paraît du reste pas avoir duré bien longtemps, sans qu'il nous soit toutefois possible de préciser le moment où elle prit fin. La question du dimanche se représentera cependant