CHAPITRE L
encore et nous aurons à nous en occuper de nouveau dans le cours de cette histoire.
En même temps que le désir de voir le dimanche mieux observé parmi nous, se montre le besoin, bien naturel dans un pays comme le nôtre, de plaider la cause de la tempérance et de fonder une société qui se proposerait le triomphe de cette cause si morale et si patriotique. La Société d'utilité publique, prenant l'initiative de cette œuvre, convoqua au casino de Lausanne, le 22 février 1837, une assemblée pour discuter et poser les bases de cette nouvelle société. Composée au début de quatre-vingts personnes, l'assemblée se livra à des discussions approfondies qui durèrent de dix heures du matin à quatre heures du soir, et d'où sortirent les résolutions suivantes adoptées par les vingt-cinq assistants restés jusqu'au bout:
1° Les personnes soussignées se réunissent aujourd'hui en société de tempérance du canton de Vaud, en admettant pour principes généraux :
a) L'abstinence totale des liqueurs enivrantes distillées, sauf, en cas
de maladie, par Tordre du médecin.
b) La modération dans l'usage du vin.
2° La société désigne, d'entre ses membres, un comité chargé de préparer un règlement constitutif de la société et, entre autres, d'indiquer ce qu'elle aura à faire pour prendre les mesures en son pouvoir, dans le but d'arriver à la modération dans l'usage du vin.
3° Une séance aura lieu au mois d'avril pour entendre le rapport du comité.
4° Toutes les personnes qui adhèrent aux résolutions prises par la société sont priées de le faire savoir au comité constitutif.
Le comité provisoire fut composé de MM. Alexis Forel, membre du grand conseil ; Berger, pasteur, conseiller de l'instruction publique, et Burnier, pasteur l.
* Narrateur religieux, N° 8, 23 février 1S37.
MOUVEM. RELIG. 11 î
Les résolutions votées au casino furent imprimées et distribuées partout dans le canton; et le comité provisoire élut son siège à Lausanne, rue Saint-Pierre, n° 22. Mais, comme toutes les bonnes choses, la Société de tempérance rencontra immédiatement de l'opposition, de la part même de personnes qui auraient dû, semble-t-il, travailler au succès de l'œuvre nouvelle. C'est ainsi que, dans le journal publié par cette même Société d'utilité publique qui avait pris cette cause en main, un honorable citoyen, dans ses Quelques observations sur rétablissement d'une société cantonale de tempérance, disait entre autres choses : « Le vice de l'ivrognerie est chez nous sur le retour de son apogée, et l'établissement d'une société cantonale de tempérance est un jugement prononcé sur le peuple en masse de notre pays, accusé du vice de l'ivrognerie. » Malheureusement la statistique officielle mettait à la disposition de tous des documents qui ne justifiaient que trop rétablissement de la nouvelle société.
Le comité provisoire de la Société de tempérance formula un projet de règlement qui fut distribué parmi les membres fondateurs et discuté dans une assemblée générale le 14 avril suivant, au casino de Lausanne. Voici ce règlement :
Article premier. La société porte le nom de Société de tempérance du canton de Vaud.
Art. 2. Les membres de cette société persuadés que les liqueurs enivrantes distillées, telles qu'eau-de-vie, eau de cerises, eau de gentiane, etc., comme boissons sont non-seulement inutiles, mais encore nuisibles; qu'elles conduisent à l'intempérance, et que, tant que l'on continuera à en faire usage, on ne peut espérer un terme aux maux que produit ce vice, — s'engagent à y renoncer, à n'en point faire le commerce, à n'en point donner à ceux qui sont à leur service, à employer enfin tous les moyens convenables pour en faire cesser entièrement l'usage.
Considérant de plus les maux qu'entraîne l'usage excessif du vin, ils s'engagent à n'en user qu'avec modération. La société laisse à la conscience de chaque membre le soin de déterminer ce qu'on doit entendre par là. Toutefois, elle pense, mais sans vouloir l'imposer pour règle, que