CHAPITRE L
portée des lecteurs de la Suisse romande. Les sermons de M. Sécretan, composés, semble-t-il, plus sous l'influence de l'Allemagne que sous celle de la France, appartenaient cependant, par leur caractère essentiellement dogmatique et par la pureté de leur doctrine, bien franchement au réveil. Remarquables par l'argumentation serrée, l'élévation des idées et du style, l'originalité de la forme, l'aspect nouveau sous lequel los sujets déjà souvent traités étaient présentés, ils se distinguaient encore par des qualités de netteté, de force dans la pensée et de clarté dans l'expression. Ces sermons furent classés tout de suite, dans la patrie de l'auteur, parmi le petit nombre de ceux qu'on peut lire et relire avec un intérêt soutenu et croissant.
Nous avons, dans le livre précédent, rendu compte des deux premières éditions des Discours de Vinet. C'est en 1836 que parut la troisième. Le Semeur se hâta de la saluer en ces termes : « S'il y a un public sérieux en France, M. Vinet a contribué à le former. » Après avoir rappelé le fait important que la dialectique de l'auteur des Discours prenait son point de départ dans la conscience, le même journal rendait encore hommage au mérite littéraire d'un livre que la Revue des Deux Mondes signalait sous ce rapport à l'attention du public lettré. D'autres journaux, estimant que la meilleure manière de faire connaître les Discours sur quelques sujets religieux était de les laisser parler eux-mêmes, se bornèrent à en donner à leurs lecteurs des fragments plus ou moins étendus. Cette troisième édition renfermait quatre nouveaux discours. (La foi d'autorité, etc.) Comme les précédentes, elle portait des traces du progrès graduel qui s'était accompli dans les conceptions religieuses de Vinet. D'autres morceaux, tels que l'Intelligence humaine jugée par saint Paul (4833), l'Indifférentisme religieux (id.), publiés à part, ne furent réunis que plus tard, en 1851, dans les Nouvelles Etudes évangéligues.
En 1827, M. Gauthey avait publié un recueil de sermons dont la seconde édition, augmentée de six discours, parut en 4836, l'année même où M. Scholl, avant de quitter Londres, imprimait un second recueil de ses sermons. On peut rapprocher ici sans inconvénient ces deux publications, car toutes deux présentaient la doctrine pure et claire de la croix de Christ comme unique justification et sanctification du pécheur. Sans doute, sous cette unité fondamentale, chacun des auteurs conserve son caractère propre. L'un, M. Gauthey, est plus élevé ; l'autre, M. Scholl , plus incisif; l'un parle plus au cœur, l'autre plus à la conscience ; le premier présente avec plus d'onction les consolantes promesses de l'Evangile, le second poursuit le pécheur avec plus de force dans les dernières retraites des prétextes ou des illusions.
Enfin, c'est encore en 4836 que M. Ant. Vermeil, pasteur au Brassus, vallée du lac de Joux, contribuait à l'édification du peuple de Dieu par un volume de Sermons qui présentaient la réalité, la vie que la prédication demande et presque toute la popularité que pouvait comporter leur forme habituellement synthétique. Observateur attentif de l'état moral et spirituel de son troupeau, le pasteur du Brassus, parlant toujours avec franchise et avec fermeté , quoique sans grands mouvements oratoires, se montrait ici le messager fidèle de la Parole qui frappe et qui relève.
Dans la période que nous étudions actuellement, nous n'avons à enregistrer la naissance que d'une seule publication périodique religieuse. Au début de la quatrième année de son existence, le 26 février 4836, la Gazette évangélique avait pris fin assez brusquement et elle n'avait point été immédiatement remplacée. Le 5 janvier 4837, paraissait le premier numéro du Narrateur religieux.