CHAPITRE I
Le 19 septembre de l'année précédente, le comité delà Société évangélique de Vevey avait entendu l'un de ses membres proposer la création d'un journal religieux destiné à répondre à divers besoins, d'après un plan nouveau, propre à intéresser à ce projet les diverses sociétés chrétiennes de notre patrie, et à fournir les moyens d'avoir un rédacteur équitablement rétribué. La commission à l'examen de laquelle cette proposition avait été renvoyée, fit, le 10 octobre, un rapport dont les conclusions revenaient à ceci : Le projet est important ; il est opportun.
Le comité adressa alors une circulaire autographiée aux sociétés évangéliques des cantons de Vaud, Neuchâtel et Genève, et à quelques personnes en particulier. Voici Y exposé des motifs du projet:
La publicité est dans l'essence de l'Evangile. L'Evangile est comparé à une lampe qui ne doit pas être laissée sous un boisseau. Son nom seul indique que la publicité est son élément. La bonne nouvelle doit être annoncée par tous les moyens et sous toutes les formes. C'est ce qu'ont tenté dans tous les siècles tous les vrais amis de cet Evangile. Sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu, de saints hommes ont écrit l'histoire du Sauveur pour qu'elle fût transmise aux générations futures. Luc a fait le journal de l'église primitive et de ses premiers conducteurs en traçant les Actes des apôtres; et ceux-ci, par leurs lettres nombreuses, communiquaient avec les églises qu'ils avaient formées en divers lieux. Au siècle de la réformation, à défaut d'autres moyens connus de publicité, c'est par leurs nombreux ouvrages et par une immense correspondance avec des hommes de tous les rangs et de tous les pays, que les Luther, les Calvin, etc., obéissaient à cette loi du royaume de'Christ qui veut que nous proclamions sur les toits les choses merveilleuses de Dieu.
Chaque réveil religieux un peu étendu fait sentir ce besoin de la publicité inhérent aux convictions religieuses. Toutes les inventions de la science humaine doivent tôt ou tard servir aux progrès de l'Evangile sur la terre. L'imprimerie a été un moyen de multiplier à l'infini les exemplaires de la Parole de Dieu dans toutes les langues. Une autre invention moderne, celle des journaux, doit aussi, en dernière analyse,
tourner au profit du règne de Dieu. Déjà cette arme puissante est employée avec bénédiction, en divers pays, par des hommes pieux, qui ont compris que cette invention ne devait pas servir uniquement à propager des théories politiques, des rêveries humaines, des faits colorés par l'esprit de parti, et qu'il fallait qu'à cet égard les enfants de lumière déployassent pour la sainte cause de leur Maître un zèle analogue à celui que manifestent les enfants de ce siècle. Nous trouvons des exemples à l'appui de cette observation, dans l'Allemagne, dans l'Angleterre, et particulièrement dans les Etats-Unis, terre classique du journalisme chrétien, où presque chaque ville possède son journal religieux, fait qui est peut-être à la fois une preuve et une cause de la vie chrétienne qui distingue quelques parties de ce pays.
Maintenant, n'est-il pas vrai que nos contrées, sur lesquelles le Seigneur a aussi jeté un regard de miséricorde et d'amour, sont restées bien en arrière quant à l'emploi de la publicité chrétienne ?
Personne moins que nous ne méconnaît le mérite et l'utilité de la Feuille religieuse ; mais elle ne peut et ne doit point suffire à tous les besoins religieux auxquels la presse doit satisfaire.
Le Chroniqueur a fait passer sous nos yeux, avec un remarquable talent, les grands événements des mémorables années 1535 et 1536; dans peu il aura accompli sa tâche, mais seraient-ce seulement les événements du XVIe siècle qui pourraient exciter notre curiosité ! Ceux qui se passent de nos jours dans l'église n'auraient-ils rien à nous dire? Et, tandis que chaque parti, souvent chaque nuance politique, tient à avoir un organe de ses opinions et ne craint pas de faire des sacrifices considérables dans ce but, est-ce que le parti de Jésus dans un pays ne devrait pas aussi avoir un organe? est-ce que les faits spirituels méritent moins d'être publiés que les circonstances passagères de la vie terrestre ?
Frères, frères, il nous faut un journal.
Il y a dans notre chère Suisse, Dieu en soit hautement béni, un grand nombre de sociétés religieuses, évangéliques et autres ; chacune de ces sociétés travaille à l'avancement du règne de Dieu. Est-ce que les travaux de chacune d'elles ne pourraient pas présenter bien des faits dont la publication serait propre à édifier et à exciter à émulation les autres sociétés et les chrétiens en général ? Chaque société a une assemblée annuelle dans laquelle elle présente un rapport sur les œuvres dont la gestion lui est confiée; dans ces assemblées, des discours sont prononcés et présentent souvent les choses les plus dignes d'être offertes aux méditations des chrétiens. Mais la plupart de ces rapports, presque tous ces discours ne sont pas publiés, et quand ils le sont, c'est par un moyen qui,