‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 121 sur 171 · CHAPITRE t · texte numérisé non relu

CHAPITRE t

de l'esprit de coterie ou de corps, par ressembler à ce qu'on appelle, dans le style moderne, la camaraderie. Une fois là, tout se mesquinise et se rapetisse aux yeux d'un homme dans l'idéal que son esprit se trace de la vie chrétienne... Voilà la source de bien des misères. » Et plus loin : « En favorisant le plaisir que les personnes d'un même sentiment en religion ont à se voir et à se rapprocher, en secondant cette tendance par des réunions, on agit dans l'intérêt de la piété, mais en l'excitant outre mesure, on dépose soi-même dans son œuvre un germe de dissidence qui éclôra plus tard. »

Les confessions et les critiques que nous venons de recueillir dans les écrits du temps concernent essentiellement cette partie de notre peuple qu'on envisageait comme subissant l'action du réveil. Toutefois, à côté de misères spirituelles et morales trop évidentes, que les hommes vraiment pieux et intelligents ne songeaient point à nier, qu'ils déploraient bien plutôt et contre lesquelles ils cherchaient franchement à réagir, il est juste de signaler un travail sérieux, un développement réel, plein d'encouragements, et de promesses. Mais le peuple luimême, le peuple pris dans son ensemble, où en était-il au point de vue religieux et moral? Ecoutons ici un homme bien placé pour en juger sainement et qui, avant de parler, avait pesé soigneusement toutes ses paroles.

Dans une prédication donnée à Lausanne le jour du jeûne de 1836, M. le pasteur Manuel s'exprimait ainsi :

Notre pays, mes frères, est ce champ de l'Evangile où le bon grain a germé et poussé assez d'épis, mais où les ronces et l'ivraie ne manquent certainement pas non plus. C'est ce que tout le monde voit et ce que tout le monde dit, c'est là ce qu'on peut dire à peu près de toutes les contrées dans lesquelles l'Evangile de la grâce de Dieu est prêché.

Entrons cependant, mes frères, dans quelques détails; essayons de nous représenter dans quelle position les croyants et les incrédules se trouvent, chez nous, vis-à-vis les uns des autres ; demandons-nous quelles sont, au milieu de ces deux classes de personnes, les dispositions religieuses de la masse du peuple. La haute importance de toute cette recherche ne tardera pas à se manifester à nous.

Les personnes croyantes et chrétiennes qui sont au milieu de nous, mes frères, ont sans aucun doute bien des imperfections et bien des faiblesses à se reprocher. On n'a pas en général, parmi nous, de bien hautes ni de bien généreuses aspirations ; on se contente, même en fait de foi et de sanctification, d'une certaine médiocrité qui est encore à bien d'autres égards notre partage. Les misères de notre caractère, la nonchalance, le défaut de suite, de résolution et de vigueur se retrouvent jusque dans notre christianisme. Il est même des devoirs très essentiels et très souvent recommandés, qui non-seulement sont négligés, mais qui encore ne sont pas complètement reconnus. Beaucoup de nos frères en Christ n'ont qu'une idée assez confuse et assez imparfaite de la moralité chrétienne, et pourvu qu'ils en saisissent et en reproduisent en eux les traits généraux, ils ne se mettent pas fort en peine d'en connaître et d'en pratiquer les détails. Mais tout en avouant ces choses, mes très chers frères, tout en les déplorant du fond du cœur, ne méconnaissons pas les progrès, quels qu'ils soient, que nous pouvons avoir faits. La timidité, la lâcheté dans la confession du nom de Christ, n'ont que trop longtemps déshonoré notre foi, et il ne fallait souvent que bien peu de chose pour faire oublier à plusieurs la parole du Maître : « Quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est au ciel?» Or, mes frères, en est-il encore tout à fait ainsi actuellement; rougiton d'appartenir à ce Jésus qui semblerait devoir être la gloire et l'amour de toute l'humanité ? Si à cet égard il y a encore des faibles parmi nous, nous croyons pouvoir dire qu'il y en a un peu moins. Bien qu'une profession publique et ouverte de la piété ait encore quelques inconvénients temporels , bien qu'elle expose à quelques railleries et à quelques insultes, les croyants paraissent mieux sentir l'obligation où ils sont de se donner et de s'avouer pour tels. On se met, pour cela, au-dessus des craintes criminelles et puériles dont on a pu être autrefois dominé; on déclare qu'on n'attend son salut que de la grâce de Dieu en Jésus-Christ; on se rapproche de ceux qui pensent et parlent de la même manière ; on ne cache point qu'on fait cause commune avec eux. Le corps des chrétiens, si nous pouvons employer cette expression, le corps des chrétiens prend

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