CHAPITRE H
primait l'écrivain, à une époque de crise dans l'histoire spirituelle de nos églises; c'est à nous à décider quel en sera le résultat.... Toutes les circonstances tendent à nous alarmer si nous ne bâtons pas le moment du réveil et si nous ne surmontons pas notre tiédeur et notre coupable indifférence1. »
A la fin de 1834, on apprit dans le canton de Vaud que la vénérable compagnie des pasteurs de Genève avait décidé de célébrer l'année suivante, au mois d'août, le trois centième anniversaire de la réformation genevoise. Toutes les églises de la chrétienté réformée devaient être invitées à envoyer des représentants à ce jubilé qui revêtirait ainsi une physionomie imposante. Des invitations furent effectivement envoyées en grand nombre et de tous côtés. Les classes vaudoises ne furent point oubliées. Mais des motifs de diverse nature, et de la gravité desquels nos lecteurs pourront juger, les engagèrent à répondre par un refus. Seule, la classe d'Orbe et Yverdon envoya des délégués, mais elle le fit avec des réserves telles qu'elle aurait probablement mieux fait de s'abstenir comme les autres classes.
Ce fut le 29 avril 1835 que la classe de Lausanne et Vevey, assemblée dans cette dernière ville, prit connaissance de la lettre d'invitation de la compagnie des pasteurs de Genève. A l'unanimité moins deux voix, elle décida de répondre par un refus, motivé sur ce que la compagnie rejetait maintenant les principales doctrines enseignées par les réformateurs et consignées dans la Confession de foi des églises de la Suisse réformée*. Voici, du reste, la lettre de la classe:
1 Gaiette évangélique, N° 2, 23 janvier 1835.
* Actes de la classe de Lmisanne et Vevey, 29 avril 1835.
La classe de Lausanne et Vevey à la vénérable compagnie des pasteurs de Genève.
Vevey, 12 juin 1835.
Messieurs et très honorés frères.
En nous communiquant, par votre lettre du 31 décembre 1834, l'intention où vous êtes de célébrer pour la troisième fois le souvenir des jours mémorables où, abandonnant les ténèbres pour la lumière, votre église proclama la liberté religieuse, vous nous invitez à nous joindre à vous dans cette circonstance, pour nous réjouir de l'immense bienfait de la réformation, et pour implorer sur votre église les effets de la puissante protection de Dieu.
Vous ne devez pas douter, Messieurs et très honorés frères, que le souvenir de la bienheureuse rét'ormation, à laquelle Dieu dans sa bonté nous a fait aussi participer, ne nous soit infiniment précieux, et que nous ne bénissions du fond de nos cœurs le Chef suprême de l'église d'un événement par lequel il a si hautement manifesté sa miséricorde envers elle.
Sensibles comme nous le sommes à votre invitation, ce sera pour nous un devoir bien doux que de joindre nos prières aux vôtres, et de demander au Père de toute grâce excellente et de tout don parfait de répandre sur votre église une abondante mesure de cet Esprit par lequel il nous explique et nous démontre intérieurement son Evangile. Soyez assurés en effet que la prospérité de cette église, qui a été, dès les premiers temps de la réformation, une des colonnes de la vérité telle qu'elle est en Jésus, nous intéresse vivement, et sera toujours le sujet de nos supplications auprès du trône de grâce.
Il faut toutefois vous avouer que nous n'avons pas cru devoir répondre à l'obligeante et affectueuse invitation que vous adressez à notre classe de vous députer un certain nombre de ses membres qui la représentent au milieu de vous, dans la solennité que vous vous proposez de célébrer. Il nous en coûte beaucoup, Messieurs et très chers frères, de vous annoncer ce refus ; mais nous espérons que vous apprécierez équitablement les motifs qui nous y ont déterminés.
Nous n'aurions pu, à ce qu'il nous semble, nous trouver dans une véritable sympathie avec vous pour célébrer le grand et bienheureux événement qui s'est accompli dans votre ville il y a trois siècles : car nous ne voyons pas seulement dans la réformation l'ère d'où date la liberté religieuse, mais nous y voyons surtout l'époque bénie d'en haut où la Parole de Dieu, reprenant ses droits, a répandu de toutes parts sa