‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 127 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lumière pure et vivifiante, et ramené une grande partie de l'église chrétienne des erreurs du papisme aux vérités fondamentales du salut, dont l'exposition fidèle se trouve dans les confessions de foi que les églises é.vangéliques crurent devoir faire peu de temps après la réformation ; et en particulier dans la confession de foi helvétique à laquelle nous sommes très sincèrement attachés. Nous n'aurions donc pu, en conscience, vous envoyer des députés, sans leur enjoindre de faire au milieu de vous une profession aussi positive et aussi publique que possible de notre foi à ces vérités, qui nous seront toujours chères, comme nous savons (et c'est pour nous un sujet de joie et d'actions de grâce) qu'elles le sont encore à plusieurs d'entre vous. Or, nous vous demandons si une pareille profession de notre foi eût été bien accueillie, et si elle n'aurait pas donné lieu à des discussions et à des controverses, que nous ne redoutons pas sans doute, mais qui n'auraient pu que vous sembler bien fatigantes et bien pénibles dans une fête qui, selon vos intentions, doit avoir essentiellement pour but de resserrer les liens de la fraternité chrétienne.

Et si vous voulez savoir ce qui peut nous autoriser à concevoir des craintes pareilles, nous vous répondrons franchement que certains écrits publiés par des membres de votre compagnie et qu'elle n'a jamais "condamnés, certains actes publics dont la majorité de votre corps ne peut repousser la responsabilité, nous ont donné lieu de croire que vous aviez abandonné ces grandes vérités de la réformation, qui sont exposées dans nos confessions de foi, et que nous considérons comme étant celles de la Parole de Dieu.

Voilà, messieurs et très chers frères, quelles sont nos raisons ; elles vous feront voir que, si nous ne croyons pas devoir prendre part à. votre fête par une députation qui y représente notre classe, ce n'est ni par esprit de parti, ni par défaut d'affection fraternelle, ni par indifférence envers une église qui a rendu et qui peut rendre encore de si grands services à la cause de l'Evangile.

Du reste, nous devons vous témoigner le regret que nous avons éprouvé en voyant notre décision publiée par des journaux d'une manière incomplète et intempestive, avant que le doyen qui avait été chargé de nous communiquer dans la séance de ce jour la réponse à votre lettre, eût pu avoir l'honneur de vous l'expédier.

Agréez, messieurs et très honorés frères, l'assurance de notre considération la plus distinguée.

S. Raccaud, doyen.

Quelques membres de la classe, qui n'avaient point assisté à la séance du 29 avril, ayant cru voir de la précipitation dans la décision prise, attaquèrent la compétence d'une classe de repourvue à s'occuper d'un point étranger à l'objet spécial de l'assemblée. Afin de donner pleine satisfaction à ces frères, toute l'affaire fut remise en discussion et le principe lui-même fut de nouveau examiné. A la votation, vingt-cinq voix s'élevèrent pour confirmer la décision précédente et dix-neuf pour l'annuler. Ensuite de ce vote, on admit à une très grande majorité la réponse dont nous venons de placer le texte sous les yeux de nos lecteurs. L'auteur des lignes qui suivent, membre luimême de la classe de Lausanne et Vevey, faisait partie de la minorité qui aurait voulu qu'on répondît affirmativement à la vénérable compagnie. Dans une lettre du 25 octobre 1835, adressée à M. S. Chappuis, alors à Berlin, M. le professeur Dufournet disait : « Le jubilé de Genève auquel j'ai assisté a été vraiment très beau; toute la population l'a en général célébré d'une manière très convenable. On voyait un peuple qui sentait que tous les avantages dont il jouit, il les doit à ce grand événement de la réformation. J'ai vivement regretté qu'on n'eût pas accepté l'invitation de la compagnie des pasteurs. Cela ne nous compromettait aux yeux de personne ; chacun sait assez que les doctrines professées à Genève ne sont pas en faveur chez nous. Un temps viendra où les Genevois reconnaîtront ce qui leur manque; mais c'était selon moi un mauvais moyen d'accélérer la venue de cette époque si désirable, que d'offenser par un refus si éclatant des hommes qui sont dans l'erreur sans doute, mais qui n'en sont pas moins des hommes honorables par leur caractère moral et qui ont droit à des égards. Du reste, je crois que si la chose était à refaire, la décision serait différente : le refus n'a certainement pas eu l'approbation générale. »

A la première nouvelle de la décision de la classe de Lausanne et Vevey, l'organe officieux de la compagnie de Genève, le Protestant, vit dans cette décision une victoire du mélho-

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