CHAPITRE EL
disme, mais une de ces victoires qui perdent un parti. 11 s'affligea de voir la majorité d'une assemblée de pasteurs méconnaître à ce point ce qu'il prenait, lui, pour le véritable esprit de l'Évangile, et, pour donner plus de force à sa protestation, il reproduisit un article de la Gazelle de France daté de Lausanne (44 mai) et intitulé : Dernière querelle du protestantisme. Aux yeux du journal légitimiste et jésuite, le refus des classes vaudoises était le commencement de la fin du protestantisme; divisé comme il l'était, il allait tomber l. Le Protestant de Genève prétendait que plusieurs des pasteurs vaudois qui s'étaient élevés dans le sein de leurs classes respectives contre les décisions de celles-ci, avaient écrit dans ce sens à Genève. A l'appui de son affirmation le journal genevois insérait une lettre de l'ancien doyen Berlhex, de Blonay (21 juillet), lettre accompagnant la minute de la motion que l'auteur avait faite le 10 juin dans la classe de Lausanne et Yevey, contrairement à la résolution prise par celte classe. Cet ecclésiastique ne voyait là ni charité, ni tolérance, et il déclarait vouloir se rendre à Genève, sans rien changer à sa profession de foi '2.
Dans la classe de Morges et Nyon, la discussion qui s'ouvrit sur l'invitation de la vénérable compagnie de Genève fut longue et solennelle. Elle porta tout entière sur les faits qui attestaient que la compagnie s'était écartée des doctrines fondamentales de la réformation. En conséquence, la classe décida de répondre à l'invitation par un refus motivé.
Après une discussion calme, sérieuse et approfondie, la classe dePayerne et Moudon décida : 1° à l'unanimité la plus entière, qu'elle prierait cordialement pour la compagnie et l'église de
1 Protestant de Génère, N° 1, 1er juin 1835. * Prolestant de Genève, N° 5, 1er août 1835.
Genève, et 2° à l'unanimité moins deux voix, qu'elle refusait d'envoyer une députalion à Genève pour le prochain jubilé, parce qu'il n'était malheureusement que trop certain que la majorité de la compagnie des pasteurs de Genève avait abandonné les doctrines fondamentales, non-seulement de la réfor mation, mais de l'Evangile, doctrines auxquelles la classe de Payerne, à l'unanimité la plus complète, déclarait rester fidèlement attachée. La classe nomma une commission de trois membres pour répondre avec vérité et charité à la vénérable compagnie de Genève.
La lettre de la classe de Payerne exprime bien sans doute h vérité, mais elle n'a pas tout l'accent de la charité. La voici :
Moudon, le U juin 1835.
A M. le modérateur et à MM. les membres de la vénérable compagnie de pasteurs de Genève.
Messieurs nos très chers et très honorés frères,
C'est avec un sentiment difficile à exprimer que la vénérable classe de Payerne et Moudon a reçu, dans sa séance du 10 courant, communi cation officielle de votre fraternelle invitation pour le jubilé qui doit être célébré le 23 août prochain dans votre église, en mémoire de la bienheureuse réformation. Il nous sera assurément bien doux d'élever nos cœurs vers le trône de grâce, pour solliciter sur vos personnes et sur les troupeaux qui vous sont confiés tous les dons de la miséricorde divine nécessaires à la conservation de la foi, que les réformateurs ont par la puissance de Dieu, replacée dans votre église comme dans la nôtre et nous trouverions une grande consolation à nous unir à vous, par la délégation que vous nous faites l'honneur de nous demander. Mais des écrits subversifs de la foi, sortis du seiu de votre compagnie, sans être désavoués par elle, nous mettent dans la douloureuse nécessité de ne pa accepter cette invitation.
Nous vous prions, messieurs et très honorés frères, d'agréer l'assu rance de notre cordiale affection et de notre considération très distin guée.
J.-E. Verrey, doyen, C. Mellet, secrétaire.