‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 129 sur 171 · CHAPITRE ir · texte numérisé non relu

CHAPITRE ir

La vénérable compagnie de Genève trouvant sans doute cette lettre trop sèche, décida de la laisser sans réponse.

Dans la classe d'Orbe et Vverdon, grâce à T'influence qu'y exerçait le doyen Elie Rochat , l'invitation de Genève devait recevoir un meilleur accueil que dans les trois autres classes. M. Rochat était écouté avec déférence par un grand nombre de personnes, et ses sympathies pour la doctrine de la compagnie de Genève étaient bien connues. La discussion manifesta d'abord deux avis bien tranchés. Les uns voulaient envoyer purement et simplement une délégation ; les autres voulaient purement et simplement aussi repousser l'invitation, en motivant ce refus sur ce que la grande majorité de la compagnie avait abandonné les doctrines vitales de la Réforme. Ces deux avis étaient contradictoirement discutés, lorsque II. Bauty, pasteur au Sentier, se leva. Il avait eu d'abord l'intention de voter pour le rejet de l'invitation, mais ayant appris que, dans la classe de Lausanne, les professeurs Gindroz et Dufournet voulaient proposer l'envoi d'une députation qui déclarerait qu'on restait fidèles aux grands principes religieux de la confession helvétique, cette idée le frappa. Après avoir lu un mémoire dans lequel il montrait, d'un côté, à quoi en était réduite la doctrine de l'église nationale de Genève ; de l'autre, le désir qu'il éprouvait de rapprocher les deux opinions, il proposa l'envoi d'une députation chargée du mandat spécial d'exprimer fortement l'attachement de la classe à toutes les doctrines de la Parole de Dieu remises en vigueur par la Réforme et exposées dans la confession de foi helvétique. Ce moyen terme fut adopté par vingt-deux voix. La minorité composée de treize membres, qui avaient rejeté toute députation et tout accommodement, fit inscrire son vote motivé au protocole. La députation , composée de deux

membres, fut élue au scrutin de liste. Au premier tour, M. Bauty réunit la majorité. M. Mellet, de Concise, doyen de la classe, lui fut adjoint comme second député. La classe d'Orbe et Yverdon fut sévèrement blâmée par les autres classes et par la généralité des personnes pieuses dans le canton.

La compagnie de Genève, un peu piquée des refus que son invitation avait essuyés de la part de trois des classes vaudoises, se hâta de témoigner par la lettre ci-dessous la joie que lui causait la décision prise à Yverdon.

Genève, 27 juin 1835.

Messieurs et très honorés frères,

La compagnie a reçu avec reconnaissance la communication fraternelle par laquelle vous avez répondu à sa lettre du 31 décembre dernier. Elle vous remercie de la communion de vos prières; elle écoutera comme des frères, elle accueillera avec égards les hommes distingués chargés d'être vos représentants au milieu de nous. Fidèles à l'autorité exclusive de la Bible, non-seulement comme à un principe de liberté, mais comme à un gage de vérité, de paix et de vie, nous en comprenons et acceptons toutes les conséquences. Des diversités d'interprétation nous étonneront d'ailleurs d'autant moins chez nos frères du dehors, qu'elles existent parmi nous.

L'autorité de la Bible triomphant de celle des hommes, voilà ce que l'église de Genève célèbre surtout dans son jubilé. Ce grand souvenir sera l'âme de notre fête, et la Bible se montrera sur nos deux médailles ouverte aux yeux de tous, comme dans le sceau de votre classe. En face de l'immense bienfait de la Bible rendue à l'église, tous ceux qui reconnaissent Jésus pour leur maître et sa Parole pour la vérité, peuvent bien, ce semble, malgré quelques différences d'opinion, s'unir aux mêmes prières dans le même temple, en bénissant le même Dieu. Nous nous félicitons, messieurs et très honorés frères, que vous l'ayez cru comme nous, et nous vous prions d'agréer avec nos vœux fraternels l'assurance de notre haute considération et de notre sincère attachement.

Le secrétaire de la vénérable compagnie, J. Choisy, professeur.

Cette lettre n'exprimait qu'indirectement le déplaisir que la

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