CHAPITRE II
compagnie avait éprouvé du refus de trois des classes. Mais ce déplaisir fut témoigné d'une manière plus directe encore aux deux classes de Lausanne et Vevey et de Morges et Nyon, par des lettres à peu près identiques entre elles et reproduisant également l'argumentation de la compagnie sur l'autorité exclusive de la Bible et sur la possibilité, pour tous ceux qui reconnaissent Jésus pour leur maître et sa Parole pour la vérité, de s'unir dans le même temple, en une même prière, en mémoire du même bienfait.
La décision des classes produisit à Genève une pénible émotion. On s'en montra même fort irrité1. Les laïques, en particulier, qui ne pouvaient comprendre les vrais motifs du refus, parce que ces motifs étaient d'une nature trop théologique, en imaginaient d'autres à plaisir. On parlait de jalousie, de haine du glorieux renom de Genève, de manque de charité. Les ecclésiastiques, qui savaient mieux à quoi s'en tenir, se taisaient ou parlaient d'étroilesse. Au canton de Vaud, on protestait contre ces interprétations erronées ou malveillantes et l'on insistait pour qu'on usât vis-à-vis de la compagnie d'un esprit de prière, en unissant la vérité et la franchise à la charité. Nous avons déjà vu comment les classes répondirent à ces conseils de la presse religieuse2.
Le vendredi 21 août, déjà, un grand nombre d'ecclésiastiques étrangers et de députés des églises protestantes arrivaient à }enève et y étaient reçus par les membres du comité du jubilé, ^e bateau à vapeur le Léman amenait les frères de la Suisse, |t parmi eux les Vaudois, qu'on regardait d'abord avec quelque
1 Une publication de M. C. Malan, qui parut en ce même temps, avait sans doute ontribué à monter les esprits. Dans son écrit le Procès du méthodisme de Genève 1835), le docteur dissident définissait le méthodisme genevois : « la doctrine de otre bienheureuse réformalion, la religion et la foi de nos pères, la religion de la ible, renfermée sous ces trois chefs principaux : la très sainte Trinité, le péché orinel et le salut par grâce, accompagnés, dans le cœur, de l'amour du Seigneur Jésus.»
* Conf. Gazette évangélique, N° 11, 5 juin; N° 12, 26 juin 1835.
curiosité. Il paraît, du reste, que l'un d'entre eux avait été chargé quelque temps auparavant, par la compagnie de Genève, de recueillir les signatures de tous les ecclésiastiques du canton de Vaud qui se proposaient d'assister au jubilé. La compagnie put ainsi leur adresser à coup sûr des invitations individuelles. Trente-neuf membres du clergé vaudois répondirent à l'appel. Dix-sept d'entre eux étaient des pasteurs en fonctions ; vingt, des ministres, suffragants pour la plupart, et deux, des professeurs, dont un de théologie (M. Dufournet). Le tiers de ces messieurs pouvait être envisagé comme ayant participé en quelque mesure au réveil dans leur canton.
Nous n'avons ni l'intention ni le devoir de raconter ici le jubilé de la réformation de Genève; nous avons simplement à constater le rôle que jouèrent en ces jours-là les représentants du clergé national du canton de Vaud vis-à-vis du clergé genevois et des membres de la Société évangélique.
Ce fut dans la conférence du samedi 22 août que l'un des députés de la classe d'Orbe et Yverdon, M. le doyen Mellet, s'acquitta de la mission dont il avait été chargé. Voici le discours qu'il prononça à cette occasion :
Messieurs et très honorés frères en Jésus-Christ notre Seigneur!
C'est comme délégués de la classe d'Yverdon et Orbe, que mon collègue M. le pasteur Bauty et moi, avons l'honneur de nous présenter au milieu de vous.
À ce titre, comme en notre nom particulier, nous vous saluons en toute fraternité et affection chrétienne. Nous venons joindre nos prières aux vôtres; nous venons nous réjouir de votre joie religieuse, et donner gloire à Dieu de l'immense bienfait dont vous faites la commémoration, de cette bienheureuse réformation de l'église, qui, en replaçant sur un lieu élevé le chandelier de la Parole, a appris enfin aux hommes à chercher dans la Bible seule la vérité et la vie.