‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 132 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

trait d'union entre la compagnie et l'Oratoire. C'était du moins lace qu'espérait le bon et phlegmatique pasteur Gaudard, et c'est lui qui, le premier, en parla à M. Bauty. Celui-ci , poussé par son cœur généreux, fortement encouragé en outre par le professeur Pétavel, de Neuchâtel , fit, dans la troisième conférence du jubilé (25 août), la proposition suivante1 :

t Monsieur le modérateur, messieurs et très chers frères, les journées qui viennent de s'écouler nous ont laissé à tous des souvenirs ineffaçables; cependant, au milieu des douces impressions de cette grande fête et en particulier de ces réunions fraternelles, il est une pensée qui a dû nous attrister, c'est de ne pas voir ici au milieu de nous des frères qui ont été éloignés de vous par des circonstances malheureuses. Je viens donc vous proposer une chose qui, avec la bénédiction de Dieu, contribuerait puissamment à la sainte joie de cette belle fête chrétienne. Il s'agit ici de montrer envers des frères cet amour qui ne craint point de faire des avances, et dans celte intention je prends la liberté de vous présenter la motion suivante: Je désirerais que des membres de cette assemblée fussent députés auprès dé MM. Gaussen, Galland et Merle, pour les inviter à venir ici au milieu de nous comme des frères, pour entendre et pour prononcer des paroles de réconciliation et de paix; pour tendre à tous les membres de la vénérable compagnie la main comme à des frères en Jésus-Christ, et, afin j de consolider celle réconciliation, se promettre mutuellement de s'abstenir désormais de toute polémique offensante, de toute attaque personnelle dans des articles de journaux, et de prêcher librement, chacun selon ses convictions, mais sans acception de personnes et comme parlant devant un auditoire

1 Dans la conférence du 22 août, M. le pasteur Houx, de Morat, beau-frère de M. Bauly, avait déjà attiré l'attention de l'assemblée sur l'objet de la proposition que M. Bauty devait faire quatre jours après. Mais M. Roux n'avait pas fait de proposition formelle et on n'avait pas discuté cette question.

MOUVEM. RELIG. III 16

tout composé de personnes de même opinion. J'avoue, messieurs et très chers frères, qu'en faisant cette proposition je n'en ai pas examiné toutes les faces, ni pesé toutes les conséquences ; mais c'est du cœur qu'elle part et c'est à vos cœurs que je l'adresse, avec une entière confiance et en priant Dieu de la bénir1. »

La proposition du délégué de la classe d'Yverdon jeta le& membres de la compagnie des pasteurs dans un visible embarras. Cependant personne ne se leva pour s'opposer à ce que cette proposition fût discutée. On entendit alors une foule de discours, dont très peu étaient dans le sens de la démarche proposée par M. Bauty. Le pasteur Barde qui, la veille, avait eu avec MM. Bauty et Pétavel un entretien dans lequel il avait promis de plaider la cause de la réconciliation, s'acquitta de sa promesse avec fidélité, mais, comprenant les dispositions de la grande majorité des assistants, il se borna à exprimer le vœu qu'on vît cesser à Genève la politique amère qui affligeait tant d'amis de la religion 2. Ce fut là le résultat le plus positif de cette longue discussion dans laquelle plusieurs des orateurs se livrèrent à de violentes récriminations et qu'une brillante et habile improvisation du professeur Munier termina à la satisfaction de tous ceux qui votaient pour le statu quo. Quelques jours plus tard, le 27 août, l'un des professeurs en théologie de l'académie de Genève écrivant à un ami, à Lausanne, lui disait: « Les pasteurs de Neuchâtel et de Berne nous ont dit en partant : A présent, nous comprenons la position de l'église de Genève et le véritable esprit de ses adversaires, et bien des Vau-

' Jubilé de la réformation de Genève, pag. 305-306. 2 Jubilé de la réformation de Genève, pag. 313.

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