‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 133 sur 171 · CHAPITRE II. 2'l · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 2'l

dois nous ont parlé de même. M. le pasteur Bauty, qui s'est fait considérer et aimer chez nous, m'a dit plusieurs fois qu'il était venu avec bien des préventions contre nous, mais qu'il en était guéri. Il est vrai que, mardi, la paix a été troublée par un Anglais fanatique, Ilartley, qui, depuis qu'il est ici, nous fait tout le mal qu'il peut, et qui est venu outrager d'une manière incroyable, et l'église de Genève, et les Allemands auxquels nous donnions l'hospitalité. Le mécontentement général aurait couvert sa voix, si les Genevois n'avaient réclamé pour lui le droit d'être entendu. Cette violente boutade n'a eu d'autre effet que de prononcer pour nous ceux qui, le moment d'avant, étaient contre nous, et de faire comprendre à tous quels étaient les principes de nos adversaires. Tout a bien fini. Plusieurs désiraient, et nous aussi eussions désiré, que cette réunion pût être l'occasion d'une réconciliation avec l'Oratoire, mais nous avions sondé le terrain et nous savions que cela était impossible. On a compris sur place qu'il n'y avait pas de réconciliations faire, parce que la séparation n'était pas une brouillerie, mais une diversité de principes et des principes exclusifs, par conséquent irréconciliables d'une part. On ne réconcilie pas deux églises dont l'une professe que les membres de l'autre sont damnés et leurs chefs impies. Mais on doit espérer, on peut espérer de faire vivre leurs chefs en paix, et de rapprocher les cœurs. »

Le jubilé de la réformation avait été célébré à Genève avec une certaine pompe. La compagnie avait tenu à s'entourer des représentants du monde protestant et elle avait réussi dans une grande mesure à donner à celte fête l'apparence d'une assemblée œcuménique du protestantisme. Le clergé vaudois ne pouvait, pour diverses raisons faciles à comprendre, songer à

donner un pareil éclat à l'anniversaire tricentenaire de la réformation du pays de Vaud. Cependant, beaucoup de membres du clergé désiraient qu'il se fît quelque chose et que l'année 1836, en réveillant le souvenir de la fameuse dispute de Lausanne et de l'établissement de la réforme, fût marquée par un redoublement de zèle chrétien et d'attachement aux doctrines évangéliques. Aussi, dès le mois de juin 1835, nous voyons la classe de Lausanne et Vevey saisie d'une proposition relative à la célébration d'un jubilé de la réformation1. La classe ayant admis cette proposition, une commission nommée à cet effet présenta son rapport dans l'assemblée du 8 juillet suivant. La classe décida alors de proposer au conseil d'état de solenniser ce mémorable événement, mais sans éclat et avec toute la simplicité que l'on croyait devoir apporter dans la célébration d'un jubilé chrétien. Elle exprima le vœu que l'on choisît pour cette fête religieuse le dernier dimanche de décembre 1836 ; elle pria aussi le conseil d'état, dans le cas où il adhérerait à cette proposition, de la communiquer aux trois autres classes du canton2.

Conformément à la demande de la classe de Lausanne et Vevey. le conseil d'état soumit aux autres classes ia proposition dont il était saisi. La classe de Morges et Nyon répondit qu'un jubilé ayant été célébré en 1819, il n'y avait pas lieu à en célébrer un nouveau. La fête pourrait prendre un caractère qui ne conviendrait pas à une solennité religieuse3. Cette réponse avait-elle été inspirée à la classe de Morges par quelque souvenir fâcheux des journées de Genève? C'est possible. La classe de Payerne et Moudon n'adopta que par deux voix de majorité la proposition de la classe de Lausanne. Il est probable que la classe d'Yverdon ne témoigna pas d'un grand zèle à cet

1 Actes de la classe, 9 et 10 juin 1835.

- Gazelle èvangélique, N° 14, 17 juillet 1835.

3 Actes de la classe, 25 mai 1836.

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