‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 136 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Partout où le jubilé de notre bienheureuse réformation avait été célébré dans ce siècle, on avait pourvu à ce qu'il restât quelque monument de cette grande commémoration de l'âge des réformateurs. Au canton de Vaud, le vrai monument du jubilé fut un simple journal, mais un journal qui, pendant deux années consécutives, retraça avec un charme de narration incomparable l'histoire des jours de 4535 et 1536. Le Chroniqueur, rédigé par M. L. Vulliemin avec cette finesse de pensée et cette délicatesse de touche qui devaient distinguer tous les ouvrages de cet historien, s'appliqua à faire connaître, selon la méthode de l'école pittoresque, non-seulement les faits religieux de l'époque de la réformation dans l'Helvétie romande, mais encore la vie, les mœurs, l'esprit et le caractère des populations qui habitaient ce pays au XVIe siècle. Riche de nombreux renseignements puisés aux sources, le Chroniqueur laissait, selon sa promesse, les matériaux se fondre dans sa narration et il donnait ainsi à ses lecteurs une idée exacte et vivante de ces temps déjà reculés. Ce recueil ne pouvait avoir une valeur simplement temporaire et locale ; il est demeuré et il demeurera comme un modèle d'histoire populaire et pourtant savante; comme un modèle qui pourrait être imité, mais qui ne sera pas surpassé. Ailleurs on avait frappé des médailles, élevé des statues : il appartenait à un peuple dont l'histoire est tout intérieure d'en conserver la mémoire dans un livre bien fait1.

• Le Chroniqueur, publié dans les années 1835 et 1836, paraissait à Lausanne. (Marc Ducloux.) Le prix de l'abonnement était de A fr. 65 par an.

Terminons ce chapitre par quelques détails d'une nature plus spéciale sur divers membres du clergé national vaudois.

Dans la première partie de cette histoire nous avons, à plus d'une reprise, prononcé le nom du pasteur Gonthier, de Nyon. C'est à l'époque à laquelle nous sommes parvenus que ce digne serviteur de Dieu termina sa carrière terrestre. Le 26 mai 1834, à l'âge de soixante ans, il remettait son âme à celui qu'il avait glorifié pendant un ministère de trente années, exercé à Nîmes d'abord, ensuite à Ballaigues, à Saint-Gergues, à Rolle, et enfin à Nyon.

M. Gonthier était à Rolle quand éclata le mouvement du réveil. Naturellement porté à la prudence, à la circonspection, il ne se prononça pas d'abord très nettement. Cependant, à en croire ses biographes, « son rôle ne demeura pas longtemps incertain. Persuadé que la cause religieuse devait être le grand intérêt du XIXe siècle, il vit dans les hommes qui parurent d'abord en scène les premiers envoyés et les soldats perdus de cette grande et sainte cause. Leurs écarts ne le surprirent ni ne l'inquiétèrent. Plusieurs d'entre eux, comptant sur leurs dix doigts ce que le pays comptait de fidèles, évitaient avec intention de prononcer le nom de Gonthier. Il ne s'en offensa pas, ni ne s'irrita contre eux... Il s'affligea bien plus profondément de voir le pays se jeter dans ces voies de persécution qui aigrissent les plaies, tranchent les partis, et ne laissent entrevoir que de déplorables issues... Il jugea que, comme chrétien et comme membre de l'église, les circonstances lui imposaient de nouveaux devoirs. Comme chrétien, celui d'examiner les assertions nouvelles, de les peser et de ne rejeter rien de ce qu'il croirait venir de Dieu. A plus d'un égard, il apprit à s'exprimer d'une

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