CHAPITRE II
manière plus juste, plus forte et plus conforme au simple Evangile. Il se dépouilla de quelques formes légales, et sans cesser de montrer le ciel comme la récompense d'une vie sainte, il prêcha plus clairement qu'il n'avait jamais fait la gratuité de cette récompense, l'indignité de l'homme, le besoin pour toute âme d'une renaissance, et l'immense amour attesté au monde par le don de Jésus-Christ1. »
Le réveil fut donc utile à Gonthier. A son tour, ce dernier contribua à l'extension et à l'affermissement du mouvement religieux, soit par sa prédication, qui était devenue plus persuasive et plus entraînante, soit par sa vie, qui était une prédication vivante, soit enfin par ses nombreux écrits.
C'est en 1824 que parut le premier ouvrage d'un caractère décidément chrétien de M. Gonthier. Les Exercices de piété pour la communion, qui répondaient à un besoin, ne tardèrent pas à se faire jour. Corrigés dès lors d'année en année, dans des éditions nouvelles, ils devinrent classiques en peu de temps. Durant les huit ans qu'il consacra à la composition de ses ouvrages, M. Gonthier publia successivement les Mélanges évangêliques (4 volumes), lès Lettres chrétiennes (5 volumes) et la Petite bibliothèque des pères de V église (3 volumes). Nous ne parlons pas de quelques autres écrits de peu d'étendue. Tous ces volumes reçurent un prompt et bienveillant accueil, et, dans un cercle assez étendu, il n'y eut bientôt pas une famille pieuse où il ne s'en rencontrât quelqu'un2. C'est donc à juste titre que les œuvres de M. Gonthier occupent une large place dans la littérature religieuse de notre époque et que leur auteur appartient lui-même, sinon à la première phase du réveil, du moins
1 Notice sur Frcd.-Aug.-Alph. Gonthier, par L. et Ch. Vulliemin, 1838. Pag. 85-87.
* Les ouvrages de M. Gonthier pénétrèrent même dans des milieuxoù l'on n'aurait point été les chercher. C'est ainsi que, par le moyen de deux anciennes catéchumènes du pasteur de Nyon, habitant Paris, ils parvinrent entre les mains des dilVérents membres de la famille Rothschild, qui en firent, paraît-il, grand cas.
252 livre vil.
à la seconde, à celle de la maturité et de la force. La nouvelle de la mort de cet homme, si chéri de tous ceux qui avaient pu apprécier les charmes de son caractère chrétien, causa donc une grande et douloureuse émotion parmi tout ce que l'église du canton de Vaud comptait de membres pieux.
M. Gonthier était mort au printemps de 1834 ; dix mois après, le 21 mars 1835, à l'autre extrémité du canton, Alexandre Vallouy, pasteur à Bex, s'éteignait après une longue et douloureuse maladie. Bien qu'appartenant à la première génération du réveil, ce sage et fidèle serviteur de Christ n'avait pas jugé à propos de quitter l'église nationale. Tout en supportant, avec une douceur et une charité dont ses plus furieux adversaires furent eux-mêmes touchés, les outrages et les persécutions dont il était l'objet, Vallouy faisait parvenir au gouvernement de graves observations sur les mesures inspirées par la loi du 20 mai et il s'acquérait ainsi la considération des magistrats les plus honorables. C'est en 1830 que Vallouy était devenu pasteur de Bex, mais sa santé déjà ébranlée s'affaiblit bientôt, ses forces disparurent et il ne put conserver qu'une seule de ses fonctions pastorales, fonction qui lui était bien chère, car elle consistait à prier chaque jour dans son cabinet pour son cher troupeau.
Vallouy s'en alla en pleine paix, doux et humble. Quelqu'un lui faisant remarquer que son ministère avait porté beaucoup de fruits, bien que sa carrière eût été si courte, il s'écria d'un ton pénétré : « Quoi, le mien ! Oh 1 non, mon ami, la justice de Christ, les mérites de Christ, le sang de Christ, rien que cela. C'est au contraire pour moi un sujet de trouble, puisqu'il nous est si souvent répété : « Que votre lumière luise devant les » hommes! » et la mienne a si peu lui 1 » « Je m'en vais,