CHAPITRE II
disait-il, non avec mes œuvres. Oh! mes œuvres, elles ne sont rien î la justice de Christ, voilà toute mon espérance, tout mon refuge! a
Les paroles prononcées par Yallouy quelques jours avant sa mort, et qu'il écrivit avec peine, sont un testament plein de tendresse et d'exhortations pratiques. Tonte sa famille et ses domestiques étant réunis autour de son lit de mort, il les exhorta encore et les consola de la manière la plus touchante. Il laissait dix enfants, qu'il quitta pleinement assuré que Dieu serait leur père l.
La mort de Yallouy fut envisagée comme une grande perte pour l'église vaudoise. Quelques jours auparavant, l'un des premiers ouvriers du réveil, M. Jean-Charles Vulliémoz, avait été réintégré, sur sa demande, dans le clergé national -. Cet ecclésiastique, que nous connaissons déjà par la grande activité qu'il avait antérieurement déployée, après avoir été suspendu par le conseil d'état (1827) comme exalté, s'était joint aux dissidents. Mais ses relations avec les lardonistes avaient eu pour lui des conséquences pénibles. Ne pouvant les approuver en tout, il avait été excommunié par eux et avait été très affecté de cette mesure disciplinaire. Sa rentrée dans l'église nationale fut saluée avec joie par tous ceux qui espéraient que ses talents et son expérience chrétienne rendraient encore de bons services à cette église. Il ne parait cependant pas que ce pasteur ait jamais
1 Les détails qui précèdent sont extraits d'une relation très touchante, manuscrite et inédite, des dernières conversations, des derniers jours et des dernières paroles de Vtllouy. Cette relation était due à la plume de la pieuse femme du défunt, laquelle, dans la prière qu'elle intercala entre les paroles de son mari mourant, s'assurait dans la foi en Dieu la plus complète.
* Proces-rerhaux de l'académie, 24 février 1835.
reconquis l'influence dont il jouissait autrefois, soit comme prédicateur, soit comme évangéliste1.
Dans le cours de cette histoire, nous avons eu fréquemment l'occasion de parler du pasteur Dupraz. Aujourd'hui encore nous revenons à lui, mais pour signaler sa mort survenue à Nyon, le 19 mars 1837. Dupraz avait succombé à une longue et douloureuse maladie, une phthysie laryngée. Il n'est pas douteux que les indignes procédés dont il avait été la victime, quelques années auparavant, de la part d'un bon nombre de ses paroissiens de Saint-Livres et de Yens, n'eussent déposé en lui le germe de la maladie dont il mourut. Bien que Dupraz, emporté par son ardeur, n'eût peut-être pas toujours déployé assez de prudence ou de perspicacité, son ministère, souvent accompagné pour lui de persécutions et de souffrances, avait été cependant remarquable par le zèle, le dévouement et la fidélité la plus scrupuleuse. Une profonde humilité, un ardent amour pour les âmes, une grande activité, une vive horreur pour le mensonge et l'hypocrisie, une entière franchise pour avertir, pour reprendre soit en public, soit en particulier, soit de bouche, soit par écrit, amis ou ennemis: tels étaient les principaux traits du caractère de ce fidèle pasteur. Pendant ses derniers jours il ne pouvait parler à voix très basse qu'avec beaucoup de lenteur et de souffrances, mais ses regards parlaient, mais sa vie de foi et de dévouement à la gloire du Seigneur, la manière dont il avait supporté les souffrances que sa foi lui avait attirées, prouvaient suffisamment quels dons spirituels le Seigneur lui avait faits \
1 Conf. première partie de cette histoire, tom. II, pag. 189-195 et 231.
2 Conf. Narrateur religieux, N° 14, 6 avril 1837.