CHAPITRE III La dissidence
rravail d'évangélisation entrepris en commun par les églises dissidentes. — La Feuille de la commission des érjlises associées. — La direction centrale. — Seconde phase de la controverse sur la question de l'église. — Ecrits de F. Olivier, de A. Bost, de Bauty, de Henritjuet, de A. Rochat, etc. — Les deux courants extrêmes et les tendances intermédiaires. — Le système des professants. — Fin de la polémique.
A l'époque à laquelle nous sommes parvenus, les troupeaux dissidents de la Suisse française, tout en se montrant encore très jaloux de leur indépendance et tout en n'admettant pas comme biblique l'organisation synodale, éprouvaient de plus en plus le besoin de se rapprocher et d'unir leurs forces dans un commun Iravail d'évangélisation. Dans le canton de Vaud, les églises le Ballaigues, Corcelles, Epalinges, La Chaux, Lausanne, Langny, Le Brassus, l'Etivaz, Lucens, Morges, Moudon, Nyon, Orbe, Palézieux, Rolle, Sainte-Croix, Saint-Triphon, Vevey, Villeneuve, Yverdon et Ursins, tout en resserrant le lien qui les unissait déjà entre elles, s'associent à des églises sœurs, de Bâle, du Jura bernois, de Berne, de Neuchâtel, de Genève, et même de France et de Piémont, pour entreprendre toutes ensemble une œuvre d'évangélisation. Chaque année, ces églises se réunissaient en une assemblée générale, convoquée à Lausanne, quelquefois aussi à Nyon, à Rolle ou à Neuchâtel. On y traitait des intérêts généraux de l'association ; l'exécution des mesures arrêtées était confiée à une commission choisie par l'assemblée et dans son sein. La Feuille de la commission des églises associées pour l'évangélisation rendait compte de l'œuvre. Celte feuille elle-même, publiée à Genève par les soins de l'église du Bourg-de-Four et surtout de M. Guers, et d'abord
autographiée, parut imprimée dès le mois de décembre 1835. Les numéros se suivaient à des époques irrégulières. Cette publication, qui se continua pendant une dizaine d'années, renferfermait la correspondance des évangélistes et des missionnaires, celle de différents frères et serviteurs de Dieu, et des communications diverses. Parmi les ouvriers on comptait des colporteurs, employés dans six ou sept départements de la France et dans la Suisse allemande, des instituteurs-évangélistes dans deux départements de la France, des évangélistes dans la Suisse allemande et des missionnaires (R. de Rodt et Gros, dans les Indes; Louis Roussy, M. et Mme Henri Olivier et Mme Feller, au Canada). La plupart de ces ouvriers étaient des Suisses, surtout des Vaudois.
La Direction centrale des églises associées, en tenant ces dernières au courant de ce qui se faisait dans le champ de Dieu, les avertissait aussi des dangers spirituels qui les menaçaient les mettait en garde contre les faux docteurs qui se montraien alors et cherchaient à faire des prosélytes au sein des troupeaux dissidents. C'est ainsi qu'en 1836 une circulaire est adressée aux « églises de Dieu qui sont dans les cantons de Genève Vaud, Neuchâtel et Berne, » pour leur signaler Y hérésie d'un jeune Meillier qui disait que, pour être sauvé, il fallait avoi reçu le baptême après avoir cru. Cet hérésiarque prétendait que le chrétien baptisé ne pèche plus; il refusait de reconnaître comme frères ceux qui n'avaient pas reçu le baptême après la foi. La circulaire était signée par L. Conod, H.-L. Em peytaz, M. Fivaz, E. Guers, Th. L'Huilier, Fr. Olivier, Aug. Ro chat, Ch. Rochat, ministres de la Parole de Dieu. Peu après, ce sont des Irvingiens (MM. Carré et Haymez), qui se préparent à attaquer d'abord Genève, puis le canton de Vaud, et dont « l'œu vre ébranle et. pervertit plus ou moins tout l'Evangile, pou établir un nouveau papisme1. »
1 Voir l'Appendice I, à la fin de ce volume.