CHAPITRE DL
En mai 1837, les députés d'une quarantaine d'églises se réunirent à Lausanne, et adressèrent à cette occasion une lettre de sympathie aux dissidents hollandais persécutés. L'exemple des églises associées fut imité par 173 pasteurs nationaux vaudois qui intercédèrent par lettres (août 1837), auprès du roi et du clergé des Pays-Bas, en faveur des mêmes personnes. Mais l'étrange réponse qui leur fut faite par le secrétaire du synode vénérai de Hollande revint à ceci : Vous êtes mal informés et vous auriez mieux fait de vous taire1.
La brochure publiée en 1832 par M. Fr. Olivier sur la question de l'église, avait été le point de départ d'une polémique contradictoire sur ce sujet. Il semble que le retrait de la loi du 20 mai, en assurant une certaine liberté d'action, aurait dû mettre un terme à cette polémique. Les dissidents n'avaient pas été si heureux dans l'attaque qu'ils dussent être encouragés à user de la presse comme moyen de propagande. Cependant, loin de se calmer, la lutte se ralluma bientôt plus vive que jamais, et les dissidents s'y portèrent avec non moins d'ardeur que les partisans du nationalisme.
If. Fr. Olivier, qui avait ouvert le feu, ne voulut pas laisser le dernier mot à ses adversaires, et. dans le courant de l'année 1834, il publia sa Réponse à divers écrits publiés contreles principes constitutifs des églises du Seigneur et notamment à la brochure de M. Bauty*. Après avoir revendiqué une unité de vues à peu près complète avec M. Guers, M.Olivier s'efforce de dégager la discussion des éléments qui s'y mêlent volontiers, mais aux dépens de la clarté et de la vérité. Il passe d'abord en revue
1 Archives du christianisme, N° 20, 28 octobre 1837.
* Genève, Paris, 183i. (Lausanne, Marc Ducloux.) 140 pages.
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les choses qui ont été mal comprises dans les écrits des chrétiens dissidents. A l'entendre, ces derniers n'ont par exemple jamais professé que leurs églises ne continssent que des élus; ils ne veulent juger que les œuvres. Bien des accusations erronées ont été dirigées contre eux et il est une de ces accusations qui leur a été, semble-t-il, particulièrement pénible. On leur a reproché d'être devenus, en quittant les églises dominantes, plus ou moins indifférents aux travaux entrepris dans ces églises pour la gloire de Dieu. Et cependant, répond M. Olivier, bien des œuvres chrétiennes ont été entreprises autant par les dissidents que par les nationaux. Quelques-unes même doivent leur origine aux dissidents, et les sociétés religieuses ont été établies, non pas dans les églises nationales, mais en dehors de celles-ci, non point par les églises nationales, mais malgré elles.
La partie critique de la brochure de M. Olivier, de beaucoup la plus considérable, est renfermée presque tout entière dans un chapitre fort long lui-même : Arguments de premier ordre avancés en faveur des églises nationales. Ces arguments sont essentiellement tirés des paraboles sur le royaume des cieux et de passages de l'Ecriture invoqués par les défenseurs du système national. A notre avis, cette dissertation manque de l'ampleur, de l'éloquence qui caractérisent les pages consacrées par M. Bauty au même sujet. L'argumentation de M. Olivier a quelque chose de plus sec, de plus abstrait ; mais, en revanche, peutêtre, quelque chose de plus fort comme logique. Les vues de M. Olivier sur le royaume des deux, ou mieux, le sens qu'il donne à cette expression, forment la base mal assurée et chancelante de tout son système ; ce qui ne veut pas dire que l'interprétation de M. Bauty soit plus juste.
Dans la partie dogmatique de son écrit, M. Olivier cherche à prouver que les églises fondées par les apôtres étaient indépendantes les unes des autres et non unies sous un pouvoir central, comme le pensait M. Bauty. La discipline, telle qu'elle