CHAPITRE m
Il est vrai que quelques déclarations semblent établir le précepte de l'excommunication; mais, sauf les cas extraordinaires, M. Bost prétend que l'excommunication ne s'est peut-être jamais pratiquée du temps des apôtres. Cependant les églises chrétiennes ne doivent nullement se borner à former de simples rendez-vous pour entendre quelques prédications; elles doivent présenter de véritables associations, dont les membres se sentent unis par un lien intime, par des devoirs nombreux d'enseignement et d'exhortation mutuelle, de surveillance charitable, et, quelquefois, de correction fraternelle. Mais les paraboles de notre Sauveur n'ont pas le moindre rapport à la discipline et, par conséquent, elles ne commandent ni ne défendent rien à ce sujet. Elles sont une prédiction, la déclaration d'un fait, savoir le mélange de bien et de mal dans le royaume des cieux. Notre Sauveur ne défend et ne condamne que le séparatisme proprement dit, c'est-à-dire la tentative faile à la rigueur de séparer ici-bas les enfants de Dieu d'avec les enfants du monde. Toutefois la discipline ne peut pas être attaquée par cette objection, les paraboles ne suffisant nullement pour interdire aux églises chrétiennes l'exercice d'une discipline qui resterait dans les bornes de la modération et d'une vraie charité.
Aux yeux de M. Bost, les églises disciplinées du jour n'étaient pas sur le pied apostolique, par cela seul déjà qu'elles étaient plus pures. Les églises séparées qui se sont formées en différents temps se sont en effet montrées plus sévères que les églises apostoliques. C'est que, dans l'église, toute centralisation quelconque abonde en inconvénients de despotisme et de pharisaïsme, et tend à détruire chez les individus le sentiment des vertus pour lesquelles on crée une administration.
La séparation est au fond la même chose que l'excommunication, car, quitter une église, c'est retrancher, autant qu'il est en nous, ceux dont nous nous séparons. On ne doit quitter une église que lorsqu'on juge qu'il lui manque la profession.
A propos des diverses confessions dont se compose l'église chrétienne, M. Bost pose en fait et démontre que, dans ce qui concerne la constitution extérieure de l'église, ou même dans des points de vue secondaires de doctrine, la vérité peut être variée, indéfiniment variée, diversifiée sans limites. La conclusion naturelle sera donc qu'à des besoins divers il faut des régimes divers. C'est là la raison pour laquelle Dieu n'a ni donné ni pu donner à l'église chrétienne une constitution fixe.
Gomme d'autres dans leurs brochures, M. Bost, dans ses Recherches, a fait allusion au baptême des enfants, mais pour affirmer, conformément à sa thèse fondamentale, que Dieu n'a rien voulu statuer sur ce point, non plus que sur les autres. Quant aux églises séparées et à leur discipline, il reconnaît l'utilité, la nécessité même de ces églises, leur zèle pour la conversion des âmes. Il voit chez elles un élément précieux de liberté.
Tel est, bien abrégé et bien dépouillé de ses caractères d'élévation , de largeur , d'impartialité, de noblesse, ce livre de M. Bost, qu'on n'est point autorisé à prendre pour le manifeste du scepticisme ecclésiastique. Ce serait faire tort à l'auteur que de confondre un paradoxe avec un jugement réfléchi et fondé. En tout cas, son livre fut l'objet d'approbations éclatantes, parties de côtés très différents. En France, M. Guizot, alors ministre de l'instruction publique, en faisait acheter cent exemplaires qu'il mettait à la disposition des instituteurs protestants. Les Archives du christianisme saluaient l'apparition de ces Recherches, dans lesquelles elles trouvaient « plus de vie que dans la plupart des livres d'édification, plus d'idées vraiment philosophiques, que dans de gros in-folio de philosophie. » Elles signalaient « le nombre et l'originalité des pensées de ce livre et le généreux esprit qui respirait dans tout l'ouvrage *. » En Suisse, MM. Vinet et Bauty se rencontraient dans une com-
1 Archives du christianisme, N° 3, 14 février 1835.