‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 143 sur 171 · CHAPITRE tH · texte numérisé non relu

CHAPITRE tH

mune sympathie pour les principes émis par M. Bost. Chose curieuse! M. Bauty, qui avait été antérieurement converti par M. Vinet à la séparation de l'église et de l'état, fut retourné par la lecture des Recherches dans le sens de l'union. Il estima dès lors que c'était une rêverie qu'il n'y eût pas des relations entre l'église et l'état, et il en tira celte conclusion pratique, que ni l'union ni la séparation ne sont des dogmes, mais bien affaires de circonstance. La Gazette evang clique, en annonçant la nouvelle publication de M. Bost, la loua et la recommanda fortement. Il n'y eut pas jusqu'au Protestant de Genève qui ne témoigna pour ce livre d'une grande estime \ Il est de fait que l'éclectisme de M. Bost, en n'ajoutant aucun nouveau système ecclésiastique à ceux qui existaient déjà, mais en les acceptant tous pour replacer chacun d'eux dans le temps et dans le lieu qui lui appartenaient, pouvait être envisagé comme un heureux essai de conciliation. Il donnait satisfaction à certaines exigences de l'esprit et de la conscience, en distinguant la cause de l'indépendance des églises vis-à-vis du pouvoir civil d'avec celle du séparatisme, et il tenait compte de certaines aspirations de la piété en admettant que la dissidence, lorsqu'elle ne veut pas s'ériger en nécessité absolue, répond seule au besoin de sympathie qu'éprouvent les individus doués d'une piété plus vive ou plus tendre, qui les porte à s'isoler du grand nombre pour être en rapport intime avec quelques-uns.

Malgré ses grands et incontestables mérites, le travail de M. Bost ne devait point mettre fin au débat entamé depuis près de trois années. M. Bauty lui-même, nonobstant son admiration

1 Protestant de Genève, N° 5, I* février 1835.

pour les Recherches, ne crut pas devoir garder le silence, et, à la fin de 1835, il publia sa Réplique au dernier écrit de M. le ministre Olivier S Ce n'était plus là une simple brochure, mais bien un volume, écrit avec beaucoup d'habileté et de force. L'auteur y faisait preuve d'une grande puissance dialectique. Malheureusement aussi, la polémique commençait à prendre une vivacité de ton qu'elle n'avait pas encore revêtue. M. Bauty se livrait à des récriminations, justifiées sans doute, mais qui devaient être pénibles à son cœur généreux. Le fond de sa théorie sur l'église, l'idée capitale qu'il reprend et qu'il développe, c'est qu'il était dans les desseins de Dieu d'établir une assemblée où les peuples entrassent successivement. Il soutient fortement, contre If. Olivier, la distinction qu'il avait établie précédemment entre Y église visible et Y église invisible, en même temps qu'il conteste à son antagoniste la justesse de la distinction que faisait ce dernier entre Yéglise juive et Yéglise chrétienne.

Contrairement au système congrégationaliste qui est celui de ses adversaires, M. Bauty s'applique à démontrer l'existence d'un pouvoir central dans les églises fondées par les apôtres et la légitimité d'un tel pouvoir dans l'église de nos jours.

La question de la discipline ecclésiastique est reprise ici à nouveaux frais, et naturellement M. Bauty ne veut voir dans les Ecritures aucune trace de la discipline préconisée par M. Olivier. Il prétend même que la seule discipline biblique à l'égard des méchants qui sont dans l'église, consiste à prier Dieu de les convertir et à s'abstenir de les fréquenter. Quant à la communion de Judas, question très controversée, M. Bauty admet cette communion dans l'intérêt du système national, tandis que M. Olivier l'avait mise en doute, tout en affirmant que, même dans le cas où Judas aurait participé à la cène, le système dissident n'en serait point ébranlé, parce que Jésus aurait agi ici avec son perfide disciple d'après le principe admis par les séparés à l'égard des

1 Lausanne, Delisle. 255 pages.

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