CHAPITRE m. VM -J
hypocrites non manifestés; explication dont M. Bauty contestait la justesse.
La Réplique de M. Bauty était sans contredit un travail important et qui devait porter un coup sensible aux théories dissidentes; toutefois, il ne résolvait pas la question, et plusieurs des bases sur lesquelles Fauteur fondait son système, entre autres la confusion du royaume des cieux et de l'église, compromettaient d'avance la solidité de l'édifice. Matériellement, et comme ouvrage de polémique, cette réponse avait le tort d'être trop longue; elle fut peu lue, et M. Bauty en fut pour ses frais d'impression.
Dans la polémique dont nous étudions les phases successives, nous avons à tenir compte d'un livre qui avait en soi plus de valeur que l'attention publique ne lui en a peut-être attribué. Qu'est-ce que ce royaume de Dieu ou royaume des cieux dont les évangiles parlent souvent et que des hommes comme M. Bauty, par exemple, assimilaient purement et simplement à l'église chrétienne? De la réponse à cette question devaient découler les théories les plus contradictoires sur l'église, et aussi longtemps que les antagonistes n'arriveraient pas sur ce point à des vues harmoniques, aussi longtemps il leur serait impossible de s'entendre sur la nature, les caractères de l'église sur la terre, sur sa composition et sur les conditions d'entrée dans son sein. C'est là ce que parut avoir compris M. Henriquet, qui exerçait alors en France un ministère indépendant et non salarié par l'état, comme il a soin d'en prévenir lui-même ses lecteurs.
Dans l'introduction de son ouvrage sur le Royaume de Dieu, publié en 1836 \ M. Henriquet, faisant allusion à la polémique
1 Paris et Genève. (Toulouse, Cadaux.) 178 pages.
poursuivie déjà depuis plusieurs années, dit qu' « il y a eu erreur des deux parts. » Comme M. Bost, mais non de la même manière que ce dernier, il prend donc une position intermédiaire, a II .n'est pas raisonnable, dit-il, de proposer des principes absolus sur la forme des églises, des systèmes exclusifs sur la discipline, attendu surtout que cette dernière question est « secondaire. » Et plus loin: « L'Ecriture ne dit point expressément quelle est la forme qui possède au plus haut degré l'avantage d'être le plus favorable au règne de Jésus-Christ et de son Evangile. » Il y ' a donc pour le chrétien liberté de juger et d'apprécier les circonstances du moment et du lieu.
M. Henriquet admet bien qu'il y a une église dont l'Ecriture parle sous le nom de royaume des deux ou peuple de Dieu, peuple extérieur et visible, mais il définit ainsi le royaume des ci eux : V empire, ou l'action que Dieu exerce par V Evangile sur les hommes qui font profession d'être chrétiens ; ou encore, l'ensemble des hommes sur lesquels s'exerce cette influence de V Evangile de Christ. Dans le premier sens, c'est le règne de Dieu; dans le second, c'est le royaume. Or ce royaume comprend tous ceux qui professent le christianisme, convertis OU non. Le caractère essentiel et distinctif du peuple extérieur est donc la profession du nom de Jésus-Christ.
Dans la seconde partie de son ouvrage, consacrée aux églises visibles, M. Henriquet ne veut pas qu'on confonde celles-ci avec le royaume de Dieu. En effet, ces églises ne se forment point comme le royaume des cieux. On n'en devient membre ni par la naissance ni par le baptême. Notre communion avec une église est une affaire de conscience qui ne dépend que de notre propre volonté. •
Il va sans dire que M. Henriquet ne demande pas qu'une église soit pure et sans mélange de faux frères. Ce serait exiger l'impossible. Aussi combat-il ceux qui, sans se contenter d'une simple profession de la foi, veulent voir des marques positives