‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 145 sur 171 · CHAPITRE UI. 2G · texte numérisé non relu

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de la réalité de cette foi chez ceux qui demandent l'entrée d'une église. M. Henriquet ouvre donc assez largement la porte à ceux qui veulent entrer dans l'église. D'un autre côté, il maintient pour les églises le droit, bien plus, le devoir de Y excommunication des pécheurs, et il s'applique à réfuter les objections élevées contre ce droit. C'est ainsi que les paraboles du chapitre XIII de saint Matthieu nous révèlent selon lui les mystères du royaume des deux, non des églises. Ces paraboles peuvent sans doute condamner le séparatisme en tant que système, que séparation réelle et visible des enfants de Dieu d'avec les infidèles, mais elles n'interdisent pas la discipline d'excommunication dans les églises. La communion de Judas, à supposer qu'elle fût démontrée, ne prouverait rien non plus contre la discipline des églises.

Au point de vue historique, l'ouvrage de M. Henriquet nous présente un intérêt tout spécial. Les différents systèmes ecclésiastiques que les chrétiens s'appliquaient à expérimenter à l'époque où cet ouvrage parut, y sont indiqués et analysés avec une grande clarté. Au nationalisme, que MM. Bauly et Grandpierre préconisaient, au séparatisme, qui était défendu par MM. Olivier, Guers et Rochat, M. Henriquet opposait ce qu'il appelait le congrégationalisme ordinaire. « Il maintient, disait-il en parlant de ce système, l'existence d'un peuple extérieur, et, tout en convenant que la cène n'a été établie que pour les vrais disciples, il n'attribue à aucun homme le pouvoir de les discerner et nie par conséquent le droit autant que la possibilité de rendre visible sur la terre le peuple spirituel ; en d'autres termes, il repousse la prétention de former des églises pures et désavoue même les efforts qu'on peut faire directement el expressément dans ce but1. » D'un autre côté, si M. Henriquet se rencontre en quelques points avec M. Bost, il est plus expli-

1 Le royaume de Dieu, pag. 157.

cite que lui sur la question de la séparation de l'église et de l'état. Il plaide cette cause avec conviction et chaleur, tout en montrant une grande largeur dans ses vues. En somme, de tous les systèmes qui ont passé sous nos yeux, ce dernier est celui qui nous a paru le plus sage et le mieux équilibré. L'auteur s'est, croyons-nous, inspiré de ce principe qu'il pose quelque part: « Nous devons résoudre la question des églises, de leur organisation et de leur conduite, moins par la lettre que par l'esprit de la Parole de Dieu. »

Dans une polémique ayant pour objet la doctrine de l'église, il ne se pouvait faire que l'un des fondateurs et le représentant le plus décidé et le plus écouté de la dissidence vaudoise ne fît entendre sa voix. Cependant Auguste Rochat, car c'est de lui que nous parlons, avait hésité longtemps à prendre part a débat. Il lui semblait que tout ce qu'il y a d'essentiel à dir sur la matière avait été déjà dit ; il était surtout effrayé pa l'idée d'une lutte corps à corps avec des frères en Christ, qu' faudrait réfuter et combattre. Lorsqu'il crut qu'il avait à mettr en avant quelques idées nouvelles et qui ne seraient pas san utilité, lorsqu'il s'aperçut en outre qu'il pourrait établir la vérité sans attaquer personne en particulier, il publia ses Quelques aperçus simples et bibliques sur la nature, la constitution e le but de l'église de Christ1. C'était en 1837. Cet ouvrage, un gros volume, se divise en dix articles qui approfondissent ridé rationnelle et biblique de l'église.

Art. 4. Faux sens qu'on a donnés au mot église. Cette partie toute négative, ne saurait nous arrêter. En revanche, il ressort de l'article 2, Vrai sens du mot église, qu'aux yeux de Rocha

1 Neuchâtel, Genève, Paris, 1837.

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