CHAPITRE III
raient pas voulu écrire contre lui. C'était en effet la dissidence pure. Mais si l'auteur des Aperçus est très étroit en ce qui concerne les principes de son église, si même il fait ses réserves à l'égard des ouvrages publiés antérieurement pour défendre la dissidence, d'un autre côté, il est large vis-à-vis des chrétiens de toutes les églises, il leur témoigne un amour fraternel. La grande erreur de Rochat, c'était, comme on l'a fait remarquer, qu' « il ne s'apercevait pas que plus on a la prétention de fonder sur l'Ecriture toute l'organisation de l'église, plus on met d'obstacles à l'union extérieure, par la raison fort simple que le plus mince règlement devient alors un dogme et se convertit en article de foi, auquel chacun tient comme à son âme »
La polémique dont nous venons de retracer l'histoire ne pouvait avoir pour résultat l'abandon de principes regardés par ceux qui les professaient comme des éléments essentiels de la vérité absolue. La sincérité et la charité elle-même ne suffisent pas pour unir ceux qu'une divergence d'opinions tend à diviser, il faut aussi de la modération dans les principes. Voilà ce qui manquait* Deux courants extrêmes se manifestent d'abord : l'un est celui de la dissidence pure, l'autre, celui du nationalisme pur. Entre ces deux courants, pas de rapprochement possible. Pour l'un, l'église est une école, et même simplement une convocation des peuples ; pour l'autre, c'est une société, bien plus, la société des saints, des enfants de Dieu. D'un côté, on pose en fait que l'imitation des églises apostoliques est la loi ; de l'autre, on déclare que cette imitation n'est pas scripturaire. Les dissidents proclament le principe congrégationaliste ; les nationaux sont presbytériens. La discipline est exercée rigoureu-
1 L. Burnier, Notice sur Aut/uftle Rachat, pag. 1S3.
sèment par les uns, ils pratiquent l'excommunication et estiment qu'ils sont dans la règle. Chez les autres, la discipline est très large, si large même chez plusieurs, qu'en fait elle n'existe plus.
Entre ces deux courants extrêmes, que nous appellerions volontiers la gauche et la droite, se montrent deux tendances intermédiaires, indépendantes l'une de l'autre, et suivant chacune sa ligne particulière, tout en s'efforçant de concilier les inconciliables. La première de ces tendances, qui n'accepte le passé ecclésiastique que sous bénéfice d'inventaire et refuse de s'y asservir, laisse à l'appréciation individuelle du chrétien la plus grande liberté, tout en posant quelques jalons sur ce chemin nouveau. Le système qu'il recommande, c'est l'église des professants ; un multitudinisme plus ou moins discipliné, et des ecclesiolœ in ecclesia. L'autre tendance , que nous pourrions appeler le centre gauche, patronne aussi l'église des professants, mais avec une discipline plus sérieuse, et elle fait déjà nettement entendre le mot de l'avenir ecclésiastique : la séparation de l'église et de l'état, tandis que les dissidents purs répètent: séparation de l'église et du monde 1 La conciliation, que plusieurs des antagonistes regrettaient de ne pouvoir accomplir sur les ruines des systèmes absolus, se ferait-elle un jour? C'est ce que l'histoire nous dira plus tard. Pour l'heure, un des résultats de la discussion fut le système des professans ; aux églises d'enfants de Dieu, on substitua les églises de ceux qui professaient être enfants de Dieu. Les dissidents, pour leur part, tempérèrent l'absolu de leurs idées sur la séparation et sur la cène, adoucirent le titre qu'ils se donnaient, eurent quelque chose de moins tranchant dans leurs affirmations. Au mois de janvier 1839, M. François Olivier, dans une lettre intitulée: Mes frères en Jésus-Christ \ reconnaissait franchement que ses vues avaient subi plus d'une modification depuis le jour où il
1 Genève, Pelletier. 7 pages.