CHAPITRE IV
ce pas au nom de l'état que les cloches de nos temples sonnent, que les portes eu sont ouvertes? N'est-ce pas par ordre de l'état que, chaque dimanche, le quatrième commandement est lu, ainsi que les autres, tous les auditeurs étant debout? N'est-ce pas aussi par ordre de l'état que les pasteurs de notre église sont chargés de l'éducation religieuse du peuple vaudois? Or, messieurs, permettez-nous de vous conjurer, avec tout le respect que nous vous devons, de faire en sorte qu'il n'y ait rien dans les lois qui permette même l'apparence d'une contradiction avec ces bienfaisantes dispositions pour le progrès de notre sainte religion. Faites en sorte qu'il n'y ait rien qui entrave le développement de ces vertus dont la seule source est le christianisme.
Permettez-nous d'énoncer toute notre pensée sur ce sujet; messieurs, si les exercices militaires doivent continuer comme ci-devant, c'est-àdire, s'ils continuent à être des exercices du dimanche, n'attendez que bien peu des améliorations importantes que votre sagesse et votre patriotisme ont déjà apportées à la législation sur l'instruction publique. Prenez garde de ne pasôter d'une main ce que vous donnez de l'autre. Que la loi soit formelle sur ce point ; qu'elle empêche pour l'avenir de retomber dans les errements du passé.
L'expérience a prouvé encore que les exercices du dimanche sont contraires h la liberté de conscience. N'avez-vous pas, messieurs, éprouvé comme nous, combien il est affligeant de voir chaque année un nombre toujours croissant de citoyens condamnés à la prison, pour avoir obéi à leur conscience en se refusant aux exercices du dimanche, taudis qu'ils seraient tout disposés à s'acquitter de ce devoir un autre jour ? Sans partager leurs scrupules on doit les respecter, parce qu'ils viennent de la conscience. Les pages de l'histoire démontrent combien est funeste pour un pays toute loi qui blesse cette loi suprême, sans y être autorisée par une impérieuse nécessité.
Honorables députés, si vous amendez le projet de loi sur l'instruction des milices, de manière à ce que les rassemblements militaires ne soient plus une cause de profanation du saint jour du Seigneur, des milliers de cœurs vous en béniront. Le nombre des Vaudois qui gémissent de l'abus que nous avons signalé est plus graud qu'on ne le pense. Il ne faut, pour en faire partie, que de la piété, et le législateur doit en supposer chez se3 administrés, ou tout au moins éviter soigneusement tout ce qui pourrait en contrarier les progrès.
Nous pourrions aussi, messieurs, justifier les amendements que nous sollicitons, par des considérations importantes qui se rattachent directe-
ment à l'objet du projet lui-même. Nous nous bornerons à dire qu'il est facile à comprendre que si les exercices avaient lieu consécutivement, l'instruction militaire ne pourrait qu'y gagner, par la raison toute simple qu'elle serait faite avec plus de suite ; ce motif nous paraît assez concluant en faveur du principe que nous avons l'honneur de vous proposer, puisque le premier but de la loi doit être évidemment de pourvoir aux meilleurs moyens d'instruire nos milices.
Nous ne prévo3'ons qu'une objection raisonnable qui puisse nous être faite, c'est celle de l'économie du temps pour les soldats citoyens. Mais cette objection nous semble presque anéantie par la réduction du nombre des exercices. Conservât -elle d'ailleurs quelque fondement, nous demanderions s'il n'y a pas aussi quelque utilité morale à ce que les citoyens soient amenés à se rappeler de temps en temps que ce n'est pas un temps perdu, mais des sacrifices que la patrie est en droit de leur demander et d'attendre d'eux ?
Mais que l'on n'exagère rien, et l'on se convaincra que cette économie de temps est bien loin de compenser les avantages inestimables qu'il y aurait à ne pas toucher au jour du Seigneur. L'on se convaincra qu'il n'y a pas nécessité, qu'il n'y a même, sous aucun rapport, vraie utilité à la chose; l'on se convaincra qu'il est facile de trouver dans l'année une semaine, où les travaux de la campagne sont tellement diminués, qu'il ne peut y avoir aucun préjudice réel à en consacrer une faible partie au service militaire.
Du reste le système que nous indiquons n'est pas nouveau ; si nous sommes bien informés, il est suivi avec succès dans quelques cantons; il est proposé à Berne, où cette partie du projet de loi a rencontré une approbation générale.
Il est aussi en vigueur dans la plus importante des républiques modernes, et nous ne pourrions mieux terminer que par ce passage d'un rapport présenté l'année dernière au président des Etats-Unis, par le secrétaire d'état au département de la guerre.
« Les habitudes morales de l'armée sont une des meilleures garanties que puisse avoir un peuple libre contre les usurpations du pouvoir militaire : aussi dans les périodes successives de cette administration, le département de la guerre a toujours été attentif à remplir une partie aussi importante de ses devoirs. Entre autres mesures qui ont été adoptées pour inculquer au soldat des habitudes morales, vous avez récemment indiqué la cessation de toute espèce de revue militaire le dimanche, afin que ce jour puisse être exclusivement consacré à l'instruction et au