CHAPITRE IV
la loi proposée. Le général Guir/uer, entre autres, s'y opposait. La bénédiction religieuse lui paraissait constiluer le seul lien réel du mariage. Ce dernier était, à ses yeux, un acte essentiellement religieux, et l'orateur ne pouvait admettre le principe de liberté quant aux actes de culte, jusqu'au point de rendre facultative la bénédiction du mariage.
II. Pellis réfuta les sophisines de l'honorable général, en développant des idées vraies et libérales, fondées sur l'histoire.
Dans le second débat (7 décembre), II. Alexis Forel, devançant les temps, émit le vœu que les registres de l'état civil passassent un jour entre les mains d'officiers civils et que les pasteurs en fussent déchargés. II. Correvon-Demart ines , combattit ce point de vue.
M. Em. De la Harpe, conseiller d'état, faisant encore une fois pénitence d'avoir adhéré à la loi du 20 mai, votait avec conviction le projet *de loi sur le mariage civil; ce qui n'empêchait pas le député Duvoisin, de Champvent (ou d'0rge\ auquel son amendement sur le prosélytisme avait donné une certaine célébrité, de parler contre le fanatisme des dissidents. Le conseiller d'état Van Muyden faisait remarquer que le mariage, en tant qu'il concerne la société et qu'il est régi par la loi civile, est un acte civil, placé en dehors de la religion ; raisonnement qui ne convainquait pas le collègue de l'orateur, M. Jan, lequel votait contre le projet, parce qu'à ses yeux le mariage était un acte religieux que l'on ne pouvait transformer en acte civil. Mais le rapporteur de la commission, M. Gindroz, démontra que les intérêts de la religion étaient entièrement respectés par la disposition qui rendait l'acte religieux facultatif.
Dans la dernière séance de cette session, qui marquait la fin de la première législature depuis la révolution de 1830, le président, M. Monnard, en résumant les travaux du ^rand conseil, prononça un discours qu'un journal étranger déclara le
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plus religieux qu'on eût entendu depuis longtemps dans les conseils des peuples1. L'orateur mettait au nombre des plus beaux titres de cette législature les deux lois qu'il appelait éminemment morales, celle du 22 janvier 1834 et celle du 12 décembre, sur le mariage civil ; l'une et l'autre complément de la grande et indivisible liberté dont l'esprit planait sur l'assemblée constituante. En 4831, les passions et la crainte n'avaient pas permis d'écrire dans la constitution la plus sainte des libertés ; celle-ci ne s'en était pas moins gravée dans la raison publique. Les désordres les plus graves avaient souillé le pays tant que les adversaires d'une seule des libertés naturelles avaient pu se couvrir de l'égide de la loi ; les désordres avaient cessé du jour où la loi ne les avait plus encouragés ni tolérés. « Législateurs, s'écria M. Monnard en terminant, respectez l'ordre moral, si vous voulez qu'on respecte l'ordre civil! »
Grâce au régime de l'union de l'église et de l'état, nul ne s'étonnait de voir traduites à la barre du grand conseil des questions d'une nature plus religieuse que politique. Cependant, jusqu'ici ces questions se rattachaient en quelque manière à la vie sociale du peuple vaudois et il pouvait paraître naturel que les représentants du peuple en décidassent. 11 n'en était pas tout à fait de même de la dernière des questions dont nous ayons présentement à nous occuper.
On n'avait pas encore eu l'idée de soumettre à l'examén des législateurs la liturgie en usage dans l'église nationale et d'attirer leur attention sur le plus ou moins de conformité de ces prières avec le régime démocratique et républicain. Mais, en 1837, le conseiller d'état Druey, de plus en plus influencé
1 Le Semeur, N<> 9, 2 mars 1836.