‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 157 sur 171 · UN SEUL BERCAIL, UN SEUL PASTEUR · texte numérisé non relu

UN SEUL BERCAIL, UN SEUL PASTEUR

(Almanach catholique de la Suisse française, 187U.)

1 C'est nous qui soulignons. On prétend que, chaque année, le 20 du mois d'octobre peut-être, un prêtre en habit laïque dit dans la cathédrale une messe basse. (?) Ce serait un acte de possession comme un autre. C'est le 19 octobre 1275 que le pape Grégoire X, en présence de l'empereur Rodolphe Ier de Habsbourg et d'un nombre considérable de princes et de prélats, inaugura la cathédrale qui venait d'être achevée.

* Almanach catholique de la Suisse, française, 1870.

production d'une gravure qui existe dans les vieux missels et rituels lausannois. Deux armoiries figurent avec le portrait de l'aimable protectrice du diocèse de saint Maire, de saint Prothais, de saint Amédée et de tant d'autres prélats, renommés pour leur science et leur sainteté : la première contient les armes de YEvêché de Lausanne; la seconde celles ù'Aymon de Montfaucon, avant-dernier évêque résidant à Lausanne. Mais quelque chose donne à l'image une valeur plus grande encore que ces témoignages de son authenticité : ce sont les indulgences que S. G. Monseigneur Marilley, évêque de Lausanne, a bien voulu accorder à ceux des fidèles de son diocèse qui invo queraient Notre-Dame de Lausanne. Le texte de ces indulgences est inscrit au bas de la feuille.

» Bien des familles seront sans doute heureuses de posséder la précieuse image, afin de la déposer dans l'oratoire domestique.

» Puisse le culte de Marie recevoir de là un nouvel accrois sèment. De son côté l'auguste Mère du Sauveur répandra les grâces dont elle est la dispensatrice sur notre chère patrie suisse, sur notre diocèse, et, en particulier, sur nos frères séparés. Espérons qu'ils verront dans le Concile l'occasion de terminer enfin un schisme douloureux, et de rentrer dans l'unique Bercail qui abrita leurs pères pendant nombre de siècles prospères et glorieux *. »

On le voit, les espérances du catholicisme à l'égard du pro testantisme romand et vaudois ne sont point petites. Les événements politiques, qui ont eu leur contre-coup dans le catholicisme lui-même, n'ont probablement pas modifié la manière de voir de ceux dont nous venons de citer les paroles. Ils ont con tinué à envisager la cathédrale de Lausanne comme leur appartenant :

1 Almanach catholique de la Suisse française, 1870.

« Notre Cathédrale Sainte-Mark étant le plus beau des Sanctuaires élevés sur le sol helvétien, ce n'est pas seulement au peuple vaudois et au diocèse de Lausanne d'en être fiers et de veiller avec générosité à sa conservation, tout Suisse et tout enfant de l'église sera heureux de contribuer à lui rendre sa beauté première. Sanctifiée par les apparitions de la Sainte Vierge, glorifiée par la présence du divin Libérateur sous les espèces sacramentelles, célèbre dans toute l'Europe par les miracles opérés devant son autel, consacrée en 1275 par le pape Grégoire X, cette cathédrale est encore le seul monument d'architecture que nous possédions dans notre patrie d'une valeur artistique vraiment supérieure1.»

Parmi les villes du canton de Vaud qui, avant ou après Lausanne, virent s'élever dans leurs murs des chapelles catholiques, Vevey occupe naturellement le premier rang. Pendant trois cents ans, la religion catholique avait été proscrite à Vevey comme sur toute la rive droite du Léman. La réforme avait renversé les autels et expulsé les prêtres. Ce ne fut qu'en 1832 que le conseil d'état du canton de Vaud, s'inspirant des principes de la tolérance moderne, permit de nouveau l'exercice du culte catholique dans cette ville, mais sous la condition expresse qu'il n'en résulterait jamais ni frais, ni charge quelconque soit pour l'état, soit pour la ville. A cette époque, il y avait quinze familles françaises établies à Vevey, mais dans la belle saison on y comptait environ 1200 catholiques. Dès qu'ils eurent obtenu l'autorisation de célébrer leur culte, ils adressèrent un appel à la charité de leurs coreligionnaires afin de recueillir les sommes nécessaires pour bâtir une chapelle et un presbytère et

1 Almanach catholique de la Suisse franraise, Fribourg 1874.

pour soutenir une école. Dans le but d'exciter le zèle des fidèles, ils représentèrent comme très méritoire de favoriser de telles œuvres en pays protestant1. Les catholiques de Vevey, la plupart pauvres, devaient subvenir eux-mêmes à tous les frais du culte et à l'entretien du prêtre desservant. Une petite chapelle fut alors établie au premier étage du presbytère et consacrée en 1834 par l'évêque Yenni. Dans la suite, cette chapelle étant devenue tout à fait insuffisante, les catholiques songèrent à construire un édifice dont les proportions seraient calculées sur le nombre des fidèles rattachés à la paroisse. Celle-ci, d'après le recensement fédéral de 1860, comptait déjà plus de 2500 catholiques, outre les étrangers si nombreux dans les belles contrées qui avoisinent Vevey. Le 8 décembre 1869, on jeta les fondements de la nouvelle et monumentale église de Notre-Dame de Bon Secours12.

L'érection de ce sanctuaire n'a pas peu contribué, on le comprend, à augmenter la joie des catholiques vaudois, en augmentant dans la même proportion leurs espérances. Lorsque les fondements de cet édifice eurent été jetés par l'abbé Bauer, curé de Vevey, en présence d'une nombreuse assemblée au milieu de laquelle on distinguait le fameux Don Carlos d'Espagne, VAlmanach catholique, que nous citons souvent, entonna un chant de victoire :

« Quelle joie, quel bonheur pour les paroissiens et pour les étrangers catholiques, témoins de cette touchante cérémonie. Les temps passés semblaient renaître, c'était comme l'aurore d'une ère nouvelle. Le Saint-Père daigna, à cette heure même, envoyer sa bénédiction pour combler le bonheur et pour confirmer les espérances des catholiques de Vevey. Oui, qu'ils espèrent! Leur œuvre est bien grande et bien difficile, puisqu'elle

1 Précis sur les besoins de l'église catholique de Vevey (en Suisse), Paris 1834. * Almanach catholique de la Suisse française, Fribourg 1871.

n'a d'autres ressources que la Providence de Dieu et la charité des fidèles. Mais parce que c'est une œuvre de Dieu, Dieu ne l'abandonnera pas. Déjà il lui a suscité quelques généreux bienfaiteurs, parmi lesquels méritent d'être nommés M. le chevalier -de Villeneuve, ministre du Brésil en Suisse, M. de Schaefer- Voigt, à Berlin, Mgr. Pillon de Thury, qui dans le Rosier de Marie a bien voulu ouvrir une quête pour Vevey. Que Dieu récompense ces âmes généreuses et qu'il suscite à l'œuvre de nouveaux bienfaiteurs, à mesure que les travaux avancent.

» Puissent donc les catholiques de Vevey voir bientôt leur église terminée, puisse Mgr. Marilley, notre bien-aimé évêque, qui pendant son long et fécond épiscopat a élevé tant d'églises dans les cantons protestants de son diocèse, avoir la consolation de consacrer bientôt l'église de Nolre-Dame-de-Bon-Secours à Vevey l. »

Il est probable que l'ouverture de Noire-Dame de Bon Secours a attiré et attirera toujours plus les étrangers en passage à Vevey et qu'elle favorisera un certain groupement des gens appartenant à cette confession. L'érection d'un pareil édifice, dans la seconde ville du canton, met bien en évidence l'habileté du catholicisme à profiter pour s'affirmer de toutes les facilités que lui fournissent nos institutions libérales. Quant à l'entreprise elle-même, il est de notoriété publique qu'elle a été menée follement. La position financière est devenue si mauvaise, que l'affaire a dû être placée sous la surveillance de l'évêque.

La paroisse catholique de Vevey a des cadres de pensions et d'écoles qui doivent se rattacher à des ordres religieux et qui pourraient prendre de grandes proportions, car, depuis peu d'années, le nombre des enfants de l'école a triplé. Il est d'environ soixante. Ces enfants reçoivent un enseignement primaire,

4 Almanach catholique de la Suisse française. Fribourg, 1871.

MOUVEM. RELIG. III. 21

insuffisant pour ceux que leurs familles retirent à 1 âge de la confirmation, c'est-à-dire à douze ans, et ainsi avant le terme légal, afin d'utiliser leur temps et leurs forces. Une école enfantine réunit environ vingt-cinq enfants.

La paroisse catholique de Morges s'est constituée au mois de mai 4837. C'est sans doute peu après qu'a été construite et affectée au culte romain la jolie chapelle de la petite rue. A cette chapelle se rattache un presbytère dont la terrasse est baignée par les eaux du lac.

Parmi les fidèles qui forment la paroisse de Morges, il n'en est point, paraît-il, qui appartienne au canton de Yaud. Tous sont nés étrangers, sinon à la Suisse, du moins au canton, et ce sont les familles complètement étrangères à la Suisse qui contribuent le plus efficacement par leurs dons à soutenir le culte. On n'a pas eu à signaler à Morges de conversions du protestantisme au catholicisme. Là, comme un peu partout sur les bords du lac, l'auditoire varie suivant la saison et il peut s'élever jusqu'à 4 ou 500 individus. La paroisse a également fondé une école pour les enfants de ses ressortissants.

C'est environ vers l'an 1832 qu'un prêtre, envoyé par l'évêque de Fribourg, est venu se fixer à Yverdon, pour réunir les quelques catholiques établis dans cette ville. Un local leur fut alors accordé dans le château, pour la célébration de leur culte. Au printemps de 1837, la paroisse catholique se constitua définitivement par la nomination d'un prêtre desservant, le vicaire Corboud. En 1838, on construisit, avec des sommes recueillies auprès des catholiques de tous pays, une chapelle vaste et belle quoique simple, avec une maison et ses dépendances. La dédi-

cace, faite parl'évêque Ycnni, amena une grande aflluence de curieux l.

Actuellement, la population catholique d'Yverdon est d'environ G00 âmes, dont la moitié sont des Italiens, maçons et constructeurs de routes, établis dans une circonscription assez étendue ; un quart sont des Français adonnés aux mêmes occupations, par conséquent irréguliers et flottants. Le reste se compose d'Italiens et de Français réellement domiciliés et commerçants ou artisans; y compris quelques Fribourgeois et Bernois du Jura, et trois ou quatre Vaudois du district d'Echallens. Quoique l'état ni la commune ne contribuent en rien aux frais du culte ou au traitement du curé, celui-ci n'en est pas moins obligé de prêter serment de fidélité à la constitution du pays, entre les mains du préfet.

Le 27 avril 1832, un décret signé De la Harpe, président du conseil d'état, répondant à une pétition des chefs de famille de lâ religion catholique domiciliés à JSyon, constituait la paroisse catholique de cette ville. Le décret établissait que la dite église pourvoirait elle-même à tous ses frais et qu'elle ne pourrait faire aucune procession dans les rues. L'église se réunissait alors dans une simple chambre de la maison Boileau, dans la partie haute de la ville. Mais le 29 septembre 1835, elle fut autorisée par un nouveau décréta acquérir un immeuble et à bâtir la chapelle actuelle qui fut inaugurée l'année suivante. Quatre longues heures furent employées à bénir la chapelle dans toutes ses parties et la dédicace fut suivie d'un grand dîner.

La paroisse catholique de Nyon se compose presque exclusivement d'étrangers au canton de Vaud et même à la Suisse. La plupart sont des ouvriers savoyards, italiens et français. Il y a

1 Quelques jours après, on lisait dans les grands journaux français qu'Yverdon, ville suisse de 30 000 âmes, venait de passer au catholicisme.

aussi passablement de familles établies à Nyon depuis plus ou moins longtemps et dont le nombre augmente d'année en année. De même que dans d'autres paroisses du littoral, le culte est ici plus suivi en été qu'en hiver, à cause des nombreux Savoyards qui ne restent que pour les travaux des champs et de la vigne.

L'église catholique de Nyon a une école notoirement inférieure aux écoles protestantes, mais où les parents envoient religieusement leurs enfants.

Parmi les localités du district où le catholicisme semble vouloir jeter quelques racines, il faut citer la petite ville de Coppet. Le voisinage de Divonne, celui de Fernex et de Versoix, certaines circonstances locales que nous n'avons pas à exposer ici, pourraient, dans la suite, faire de Coppet le centre d'une active propagande catholique.

La paroisse catholique de Rolle date, si nous ne nous trompons, de 4834. Mais c'est en 4843 seulement qu'une chapelle fut érigée dans cette petite ville. Cette érection donna lieu, paraît-il, à un mouvement d'opposition assez vif au sein de la population protestante. A la date du 20 novembre, une pétition, partie de diverses localités du district, et même de communes complètement étrangères à ce district, fut adressée au grand conseil, afin qu'une surveillance active et continuelle « suivît les mouvements qui partaient ou venaient aboutir à ces différents centres d'action congréganiste. » Les pétitionnaires, au nombre de 516, tout en proclamant que « la liberté de croyance est inséparable de la faculté de produire celle-ci au dehors en l'exprimant par des rites religieux quelconques, » pensaient aussi que « la tolérance doit avoir des bornes, et que la sagesse des gouvernements ne saurait, sans faillir, abandonner à toute carrière certaines tendances religieuses ou du moins leurs prati-

ques extérieures, au milieu des peuples où elles peuvent jeter des ferments de discorde ou produire des semences de troubles. » Dans la pensée des pétitionnaires, les sentinelles auxquelles la garde de la religion évangélique avait été confiée, oubliaient, depuis un certain temps, leur consigne, et il était indispensable de la leur rappeler. Ce n'était pas le moment de « recevoir, de réchauffer dans notre sein l'ennemi qui cherchait à nous percer au cœur. » Qu'étaient en effet les chapelles de Nyon, de Vevey, de Morges, d'Yverdon et de Rolle? « Des pierres d'attente, des colonnes sur lesquelles se dresseraient des temples qui s'enorgueilliraient des succès de leurs zélateurs, où des autels seraient élevés contre nos autels, et d'où jailliraient dans la suite des tourmentes religieuses que nous aurions léguées à nos enfants par notre coupable indifférence. » « A Dieu ne plaise, ajoutaient les pétitionnaires, que ceux qui s'adressent à vous, messieurs, aient l'idée ni le désir d'être exclusifs envers leurs frères d'une communion différente. Ce qu'ils veulent vous exprimer, c'est que les catholiques de notre pays ayant l'exercice de leur culte garanti par la constitution et des églises en suffisance pour leurs besoins, ce n'est pas pour eux que le conseil d'état a usé d'une si grande largesse dans les permissions accordées pour construire des chapelles. C'est pour des étrangers, la plupart de l'autre rive du lac, et dont le plus grand nombre n'est composé que d'ambulants aux allures douteuses, tandis que les autres n'ont dans notre canton qu'un domicile passager ou éphémère. C'est pour quelques Français encore, dont la présence et le séjour chez nous ne sont que momentanés, mais dont l'influence catholique n'est pas moins à redouter, particulièrement à cause de leur position sociale ou de leur fortune. » Relativement à la commune de Rolle, tout spécialement, les pétitionnaires prétendaient que la chapelle qu'on venait d'ériger n'était nullement nécessaire. De quoi se composait en effet la population catholique? De f quelques

326 appendice m

revendeurs de poulets ou de marrons savoyards, de quelques marchands forbans de la même nation ; et puis de deux ou trois grands seigneurs!! » Etait-ce donc la peine « d'y jeter une poignée de terre de Jérusalem et d'y consacrer un local aux saintes pratiques romaines? »

Se fondant sur cet ensemble de considérations générales et d'intérêts locaux, les pétitionnaires exprimaient le vœu formel qu'à l'avenir « le conseil d'état n'autorisât plus l'érection d'aucune chapelle catholique sur le sol vaudois, à moins que le besoin ne s'en fît impérieusement sentir et qu'elle ne fût réclamée par une population de la famille vaudoise. »

La commission du grand conseil chargée de faire rapport sur cette pétition, était composée de MM. Jules Correvon, rapporteur ; Racket, conseiller d'état; Gindroz, professeur; Nicod et Gay, chancelier. Dans la séance du 19 décembre, cette commission, après avoir établi que le conseil d'état avait procédé selon les lois en accordant aux catholiques de Rolle l'autorisation d'ériger une chapelle dans cette ville, se livra à l'examen des préoccupations qui avaient pu engager les pétitionnaires dans une direction si différente de celle où le canton de Vaud était entré en facilitant le libre exercice des cultes ? Voici ce que la commission crut avoir découvert: « Les faits qui se passent tout autour et au milieu de la Suisse étaient de nature, on ne doit pas le dissimuler, à faire naître chez les protestants des craintes plus ou moins fondées. Le gouvernement de l'église romaine, qui se regarde comme le dépositaire exclusif de la révélation divine, de la tradition spirituelle, de la vérité unique et universelle, est envahissant par sa constitution même : c'est pour lui un droit et un devoir de se répandre; son unité, son organisation hiérarchique et forte le rend tout à fait propre à cette tâche constante; à l'heure qu'il est, son activité semble prendre un nouvel essor: partout, il se présente menaçant; partout, ses vieilles prétentions reparaissent, ses exigences le

mettent en lutte et avec le pouvoir civil et politique et avec les individus; il tend à ravir aux gouvernements et aux peuples l'indépendance et la liberté qu'ils ont conquises sur lui, et à reprendre son ancienne suprématie. Sur tous les points on aperçoit des traces de l'agitation qu'il excite, et dont la Suisse n'est pas la dernière à ressentir les atteintes. Dans noire canton de Vaud, l'extension du culte catholique est-elle tout à fait naturelle et en rapport avec les besoins du pays; ne supposet-elle pas au contraire l'assistance du dehors, peut-être quelque plan de conquête? Il appartient à votre commission d'apprécier à leur juste valeur ces considérations. Reconnaissons de suite qu'elles suffisent pour expliquer sans défaveur le sentiment qui a inspiré les pétitionnaires ; d'autant plus que la situation religieuse est liée à la situation politique et qu'elle embrasse la civilisation dans son ensemble, les intérêts et les droits sociaux et individuels de l'homme. »

Après avoir fait ainsi une large part à ce qu'il pouvait y avoir de légitime dans les craintes des pétitionnaires, la commission n'en condamnait pas moins hautement leur principe fondamental qui aurait justifié le plus absolu despotisme et, en matière religieuse, les plus violentes persécutions. En conséquence, elle proposait à l'unanimité de ne pas prendre leurs vœux en considération. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le grand conseil se rangea sans difficulté à cette manière de voir, d'autant plus que les préavis du préfet et des autorités communales de Rolle avaient été favorables à la concession réclamée par les catholiques de celle ville

A l'époque où la chapelle de Rolle fut érigée, la congrégation catholique se composait d'une quarantaine de personnes, dont cinq Français, vingt-trois Sardes, quatre femmes catholiques de

1 Rapport au Grand Conseil sur les pétitions concernant la célébration du culte catholique. Lausanne, 18i3, 16 pages.

Vaudois, trois étrangers de diverses nations, etc. A l'heure qu'il est, cette congrégation est formée surtout d'ouvriers étrangers, italiens et allemands. Cependant elle compte également dans son sein quelques familles riches.

Placée comme elle l'est sur les confins d'un canton tout catholique, la ville d'Aigle devait être envisagée par la propagande romaine comme pouvant devenir un solide point d'appui pour le développement du catholicisme dans le canton de Vaud. Voici ce que nous apprend, sur les débuts de celte œuvre, une notice publiée il y a une vingtaine d'années par le prêtre desservant l'église catholique d'Aigle.

Placés à une assez grande distance d'une église où ils pussent recevoir régulièrement le pain de la parole de Dieu et assister à la célébration des saints mystères, les catholiques disséminés du district d'Aigle adressèrent, par l'organe de leur comité, la lettre suivante à Monseigneur de Koten, révérendissime évêque de Sion, pour l'intéresser en faveur d'un projet de fondation de chapelle.

« Monseigneur, disaient les soussignés, les catholiques d'Aigle et des environs, faisant partie du troupeau que le Seigneur a confié à vos soins, prennent la liberté de venir réclamer leur part des bienfaits que votre cœur paternel se plaît à répandre sur tous les fidèles de votre diocèse- Nous sommes habituellement à Aigle cent catholiques de diverses nations; ce chiffre est triplé dans la belle saison : mais, hélas! nous gémissons de nous voir sans instruction religieuse, sans appui, sans église, sans pasteur et sans culte. — Peu favorisés de la fortune, ne vivant pour la plupart que du travail de nos mains, nous allions perdre l'espoir de sortir de cet état déplorable, lorsque la bienveillance du révérendissime abbé de Saint-Maurice est venue à notre secours par l'offre généreuse qu'il nous a faite de nous envo}-er gratuitement, jusqu'à nouvel ordre, un prêtre qui nous dira la sainte messe les dimanches et les fêtes, et remplira aussi toutes les autres fonctions pastorales. — Nous avons la douce espérance que Votre Grandeur daignera conférer tous les pouvoirs nécessaires k cet effet. — Nous avons ouvert une souscription entre nous

APPENDICE ir. 329

pour subvenir à l'entretien du culte. Le gouvernement du canton de Vaud nous a accordé le libre exercice de notre religion et la municipalité d'Aigle nous a loué pour un an une petite église que nous partageons avec les protestants allemands1. Nous espérons que l'an prochain nous aurons une église uniquement destinée à notre culte. Si Votre Grandeur désirait de plus amples renseignements, elle pourrait les recevoir du révérendissime abbé de Saint-Maurice qui, fort au courant de notre difficile position et y prenant le plus vif intérêt, se fera un plaisir de nous appuyer auprès de vous et de communiquer à Votre Grandeur tontes les explications désirables. — Pleins de confiance en votre zèle apostolique, persuadés d'avance des dispositions toutes paternelles de Votre Grandeur, nous vous prions d'agréer l'expression de notre gratitude la plus vive et l'hommage empressé de notre vénération la plus profonde.»

Aigle, le 15 août 1839.

Au nom des catholiques :

J. Scherher, négociant, V. Tasso,

Page 1