X. SCHENNETH, L. MaGXLV
Accédant aux pieux désirs de la communauté naissante d'Aigle, Monseigneur de Roten délégua M. le chanoine Frossard, de sainte mémoire, archiprêtre alors et curé "de Vionnaz, pour visiter l'ancienne chapelle de Notre-Dame de Bon Secours et prendre sur les lieux les renseignements nécessaires. Sa Grandeur fit un premier don de 362 fr. 50 c; le gouvernement de Lucerne 145 fr.; celui de Sehaffhouse 139 fr. 20 c; une collecte entre les catholiques produisit 222 fr. 50 c; total : 579 fr. 20 c, employés aux premiers frais d'installation et d'établissement, et à l'achat des ornements indispensables. — Ensuite de la pétition adressée au gouvernement du canton de Vaud par le comité, pétition tendant à obtenir la permission de célébrer leur culte dans une salle de l'ancien temple allemand appartenant à la commune, le conseil d'état vaudois, prenant en considération la demande des pétitionnaires, accorda, par son arrêté du 27 juillet 1839, formulé en sept articles, l'autorisation d'établir une
1 Louée à» concert avec les dissidents jusqu'en 1S45, la chapelle allemande, édifice tombant de vétusté, a été, dès cette époque, exclusivement au service des catholiques» moyennant 175 fr. de location annuelle, montant qui, dans les quatorze ans, donne 2450 fr. à la municipalité. (Remarque de Fauteur de la notice.)
chapelle catholique à Aigle, à condition entre autres : « qu'ils (les catholiques) pourvoiront à toutes les dépenses nécessaires pour cet objet sans qu'il puisse, en aucun cas, en résulter de charges ou de frais quelconques ni pour l'état ni pour la commune d'Aigle. » (Art. 1er.)
Ces conditions de la part de l'état du canton de Vaud, exigées du reste pour toutes les chapelles nouvellement établies dans les diverses communes du canton, à teneur de la loi du 2 juin 1810, mettaient les catholiques d'Aigle dans la dure nécessité de tout attendre de la charité de leurs frères dans la foi ; encouragée par la noble sympathie que les chapelles de Lausanne, de Vevey, de Morges, de Rolle, de Nyon, rencontraient partout, en France surtout, l'œuvre d'Aigle, pleine d'espérance d'abord, a néanmoins éprouvé des vicissitudes, des retards inséparables de toute création pie; elle attend, depuis quatorze ans, la réalisation de ses vœux les plus ardents, vœux légitimes, car, ainsi que le prouve le tableau officiel du recensement total du canton de Vaud, annexé à la présente notice, la population catholique d'Aigle se trouve en troisième ligne par son importance, celles de Lausanne et de Vevey lui étant seules supérieures.
De 1839 à 1844, le desservant titulaire dAigle fut M. Boccard, chanoine de Saint- Maurice, appelé dès 1845 à la cure de Saint-Sigismond d'Agaune. M. le curé Boccard n'eut pas de successeur immédiat; la chapelle d'Aigle fut desservie provisoirement, de 1844 à 1853, tantôt par Monseigneur de Bethléem lui-même, tantôt par l'un de ses chanoines.
Pour faire cesser un état de choses aussi préjudiciable à l'œuvre commencée qu'aux intérêts de l'abbaye, Monseigneur de Bethléem et le chapitre de Saint-Maurice, comptant sur le bienveillant appui du clergé et des fidèles des diocèses voisins, accédant en outre aux pieux désirs des délégués de la fabrique d'Aigle, résolurent, en 1853, d'établir à domicile le prêtre desservant, aux frais de l'abbaye, cela dans l'espoir qu'un oratoire modeste sera élevé à Aigle comme conséquence de cette généreuse décision.
Le chanoine Beck, agréé par Sa Grandeur Monseigneur de Preux, évêque de Sion, et par le conseil d'état du canton de Vaud, dans sa séance du 30 octobre, fut installé le dimanche 13 novembre par Monseigneur de Bethléem, dont la parole pleine d'onction et d'espoir a placé sous la puissante et tutélaire protection de Notre-Dame de Bon Secours et le pasteur et le troupeau.
Ai^le, le 8 septembre 1351.
J.-J. Beck, prêtre desservant.
A Aigle, l'existence matérielle du chapelain est à peu près assurée, puisqu'elle dépend de l'abbaye de Saint-Maurice, en Valais; mais la chapelle, le presbytère et les ornements destinés au culte n'existent que d'emprunt : tout est à créer. La somme de 30000 fr. est rigoureusement nécessaire a. cette fin ; c'est donc dans le but d'obtenir cette somme de la générosité publique qu'avec confiance les catholiques d'Aigle s'adressent à tous leurs coreligionnaires, à ceux surtout que Dieu a favorisés des dons de la fortune. L'offrande du riche, comme l'obole du pauvre, seront reçues avec gratitude; confondues ici dans une même pensée, la gloire de Dieu. Elles porteront bonheur et bénédiction à la main libérale qui s'ouvrira généreuse à leur ardente prière : Caiitas operit multitudinem peccatorum1.
Les appels des catholiques d'Aigle à la charité de leurs coreligionnaires ne sont pas restés infructueux. C'est du moins ce que Ton peut conclure de l'élégante église gothique et du presbytère qui ont remplacé avantageusement l'ancien local affecté au culte romain. Commencée en 4863, l'église catholique d'Aigle, dédiée à saint Maurice et à Nicolas de Flue, fut consacrée le dimanche 1er juillet 1866, par l'évêque de Sion, M. rie Preux, arrivé la veille à Aigle, avec le prévôt du Grand-Saint- Bernard et du Simplon, M. Deleglise. L'évêque de Bethléem (à Saint-Maurice), M. Bagnoud, était aussi présent. Les cérémonies de la consécration de l'église commencèrent à cinq heures du matin, portes closes, et ce ne fut qu'à dix heures que le temple fut ouvert au public. L'évêque de Sion prononça le discours de consécration et la messe fut chantée par les étudiants du collège de l'abbaye de Saint-Maurice. Celle première journée le termina par un feu d'artifice tiré du haut du clocher de la nouvelle église. C'est ainsi que l'on sut mêler le grave au gai, le plaisant au sévère.
La chapelle d'Aigle est assez fréquentée, surtout en élé, alors que les maçons italiens se trouvent en grand nombre dans
1 Notice sur la chapelle allemande d'Aigle, en faveur de la construction d'une chapelle catholique. (Paris.)
332 APPENDICE ir.
la contrée. Beaucoup de Yalaisans s'engagent également comme domestiques à Aigle et dans les environs.
Depuis quelques années, les catholiques avaient une école généralement suivie par des enfants de familles pauvres, lesquelles, souvent, n'habitaient la ville que temporairement. Cette école ne marchait pas d'une manière satisfaisante. Le curé et les personnes qui s'y intéressaient ne pouvant obtenir une fréquentation régulière, se sont décidés à la fermer. (1875. )
A Romainmôtier, les catholiques delà contrée se sont réunis pendant bien des années dans une chapelle construite sur la propriété de Mrae de L*****,êl pour l'usage de Mmc R*"*\ née de Champreux. Cette dame avait agréé , pour la célébration du culte romain, les services d'un prêtre espagnol, M. Phélippé,mort il y a une douzaine d'années, et que les mouvements révolutionnaires de la péninsule avaient jeté hors de sa patrie. La chapelle de Romainmôtier n'est utilisée que fort rarement. Dans le district d'Orbe il n'y a que peu de catholiques. Ceux de Vallorbes, Ballaigues, Lignerolles, les Clées vont célébrer leur culte à Jougne (France) ; ceux du bas pays, Orbe et environs, vont à Echallens. Le curé de ce bourg assiste aux enterrements de la contrée d'Orbe.
Les catholiques, toujours si habiles et si prudents lorsqu'ils se trouvent disséminés parmi les populations protestantes, sont rarement entrés en conflit avec les autorités supérieures du canton de Vaud. Ce n'est pas qu'ils n'aient, à mainte reprise, crié à l'oppression, à la persécution de la part du gouvernement, mais l'on sait que, pour le catholique, il y a injustice, tyrannie, dès que l'état fait respecter l'ordre établi par la loi aux dépens de ce que le disciple de Rome envisage comme sa liberté,
comme son droit. Les conflits de compétence ne sont pas rares entre l'état et l'église, môme dans les pays tout catholiques.
Un semblable conflit surgit entre autres en 1837 dans le canton de Vaud entre le conseil d'état et les confréries catholiques du district d'Echallens.
Un arrêté du 3 mai 1825 portait qu'aucun mandement ne devait être lu dans les églises catholiques avant d'avoir été soumis au département de l'intérieur et autorisé par lui. Les catholiques jugeant que cet arrêté était restrictif de leurs droits, s'adressèrent dans ce sens au grand conseil, par une pétition du 28 mai 1829. Mais le nouvel arrêté du conseil d'état (22 septembre 1830), décrétant encore que les mandements de l'évêque devaient être soumis à l'examen du département de l'intérieur, ne satisfit pas davantage les pétitionnaires.
Sur ces entrefaites, arrivèrent la révolution du 18 décembre 1830 et la révision de la constitution. Il y eut dès lors progrès dans les idées de justice et de liberté religieuse. La loi du 20 mai fut rapportée, et les catholiques, estimant qu'ils ne pouvaient être placés sous le joug, eux qui étaient reconnus par la constitution, dans le temps même où l'on abolissait une loi qui avait pesé « d'une manière si odieuse sur une classe de citoyens, » constitués cependant en secte prohibée; les catholiques, disons-nous, espérèrent qu'on ne mettrait plus de barrière entre eux et leur évêque. Le conseil d'élat n'en intima pas moins aux curés l'ordre de se conformer à la décision du 22 septembre 1830. C'est alors que la confrérie pétitionna auprès du grand conseil dans ce sens que les curés seraient libres de publier les mandements de l'évêque sans autorisation préalable du gouvernement1. Après avoir pris connaissance de
1 La pétition était datée du 13 décembre 1837. Elle était signée : Manqua, curé; Gottofrey, recteur; Grognu%, secrétaire. — Confér. Pétitions des catholiques du district (TEchallens au grand conseil, etc. Lausanne, 1837.
cette pétition dans sa séance du 1er juin 4838, le grand conseil en repoussa les conclusions et l'état de choses existant fut maintenu.
Dix ans plus tard, en 1848, le conseil d'état apprit que les curés du district d'Echallens, froissés, paraît-il, de quelques allusions au Sonderbund contenues dans l'exhortation publiée à l'occasion du jeûne fédéral, s'étaient dispensés de lire en chaire cette exhortation. Les curés furent censurés. L'année suivante, le même fait s'étant reproduit, le conseil d'état, considérant que les curés avaient refusé de se soumettre à un arrêté qui ne permettait aucune distinction entre les clergés catholique et protestant, les suspendit pour un mois de leurs fonctions. Ces derniers ne se tenant point pour battus prirent eux-mêmes les devants, en juillet 1850, par une pétition adressée à l'autorité supérieure du canton, et par des propositions que cette autorité jugea inacceptables.
Lorsque le conseil d'état avait adressé aux curés des paroisses du district d'Echallens, comme aux pasteurs de tout le canton, la proclamation relative au jeûne fédéral, les curés avaient recouru à l'autorité ecclésiastique supérieure et consulté à Fribourg le vicaire de l'évêché. Ils avaient proposé au conseil d'état trois alternatives, savoir : de se borner à lire l'arrêté qui ordonnait la célébration du jeûne, ou bien de faire lire cette exhortation hors de l'enceinte du temple par un officier civil, ou enfin, de substituer à l'exhortation du gouvernement une instruction religieuse rédigée par le clergé catholique, instruction qui serait soumise au flacet du gouvernement.
Ces propositions ne furent point acceptées par le conseil d'état qui consentit cependant, à la date du 30 août, à entendre de nouvelles observations du clergé catholique. Les diverses propositions des curés ayant été discutées par le conseil d'état dans sa séance du 7 septembre, l'exhortation du jeûne fut modifiée, mais les curés ne s'en montrèrent pas davantage satisfaits.
Le jour du jeune, la manière de faire de ces derniers fut rès diverse. Les uns ne lurent rien ; les autres lurent l'exhortation du conseil d'état, mais modifiée par le clergé. Le mandement du conseil d'état ne fut lu nulle part tel quel.
Vers la fin d'octobre, les curés reçurent l'ordre de se rendre à Lausanne pour y être interrogés par le département de l'intérieur. Le 30 de ce même mois, le conseil d'état, réuni deux fois dans la même journée, sous la présidence de M. C. Veillon, prit un arrêté qui révoquait, à partir du 15 novembre suivant, cinq curés du district d'Echallens et quatre des prêtres desservant les chapelles tolérées. Les curés de Morges et d'Yverdon furent seuls épargnés parce qu'ils démontrèrent l'impossibilité où ils avaient été de satisfaire aux ordres du gouvernement. Par mesure de tolérance, le conseil d'état prolongea jusqu'à Noël le temps qui avait été fixé aux curés pour quitter leurs presbytères.
La décision de l'autorité exécutive vaudoise ne produisit, parait-il, aucune fermentation dans le pays, comme on aurait pu s'y attendre. Le Nouvelliste vaudois put même affirmer que la population catholique d'Echallens étaitdemeurée calme. Ce ne fut que quelque temps après que des pétitions parvinrent au Conseil. Les catholiques d'Echallens et ceux de Villars-le-Terroir demandaient le maintien de leurs curés; les confréries de Bretigny et Saint- Barlhélemy, de Bottens, Poliez-le-Grand et Poliez-Pittet, écrivaient dans le même sens, mais dans un esprit conciliant et avec des formes convenables. Il n'en fut pas de même d'une lettre de l'administration du diocèse de Fribourg, dont les termes étaient prétentieux et presque ridicules. Dans sa réponse, le conseil d'état se borna à repousser les prétentions et les protestations de l'administration, tout en l'invitant à repourvoir aux services religieux des paroisses du district d'Echallens. Il menaçait en outre de prendre des mesures sévères à l'égard des chapelles tolérées si les prêtres refusaient de se soumettre aux lois du
pays. De son côté, le clergé catholique de Genève témoignait par lettre, au clergé catholique du canton de Vaud, de son ardente sympathie; il lui donnait de grands éloges sur sa fidélité et sur son obéissance aux saintes lois sacerdotales, et il offrait un asile à Genève aux curés vaudois si ceux-ci venaient à être poursuivis par de nouvelles violences.
Le 18 novembre 1850, s'ouvrit la session ordinaire du grand conseil. Les pétitions des catholiques en faveur de leurs curés étaient déposées sur le bureau, mais l'examen en fut renvoyé à plus lard. Le 21 janvier 1851, à l'occasion des traitements des curés dans les paroisses du district d'Echallens, traitements que le conseil d'état proposait d'augmenter, on se plaignit incidemment, et en quelques mots seulement, des tendances envahissantes du catholicisme romain. Ce ne fut que dans la séance du 28 janvier que la question catholique se posa réellement devant le grand conseil, mais pour être promptement et sommairement résolue. Le conseil d'état avait présenté un rapport sur la révocation des curés. La commission du grand conseil proposait d'approuver les mesures prises par le conseil d'état et c'est ce qui eut effectivement lieu, malgré l'opposition de M. Ed. Dapples qui plaida la cause des curés par des arguments souvent reproduits de nos jours dans les conflits qui ont surgi entre l'ultramontanisme et les gouvernements civils. Le poids de la discussion, qui du reste ne fut ni bien longue, ni bien approfondie, retomba essentiellement sur M. Fornerod, conseiller d'état, et sur M. J. Eytel *.
Dans toute l'affaire des curés révoqués, le Nouvelliste vaudois donna pleinement raison au gouvernement cantonal. Il n'en fut pas de même d'autres journaux, de la Suisse, en particulier, qui signala le césaropapisme du conseil d'état comme la source de
1 Conf. Gazette de Lausanne, du 2 au 16 novembre 1850. — Nouvelliste vaudois, du 25 au 28 janvier 1851.
toutes les persécutions religieuses qui déshonoraient le canton de Yaud. Cette manière de voir fut généralement partagée parles libéraux. Cependant, ce ne fut pas toujours sans assigner aux catholiques une part des torts dans cette affaire, ni sans leur reprocher d'avoir préféré la protection du pouvoir au régime de la liberté l.
Partout où le culte romain réussit à poser le pied dans notre pays, il sait s'y établir solidement ; il s'y installe dans de vastes et élégantes chapelles, dans des presbytères commodes; il y élève des établissements d'instruction dont les proportions tendent à devenir toujours plus considérables. C'est son droit, et nous ne faisons ici que constater un fait qu'au surplus nul ne doit ignorer. Les espérances que le catholicisme a conçues et l'attention qu'il voue de plus en plus à notre pays sont très légitimes. C'est au protestantisme à voir comment il doit et peut répondre aux efforts de son infatigable adversaire. Il n'est pas douteux que ce dernier n'ait fait depuis 1830 déjà, mais particulièrement de nos jours, de grands progrès parmi nous. A la vérité, il est permis de se demander si la vie spirituelle des troupeaux catholiques dans notre canton est en proportion de leurs progrès matériels. Les catholiques, on le sait, ne comprennent pas la vie religieuse de la même manière que les protestants; les actes extérieurs de dévotion, les cérémonies du culte, leur suffisent généralement et leur piété est plus dans les formes que dans l'esprit. En se plaçant au point de vue protestant, et tout en constatant avec éloges combien les catholiques mettent de zèle et d'ardeur à favoriser les progrès extérieurs de leur église, on sera forcé de reconnaître que la vie spirituelle
1 Conf. l'Avenir, N° 2G, 25 décembre 1850.
MOUVEM. RELIG. III.
338 APPENDICE n.
des paroisses catholiques est bien languissante. Et quant aux prêtres desservants, si la plupart d'entre eux méritent un témoignage favorable, d'autres, dans ces dernières années surtout, ont donné lieu à quelques plaintes fondées. Du reste, l'esprit général du catholicisme vaudois est profondément ultramontain. Le mouvement vieux-catholique ne paraît pas avoir trouvé d'écho dans son sein. Les catholiques non pratiquants, car il s'en trouve de tels, sont plutôt indifférents à toute vie religieuse, ou se rattachent aux francs-maçons.
Mais si le zèle catholique est d'une nature plus extérieure que spirituelle, il faut reconnaître qu'il ne néglige aucune occasion de pénétrer toujours plus avant dans les différentes couches de notre population. Il y a de la part du catholicisme vaudois un travail évident et persévérant de prosélytisme. Non pas, à la vérité, qu'il ait attiré, comme il s'en vante parfois, dans son sein, des protestants en grand nombre. Il citera bien avec une certaine complaisance les prosélytes de haut parage qu'il a réussi à faire à Lausanne1, à Rolle, à Nyon, ailleurs encore peut-être, mais il compte encore davantage sur les mariages mixtes, parce qu'il obtient souvent que les enfants soient élevés dans le catholicisme romain. Il sait surtout que son moyen d'action le plus efficace consiste à faciliter l'établissement dans notre canton, à Lausanne, en particulier, d'industriels catholiques de la Savoie ou des provinces françaises avoisinantes. Ceux-ci, après un certain laps de temps, peuvent exercer quelque influence sur la population avec laquelle ils sont en contact et, dans tous les
1 On trouve dans l'Histoire de M. Vuarin, curé de Genève, par les abbés Martin et Fleury (Genève 1861), un long récit de l'abjuration de Mlle Eugénie de Treytorrens. Ce fut en 1813 que, selon ses propres expressions, cette demoiselle, qui appartenait à une noble famille vaudoise, « rentra dans l'église de Jésus-Christ d'où ses pères étaient sortis les derniers du pays de Vaud. » (Tom. I, 342-350.) Les annales de la propagation de la foi catholique dans le canton de Vaud auraient quelques autres conversions de même nature à raconter. Ce n'est pas notre affaire.
cas, augmenter notablement l'effectif da troupeau catholique'. Ces efforts du papisme, toujours plus manifestes, ne datent pourtant pas d'aujourd'hui. A diverses reprises, on les a signalés à l'attention du protestantisme vaudois, sans que celui-ci, il faut l'avouer, s'en soit jamais beaucoup ému. De temps à autre cependant, en 1843, par exemple, on voit les conférences évangéliques se préoccuper des envahissements du catholicisme et de ses persévérantes tentatives. Une brochure, publiée à cette époque à Fribourg, indiquait, paraît-il, les plans que l'on s'était proposé de suivre à l'égard du canton de Vaud, et ces plans recevaient déjà un commencement d'exécution-.
Qu'on nous comprenne bien! En établissant les faits, nous ne songeons nullement à contester aux catholiques vaudois leur
1 Le recensement fédéral de 1850 accusait une population catholique de 6962 âmes dans tout le canton. Dix ans après, ce chiffre avait presque doublé; il était de 12790. Dans le district de Lausanne, par exemple, il s'était élevé de 1027 à 2067; à Mbrges, de 284 à 372 ; à Nyon, de 992 à 1537 ; à Vevey, de 553 à 1696 ; à Yverdon, de 166 à 519. (Statistique du canton de Vaud. Publication du département de l'agriculture et du commerce, 1863-1864.) — En 1870, enfin, le recensement fédéral présente les chiffres suivants : nombre total des catholiques dans le canton, 17 592. Dans le district d'Aigle, 1399 ; de Lausanne, 3676 ; de Morges, 610; de Nyon, 1989; de Rolle, 454 ; de Vevey, 3383; d'Yverdon. 745. (Recensement fédéral de la population du canton de Vaud. Publié par le bureau de statistique du département fédéral de l'intérieur, 1872.) Toutefois, il est à remarquer que ce recensement a englobé indistinctement dans ces chiffres la population de fait et la population domiciliée. La première est supérieure à la seconde, mais la différence entre ces deux populations était alors représentée précisément par les étrangers, très nombreux chez nous au moment où se fit le recensement, et la plupart catholiques français chassés momentanément de leur patrie par la guerre. La progression n'en est pas moins évidente. Chose curieuse ! dans le district d'Echallens, où la religion catholique s'est conservée prépondérante, dans six communes le recensement de 1860 accusait une diminution sur celui de 1S50. A cette dernière date, le chiffre des catholiques était de 2281, en 1860, de 2236. En 1870, il était remonté à 2437, mais probablement par suite du séjour des étrangers qui se répandirent un peu partout chez nous à cette époque. Ces chiffres confirmeraient ce que nous avons dit des moyens employés pour favoriser dans notre canton l'établissement de catholiques étrangers.
* Feuille religieuse du canton de Vaud, 1843. pag. -303, 429, 571.
droit à l'existence, leur droit au prosélytisme, leur droit à la conquête morale des âmes. Nous sommes de ceux qui entendent dans son sens le plus large le mot de liberté religieuse. C'est à ce point de vue que nous nous plaçons pour juger l'état actuel du catholicisme dans le canton de Vaud et ses espérances pour l'avenir. En droit, ces dernières sont parfaitement fondées. L'avenir dira si elles le sont en fait. Pour nous, nous croyons que l'avenir est à la vérité. Du reste, quant à ce qu'ils regardent comme leur droit, les catholiques savent fort bien le revendiquer sans qu'il soit nécessaire de les y aider beaucoup. Ils ne laissent passer aucune occasion d'en raviver le souvenir. C'est ainsi, pour ne citer que ce petit exemple, qu'en 4863, une somme de 500 fr. ayant été votée par le grand conseil vaudois pour la desservance des prisons, des hôpitaux et des autres établissements de l'état par les prêtres de la paroisse catholique de Lausanne, les catholiques accueillirent cette attention du gouvernement avec reconnaissance sans doute, mais en se faisant forts de cette parole, simplement aimable, du président du conseil d'état: « Ce n'est point une grâce que l'on accorde, c'est une obligation que l'on remplit1. »
1 Ahnanach catholique de la Suisse française, 1865.