CHAPITRE II
pourraient contraindre les citoyens à des choses que leur interdirait la loi supérieure de la conscience, l'égalité était intimement unie à la liberté. « Pour qu'il y* ait entière liberté religieuse, ainsi s'exprimait la Discussion, il faut que le législateur s'abstienne de prononcer en matière de religion et de culte ; et si le législateur s'abstient de prononcer en matière de religion et de culte, l'égalité des cultes en résulte évidemment. » Il est vrai que l'auteur de l'article auquel nous empruntons ces citations, tout en affirmant que l'entière liberté des cultes n'était pas possible sans leur égalité, consentait à ce que l'émancipation fût graduelle si on lui prouvait que cette égalité, et par suite cette entière liberté, auraient pour l'heure de graves inconvénients. Il s'arrêtait donc à un système intermédiaire qui semblait commandé par les circonstances : d'un côté, la conservation de notre église, c'est-à-dire le maintien des droits acquis soit aux paroisses, soit aux pasteurs, et, à côté de cela, l'offre aux autres communions de contribuer aux frais de leur culte, sous certaines conditions l.
Le raisonnement.de la Discussion ne fut pas trouvé concluant par VAmi qui déclara y voir une pétition de principes, parce qu'il n'y avait rien de prouvé quant à l'assertion sur laquelle on fondait ce raisonnement. C'était donc tout simplement l'opinion de M. L. Burnier, et celui-ci, au dire de VAmi, ne croyait certainement pas avoir démontré logiquement sa thèse. Aux yeux de VAmi, les deux principes de la liberté et de l'égalité étaient loin d'être identiques, ou liés intimement I'ud à l'autre, comme le prétendait M. Burnier. La question de liberté était une question vitale pour l'homme individu; celle d'égalité des cultes était essentiellement politique et relative V Mais il aurait fallu s'entendre préalablement sur l'étendue de l'expression
1 Discussion publique, N° i, 15 février.
* L'Ami de l'Kijiise nationale, N° 3, 24 février. Egalité des cultes, article signé S. C.
égalité des cultes. La Discussion, estimant avoir été suffisamment précise sur ce point, reprochait à YAmi d'avoir combattu un fantôme d'égalité de sa propre création, et non l'égalité désirée et demandée ; bien plus, d'avoir émis des principes décidément hostiles, non-seulement à l'égalité des cultes , mais encore à la liberté religieuse dans son sens restreint , à la tolérance même qui en est le plus faible degré l.
Si Ton n'était pas d'accord sur la portée de l'expression égalité des cultes, on ne l'était pas davantage sur ce que l'on entendait par une église nationale. Chacun partant de l'idée quelconque qu'il s'en faisait, raisonnait sur une chose qu'il croyait comprise de tous comme il la comprenait lui-même, tandis qu'il en était autrement. La Discussion aurait bien préféré que l'église cessât d'être associée à l'état, mais, eu égard aux circonstances du moment, elle voulait que l'église, tout en demeurant associée à l'état, le fût librement, par suite d'un compromis, d'une entente mutuelle 2. Pour l'Ami, religion de l'état et église nationale étaient deux expressions absolument identiques3. Or qui dit religion de l'état, dit également privilège et oppression. L'église nationale se confondant avec la religion de l'état, c'était à bon droit que M. Vinet pouvait dire : « VAmi s'est levé pour défendre l'église nationale ; mais de numéro en numéro on voit qu'il aspire à davantage, et que c'est contre la liberté qu'il est armé *. »
Nous venons de citer M. Vinet. Il ne pouvait se faire que cet ardent ami de la liberté religieuse ne prît une part active
1 Discussion publique, N<> 5, 21 février.
2 Discussion publique, N° 7, 7 mars.
3 L'Ami, No 1, 8 février.
4 Discussion publique, K° 8, 15 mars.