‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 19 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

au débat qui agitait les esprits dans le canton de Vaud. Plusieurs journaux se hâtèrent de lui ouvrir leurs colonnes et le professeur de Bàle signa en toutes lettres les articles qu'il y inséra. Mais au moment où nous sommes arrivés, il jugea à propos d'exposer ses vues d'une manière plus complète encore, et, vers la fin de février, il publia une brochure intitulée : Quelques idées sur la liberté religieuse1. Avons-nous besoin de dire que cet opuscule était un nouveau et éloquent plaidoyer en faveur d'une cause à la défense de laquelle l'auteur avait déjà consacré de si belles pages! Au reste nos lecteurs en jugeront eux-mêmes parles extraits suivants:

Si nous demandons pour la liberté religieuse une place dans nos lois, c'est moins pour l'honneur de cette liberté que pour honorer nos lois elles-mêmes. La liberté religieuse n'est pas un droit seulement, mais une nécessité impérieuse de ta nature humaine. Elle est loi avant de passer dans les lois. Les codes des nations peuvent la proclamer, l'enregistrer ; ils ne la font pas être. Ils peuvent l'opprimer, ils ne la détruisent jamais. Si la force matérielle a toujours fini par céder à l'opinion, combien plus ne sera-t-elle pas contrainte de céder à la conscience, force plus vive, plus intense, plus inflexible que l'opinion même! Car la conscience, c'est l'opinion renforcée par le sentiment de l'obligation. Qui pèsera ces deux éléments réunis, sentira que rien au monde ne peut les contrepeser. Qui consultera l'histoire, apprendra d'elle qu'aucune puissance n'a été, à la longue, puissante contre le droit. Les gouvernements peuvent tout pour la justice et ne peuvent rien contre elle. On peut, à la vérité, remporter sur le droit des victoires passagères; mais ces triomphes d'un jour ne peuvent séduire que des esprits légers; le véritable homme d'état porte plus loin ses vues : il travaille pour l'avenir, il compte avec les siècles, et, à défaut d'un respect vertueux pour le droit, la sagesse l'avertit que rien ne peut durer que ce qui repose sur les bases immuables de la raison, du droit et de la nature.

Si cette liberté était contestée, il n'en est pas une qui ne pût être contestée à meilleur titre. L'exercice de toutes les autres est un simple droit, l'exercice de celle-ci a le caractère d'un devoir; première diffé-

1 Lausanne, chez Fischer. 40 pages.

MOUVEM. RELIG. III.

rence. En voici une seconde: L'objet de toutes les autres est plus ou moins hors de nous; ce sont nos biens, notre activité et, dans certains cas, notre vie; l'objet de celle-ci est la meilleure, la plus intime partie de notre être, ou, comme nous l'avons montré plus haut, Dieu lui-même se manifestant en nous. Quand une telle liberté est violée, quelle autre pourrait être sacrée ? Qui respectera ma demeure, ayant violé le sanctuaire de mon âme? Qui s'abstiendra de mes biens, ayant porté la main sur mon plus précieux trésor? Qui me laissera maître de mes opinions, ne m'ayant pas laissé obéir à ma conscience ? Cette liberté est la clef de la voûte; avec elle tout tombe, tout s'écroule. Elle est dans toutes les constitutions le sceau, la marque du vrai libéralisme; elle indique le plus haut degré de civilisation, et le triomphe des idées morales. Partout où elle manque, on doit douter que la liberté soit comprise, que la liberté soit aimée.

M. Yinet, après avoir rappelé que la liberté de la presse a été consacrée par une loi, s'écrie :

Il faut ou rapporter cette loi, ou en faire une autre en faveur de la liberté religieuse. Car de quel air refuserions-nous à la conscience ce que nous avons accordé à l'opinion ?

.... La constituante s'empressera de proclamer la liberté d'association et celle de la presse. Il s'agira de savoir si à la suite de ces deux articles se trouvera la souillure d'un article prohibitif de la liberté de conscience, ou, ce qui revient au même peut-être, la souillure d'une lacune qui laisserait douter du respect de notre nation pour ce droit sacré.

Il se pourrait, dit encore M. Vinet, que quelques personnes proposassent de garder le silence sur le sujet de la liberté religieuse. Mais une telle proposition, même avant tout examen, se présente avec défaveur. Une telle réticence serait un sujet de défiance et une occasion de scandale. D'ailleurs, un simple silence ne protège pas suffisamment la liberté. Il faut qu'on sache qu'elle n'est pas tolérée seulement, mais reconnue à l'égal de toutes les autres libertés.

Il a été proposé d'autoriser tous les cultes non contraires à Vordre public et à la morale sociale. On a parfaitement exprimé par là les seules

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