‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 24 sur 171 · CHAPITRE EL · texte numérisé non relu

CHAPITRE EL

L'opposition que rencontre l'émancipation religieuse paraît avoir sa vraie source dans des mobiles bien chimériques. D'abord on nous crie l'envahissement des sectes et le danger pour l'église dite nationale; mais plus les dissidents obtiendront de liberté pour leur culte, et moins l'esprit de la dissidence fera des progrès.... Si cette dernière s'est étendue, c'est surtout par la persécution qu'on lui a fait éprouver.

Une cause non moins agissante gît dans cette opinion que le gouvernement doit être le chef de la religion, sans quoi tout est perdu. Il doit être le régulateur de la croyance et de la prédication. Cette cause agit dans l'ombre et son influence trouve un accès facile. Une partie du clergé lui-même, accoutumé à cette sujétion, semble la regarder comme un besoin : il craint, sans doute, qu'une séparation d'avec l'état ne conduise à la suppression de la portion congrue; mais que notre clergé se rassure, il ne s'agira jamais de cesser de salarier les ministres du culte. Il ne s'agit pas d'une séparation; personne, jusqu'ici, n'a proposé le divorce de l'église d'avec l'état. Mais il faut une base à cette union, et consacrer la liberté de conscience et de culte qui en est l'inséparable compagne.

Que conclurons-nous de la tendance qui se manifeste pour la consécration d'une religion dominante, c'est-à-dire d'une religion qui n'en tolère aucune autre, et qui deviendrait dès lors nécessairement persécutrice à l'aide du pouvoir avec lequel elle serait confédérée? La tendance de ce système est de rendre le clergé l'auxiliaire du pouvoir et celui-ci l'auxiliaire du clergé, pour ramener, avec le temps, un régime illibéral et une pratique de gouvernement telle que celle qu'aujourd'hui nous réprouvons pour en avoir ressenti les trop fâcheux effets.

Mais quelle est cette doctrine de nos dissidents qui est le seul obstacle à une déclaration franche de la liberté des cultes dans notre charte ? C'est celle que prescrit la confession de foi des églises de la Suisse. Il suit de là que ce sont les membres les plus ardents à la défense de l'église qui s'intitule nationale qui sont eux-mêmes en opposition avec la doctrine ordonnée à cette église et prescrite jusqu'ici par les gouvernements successifs ; c'est donc encore ici une grande raison de ne pas les inquiéter.

Dire qu'en prononçant la liberté des cultes les constituants heurteraient l'opinion est une chimère. Le scandale élevé en un petit nombre de lieux contre les sectaires ou contre les ministres de l'église de l'état soupçonnés d'incliner vers leurs croyances, n'est que l'œuvre légère de quelques jeunes gens donneurs de charivaris et mis en mouvement par

des moteurs que l'on dévoilera plus tard. Jusqu'ici, nos dissidents ont été plutôt persécutés que persécuteurs, et l'on a vu à leur début que, lorsque, par suite d'investigations malveillantes, ils ont été troublés dans leurs réunions, l'intervention de l'autorité locale, lorsqu'elle l'a bien voulu, a parfaitement réussi à réprimer le désordre, jusqu'à l'arrivée de l'arrêté et de la loi de 1824, époque où il a recommencé.

C'est donc un danger imaginaire que celui que l'on craint d'une déclaration constitutionnelle de la liberté des cultes, mais le dispositif de l'article 12 du projet laisse au gouvernement tous les moyens de continuer contre les dissidents les persécutions qu'ils ont essuyées , il pourra maintenir la loi de 1824 en disant : l'ordre public, la morale sociale, veulent que l'on soit marié et baptisé par les ministres de l'église de l'état ; il est contraire à l'ordre public de se marier et de faire baptiser par les ministres d'un autre culte. Si le nombre des séparatistes augmente, on verra, par le fait de notre législation, le pays se peupler de concubines et de bâtards. Un arrêt a déjà prononcé la nullité d'un mariage, parce qu'il n'avait pas été béni par un ministre de l'église de l'état. Le premier-né qui en est résulté n'a pas été inscrit dans les registres de l'état civil, parce que le ministre qui les tient a refusé de l'inscrire sous le nom de son père.

La constitution devrait contenir les déclarations suivantes : 1° Que les ministres de l'église actuellement salariés par l'état continueront à l'être comme du passé. 2° Qu'elle garantit à tous les citoyens le libre exercice de leur culte, sauf à la loi à en régler la police extérieure. 3° Enfin que les registres de l'état civil seront ouverts aux citoyens de tous les cultes légalement domiciliés dans le canton, et qu'ils sont tenus d'y faire inscrire leurs mariages ainsi que les naissances et les décès survenus dans leurs familles.

A l'ouïe des discussions qui avaient lieu dans le sein de la commission constituante on se demandait : Faut-il que notre nouvelle constitution pose des limites à la liberté des cultes et quelles seront ces limites? La Discussion publique, après avoir démontré qu'il était impossible de poser des limites à la liberté religieuse, par l'impossibilité même de déterminer ces limites,

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