CHAPITRE II
se croyait autorisée à assimiler la question ci-dessus à celle autre : Aurons-nous, ou n'aurons-nous pas la liberté des cultes? Et le même journal répondait : « La liberté des cultes est un droit de nature; ce droit a été revendiqué parmi nous. De fait, la liberté existe : se pourrait-il qu'on hésitât à la consacrer et à la garantir, et cela, après une révolution opérée au nom de la liberté 1 ? »
Mais les espérances de la Discussion ne devaient pas se réaliser, et au lieu d'un article posant bien nettement en principe la liberté des cultes, la commission semblait avoir pris peine à écarter le mot de liberté. En effet, garantir Vexcrcice des cultes n'était point du tout en proclamer la liberté. D'un autre côté, dire que la loi réglati cet exercice, c'était faire une réserve qui tendait à autoriser ou des mesures répressives, ou des mesures préventives : dans le premier cas, la réserve était inutile, la fin de l'article étant alors suffisante; dans le second cas, la réserve était dangereuse pour la liberté.
C'est dans le courant de ce mois d'avril que M. le pasteur Frédéric Monneron-, doyen à Lonay, publia une brochure intitulée : Ré/lexions sur les affaires religieuses du moment dans le canton de Vaud. Le respectable auteur nous est déjà connu par ses écrits antérieurs. Nous le retrouvons ici le même qu'il était autrefois: timoré, perplexe à la pensée des innovations, et, cependant, constatant bien des lacunes et des misères dans l'église des pères.
M. Monneron avait cru voir dans la réunion des amis de la liberté religieuse au Casino, une attaque contre l'église nationale. Il n'estimait pas qu'il y eût lieu à parler chez nous de liberté religieuse, comme si cette dernière n'y existait pas depuis longtemps. Il en voulait au fond à cette liberté elle-même, du moment, du moins, qu'elle devait se traduire en actes. La
1 Discussion publique, N° 8, 15 mars.
question de la liberté des cultes était, à ses yeux, « un fruit de cette philosophie si goûtée de nos jours , qui , effaçant toute idée positive et énervant toutes les affections naturelles les plus énergiques et les plus profondes, aime à planer dans la région des généralités et des abstractions. » M. Monneron condamnait absolument le principe en vertu duquel les ministres seraient nommés et indemnisés par les paroisses et il repoussait, comme propre à inspirer du dégoût (sic) l'exemple des Etats-Unis d'Amérique. Cependant, au gré de l'auteur lui-même, tout n'allait pas au mieux dans l'église du canton de Vaud. Il convenait en gémissant que les dissidents avaient raison d'accuser l'église nationale de n'avoir pas de discipline; les tentatives pour remédier à cet état de désordre avaient été aussi fréquentes qu'inutiles. Mais, disait le doyen de Lonay, si le pasteur languit isolé, sans moyen d'action, de leur côté, les dissidents sont des hommes inquiets, qui ne peuvent souffrir le repos, et la loi du 20 mai, quoiqu'elle n'ait pas atteint son objet , avait donc bien quelque raison d'être.
Dans ses Réflexions, M. Monneron, sans en nommer l'auteur, rendait hommage au Mémoire sur la liberté des cultes, et à l'influence que ce livre pouvait exercer sur des pays comme la France. Toutefois, pensait-il , cette œuvre remarquable ne devait être ni aussi utile, ni aussi convenable pour nous et il était facile d'y signaler nombre d'assertions hasardées, d'idées vagues, de principes mal assis et d'inconséquences. Décidément, le vieux doyen ne pouvait admettre la liberté des cultes. A ses yeux, une loi proclamant celte liberté mettrait dans la gêne ou en péril tous les cultes en provoquant entre eux des rivalités ambitieuses. Cette liberté deviendrait la source d'affreux malheurs, elle serait une concession déplorable faite par l'autorité à l'irréligion, à l'exaltation et au catholicisme.
A ces sinistres prévisions, les hommes de bons sens, comme les amis de la liberté religieuse, répondaient par l'organe de