‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 32 sur 171 · CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT

Le 15 et le 19 avril, l'assemblée constituante avait pris deux résolutions qui devaient avoir de grandes conséquences, elle avait refusé de reconnaître au nombre des droits du citoyen la liberté d'enseignement et celle des cultes. Evidemment on avait eu peur de quelque chose. De quoi donc? se demanda la Discussion publique l, et après avoir démontré que ce ne pouvait être ni du peuple qui, en somme, avait plutôt pétitionné en faveur d'une liberté religieuse plus ou moins étendue, ni des lndous et des Maures, dont on avait fait un ridicule épouvantail, m des jésuites, quoiqu'on en eût beaucoup parlé, le journal de M. L. Burnier, après avoir encore éliminé la poignée de dissidents que l'on comptait alors dans le canton, arrivait à penser que l'on avait eu peur des ministres de l'église nationale qui, préchant de cœur les saintes doctrines de la information, deman- • datent des institutions ecclésiastiques plus en rapport avec V Evangile et la vraie liberté! Cela était affligeant. La peur de la vérité religieuse avait donc engagé l'assemblée constituante à méconnaître un droit positif et à commettre une criante injustice ! A coup sûr, on avait réveillé et excité dans le pays la crainte des mômiers. On avait dit au peuple que ces derniers seuls réclamaient la liberté des cultes, et que la liberté des cultes et le renversement de l'église nationale c'était une seule et même chose, et qu'une fois cette église renversée, il faudrait bien devenir tous mômiers. Toutes ces assertions étaient fausses, mais on comprend qu'elles aient été accueillies'2.

1 N° 15, 15 mai.

* C'est à cette époque que parurent plusieurs pamphlets empreints du plus mauvais esprit, mais qui ne laissèrent pas que d'exercer leur pernicieuse inlluence sur l'opinion publique. On regrette d'avoir à dire que l'un de ces pamphlets, intitulé : Frag-

Les journaux religieux étrangers, même les plus opposés de tendances et de doctrines, s'unirent dans cette circonstance pour

ment de l'histoire de l'introduction du méthodisme dans le canton de Vaud, avait pour auteur un ministre de l'église nationale, le pasteur Meylan, alors à Perroy. Le ton en était grossier; les plaisanteries se distinguaient par leur gros sel et leur impiété; elles rééditaient la vieille et ridicule accusation des gentlemen anglais invitant les étudiants en théologie à des soirées où il y avait du thé, de belles dames et du pâté ; trois excellentes choses toutes mondaines. Au dire de l'auteur, les missionnaires étrangers avaient employé de l'argent, suborné des enfants dans de petites écoles gratuites, donné des traités par millions (!), et réchauffé les dogmes féroces de Calvin sur la destinée. — C'est ainsi que les doctrines les plus délicates étaient traitées avec une légèreté sans pareille par le pasteur de Perroy, qui se plaisait en outre à peindre le « regard fiévreux, les traits pâles et contractés » des méthodistes. On pourrait croire que ces sottises n'auraient dû provoquer que le mépris. Nullement! Quelques jours après l'émission de ce pamphlet, M. Meylan, passant dans son cabriolet sur Montbenon, un jour de revue militaire, fut unanimement et vigoureusement acclamé par la foule qui lui criait, par l'organe de l'avocat J. Mandrot : « Encore une brochure ! encore une brochure ! »

Un second pamphlet, aussi peu raisonnable que peu poétique, mais fort propre à exciter les passions, était intitulé : Trois épîtres sur la présomption de l'homme, sur l'orgueil et l'intolérance des sectaires, et sur les conséquences de la liberté de tous les cultes, par M. M. M. D. 2 Tim. II, 23. (Yverdon, 11 pages.) — Nous ne citerons que quelques vers de cette étrange élucubration :

Un sectaire aujourd'hui, par son dogme égaré, Pense que pour lui seul le ciel est préparé.

La morale est certaine, en tout temps, en tout lieu ; Elle est toujours la même ; elle nous vient de Dieu.

Nous voyons de nos jours d'ambitieux sectaires, Troublant l'ordre public, à la loi réfractaires, Etaler à nos yeux leurs douteuses vertus ;

. . . faire triompher les erreurs d'Augustin, Sur la grâce efficace et le fatal destin.

Sur ce qu'on n'entend pas il faut savoir se taire ; Mais il est démontré qu'il faut toujours bien faire.

Viennent des vers placés dans la bouche des partisans de la liberté illimitée des cultes :

Nous voulons aujourd'hui que chacun, à sa guise, Puisse avoir, s'il lui plaît, son culte, son église, Et que chaque pasteur, quoiqu'insubordonné, Soit payé par l'état et bien pensionné.

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