‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 38 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sous ce rapport, entre toutes les époques, celle où nous vivons est bien remarquable. Dans les deux mondes, un mouvement général pousse les peuples, jeunes et vieux, vers un perfectionnement de leurs institutions, qui doit amener un perfectionnement de leurs mœurs publiques.

Ce besoin s'est fait sentir depuis des années dans notre pays, quoique à divers égards plus heureux que la plupart des autres contrées. Il s'est fait sentir et il s'est manifesté publiquement avant que d'autres cantons de la Suisse eussent entrepris leurs réformes sociales. Il s'est fait sentir et il s'est manifesté publiquement longtemps avant ces grandes agitations qui, en 1830, ont ébranlé d'autres états jusque dans leurs fondements.

Notre histoire à la main, nous devons déclarer que nous n'avions pas besoin d'exemples pour entrer dans la voie des progrès; notre réforme politique n'est pas fille d'une révolution étrangère.

Cependant, accélérée et agrandie par les circonstances de quelques peuples et par celles de notre canton, elle a subitement embrassé l'ensemble de nos institutions politiques.

Replacé dans la jouissance de tous ses droits, le peuple vaudois a été appelé à concourir directement à la reconstruction de son édifice social, en nommant lui-même, sans intermédiaire, une assemblée constituante.

La constitution de 1831, ouvrage de cette assemblée, est dans vos mains, citoyens vaudois ; vous l'avez acceptée, vous l'avez sanctionnée par un serment de fidélité.

Gravez dans vos cœurs ce fait déjà écrit dans vos annales : La constitution de 185 1 est la première constitution entièrement vaudoise.

Pour la mettre à exécution , vous avez nommé un grand conseil. Vos représentants se sont réunis ; ils viennent vous rendre compte de leurs premiers travaux.

Le grand conseil s'est constitué aux termes des articles 32 à 49 des Dispositions transitoires. Il a procédé à l'élection des autorités supérieures administrative et judiciaire, et les a composées comme suit :

Conseil d'état : MM. E. de la Harpe, ancien landamman ; Boisot, ancien conseiller d'état; Jan, ancien conseiller d'état; Bourgeois, inspecteur forestier; Driey, juge d'appel; Genton, président du tribunal d'appel ; Michel, président du tribunal du district de Nyon; Constançon, juge au tribunal du district d'Orbe.

Tribunal d'appel ; MM. Secretan, ancien conseiller d'état ; Daltun,

ancien juge d'appel ; Muret, ancien juge d'appel ; Hinderer, ancien juge d'appel; Briod, ancien juge d'appel ; Carrard, juge au tribunal du district de Lausanne; Milliet, ancien conseiller d'état; Bory, accusateur public en chef; Chafpuis, ancien juge d'appel; Clavel, ancien conseiller d'état; L. de Félice, avocat en cour d'appel; Pradervand, président du tribunal du district de Payerne ; Ed. Galliard , avocat en cour d'appel.

Tel est, citoyens vaudois, le personnel de ces deux autorités élues par les députés que vous avez élus vous-mêmes. Nous osons espérer que vous trouverez dans leur composition les garanties nécessaires pour vous reposer avec confiance sur l'ordre de choses qui commence.

Le peuple vaudois se trouve aujourd'hui placé dans une position nouvelle, dont les conséquences se développeront successivement ; elles feront voir que la réforme opérée dans notre canton a remué les esprits plus profondément encore et plus salutairement que les institutions.

Notre position, Vaudois, n'est pas seulement nouvelle, elle est des plus heureuses. Appuyés sur cette liberté, nous sommes entrés dans une carrière de progrès; ils seront rapides et sûrs, proportionnés à nos besoins et à nos moyens, si nous marchons sous la bannière de la concorde.

La concorde ! Par elle grandissent en force les petits états, parce qu'elle-même ne peut naître que de la franchise et de la loyauté des magistrats et du peuple.

Comment ne pas espérer un régime de loyauté, de franchise, avec une constitution qui protège les droits de tous contre l'ambition individuelle, les place sous la surveillance d'une publicité salutaire et les étaye de l'intérêt que la généralité des citoyens prend déjà et qu'elle prendra de plus en plus aux affaires publiques?

Et quel avenir prépare au canton de Vaud une constitution qui ouvre à l'espérance des jeunes citoyens le champ de la plus noble ambition, celle de consacrer son temps et ses forces à servir son pays!

Jeunes Yaudois, notre nouvelle charte désigne d'avance à l'estime et au choix de vos concitoyens ceux d'entre vous qui se seront le plus distingués par leur moralité, par leur patriotisme et par leurs lumières.

Forts de ces garanties, nos chers concitoyens, et portant vos regards sur l'ensemble des personnes dont nous venons de composer les autorités supérieures, vous les entourerez de votre confiance. Sans une confiance réciproque des magistrats dans le peuple et du peuple dans ses magis-

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